Des leçons pour le REM de l’Est

Maintenant que la nouvelle administration Plante a prêté serment, et que la mairesse s’apprête à nous présenter son nouveau comité exécutif, le temps est venu de remettre le dossier du REM de l’Est en haut de la liste des priorités à l’hôtel de ville de Montréal.

Notre collègue Maxime Bergeron revient d’Europe où il est allé constater par lui-même certains exemples cités par CDPQ Infra comme inspirations pour le REM de l’Est.

Il rapporte dans son bagage de nombreuses leçons qu’on devrait retenir.

Son constat pourrait se résumer en quatre mots : écoute, réflexion, planification, intégration.

Écoute

À La Haye, les promoteurs des projets de transport ont été à l’écoute des communautés. Ils ont organisé des tables de concertation où tout le monde a pu échanger : commerçants, propriétaires, architectes, urbanistes, etc. Les inquiétudes de chacun ont été entendues et prises en considération. C’est une étape importante. L’idée n’est pas d’imposer un projet à la population, mais bien de développer un projet auquel celle-ci adhérera.

Réflexion

Dans tous les projets visités, il y a une constante : on a réfléchi en amont. On s’est posé des questions primordiales, à commencer par la plus importante : quel est le meilleur projet pour chaque secteur d’une ville ?

À Copenhague, on a érigé une structure en hauteur dans une friche industrielle qu’on souhaitait requalifier et développer.

À Paris, où on a songé à ériger des structures en hauteur dans des quartiers habités, on a vite réalisé que cette idée, très populaire dans les années 1960, était dépassée. Comme le dit si bien un des intervenants : « Ce n’est plus dans l’air du temps. »

Partout, le même constat : oui à une structure en hauteur en lisière des villes ou dans les anciens quartiers industriels auxquels on veut redonner un nouveau souffle. Mais quand il est question du centre-ville et des quartiers résidentiels, la conclusion est unanime : il faut creuser ou encore, faire passer le train léger (ou tram-train, comme à La Haye) au niveau de la rue.

Planification

Toutes les villes citées dans le reportage de notre collègue ont en commun d’avoir planifié leur projet en se posant les bonnes questions : Quel effet veut-on créer dans un quartier ? Que retrouvera-t-on autour des stations ? Comment les développer ? Comment favoriser le transport actif pour s’y rendre plutôt que l’auto ? Ce sont des questions qu’il faut se poser avant la première pelletée de terre, pas après.

Intégration

Le passage d’un train léger, d’un tramway ou d’un tram-train n’est pas une mince affaire. Il faut qu’il s’intègre dans une trame urbaine, qu’il devienne un ajout positif. À Copenhague, on avoue qu’on s’y reprendrait autrement plutôt qu’ériger un mur qui scinde un quartier en deux, au grand dam des résidants. Une bonne planification permet d’éviter ce genre d’erreur qui laisse des cicatrices pendant des décennies. La structure aérienne la plus réussie est de loin celle de La Haye. Il s’agit d’une structure légère, en acier, qui laisse filtrer la lumière. Le béton ne permet pas cela.

Enfin, dans tous les projets visités, il est démontré que creuser des tunnels dans un centre-ville est tout à fait possible. Quand c’est bien fait, il n’y a pas d’effondrement, même dans des quartiers historiques.

Le projet du REM de l’Est n’est pas encore définitif, mais son tracé a tout de même été déterminé avant de consulter les résidants. Ils n’ont été rencontrés que le printemps dernier.

Une autre ronde de rencontres publiques a d’ailleurs lieu ces jours-ci dans plusieurs parcs de l’est de Montréal.

CDPQ Infra se dit à l’écoute des préoccupations des communautés touchées par le passage du REM. Mais le promoteur ne semble pas très ouvert à reconsidérer la portion aérienne du tracé qui inquiète au plus haut point. Il faudra attendre les audiences du BAPE, prévues pour le début 2022, pour vider cette question sur la place publique. On se souviendra que les audiences publiques pour la première portion du REM avaient donné lieu à beaucoup d’objections, ainsi qu’à un rapport qui ne recommandait pas le projet. On a fait fi de ces inquiétudes.

Peut-on espérer que CDPQ Infra soit plus à l’écoute des critiques cette fois-ci ?

Les exemples européens cités plus haut montrent que la consultation et l’adhésion sont deux ingrédients indispensables au succès d’un tel projet. On attend de la nouvelle administration Plante qu’elle fasse preuve d’un vrai leadership pour que cet objectif soit atteint.

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