Décharges d’armes à feu

La tendance à la hausse se poursuit en 2021

À la fin du mois d’avril, un enquêteur de l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu (ENSALA), chapeautée par la Gendarmerie royale du Canada, a déclaré en cour que 32 évènements de décharges d’armes à feu, totalisant 114 douilles percutées, ont été dénombrés à Montréal au cours des quatre premiers mois de 2021.

ENSALA n’a pas été en mesure de nous fournir lundi une mise à jour de ces statistiques, mais selon une compilation de La Presse, au moins 12 évènements de décharge d’armes à feu (meurtre, tentatives de meurtre et coups de feu) se sont ajoutés depuis la fin d’avril, pour un total de 44 évènements au 6 juin.

En comparaison, ce sont 25 évènements que l’enquêteur Marc-André Dubé, d’ENSALA, avait répertoriés entre le 1er janvier et le 6 juin 2020, dans un tableau qu’il avait lui-même confectionné pour des besoins de témoignages en cour.

« Pour nous, la tendance se maintient en 2021. Selon nos assistances aux différents corps de police, on ne voit pas de baisse dans la tendance de l’usage des armes à feu dans les rues présentement », a déclaré l’enquêteur Marc-André Dubé en entrevue avec La Presse lundi.

Cinq évènements, dont un de « haute intensité » dans le Vieux-Montréal, sont survenus les 29 et 30 mai dans la métropole, première fin de semaine de déconfinement. Deux autres se sont ajoutés en fin de semaine dernière.

« En 2020, on a eu des évènements à haute intensité en matière d’armes à feu même si on a passé une partie de l’année confinés. Donc, c’est sûr qu’on peut appréhender une certaine hausse en 2021 avec le déconfinement, mais on n’a rien de tangible sur quoi se baser pour dire ça », a ajouté l’enquêteur Dubé.

L'inspecteur Christine Christie, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), renchérit.

« On est préoccupés. Présentement, nous assistons à une hausse avec le déconfinement. On se tient prêts au cas où il y ait encore une augmentation comme celle que nous avons connue en 2020. »

— Christine Christie, inspecteur du Service de police de la Ville de Montréal

Mme Christie chapeaute plusieurs boîtes d’enquête impliquées dans la lutte contre les armes à feu au SPVM, dont la nouvelle Équipe de lutte contre le trafic d’armes (ELTA).

Depuis leur entrée en fonction le 22 février, les membres de l’ELTA ont saisi 14 armes, dont 11 armes à feu. Cela peut paraître peu, mais ces statistiques se comparent à celles de son prédécesseur, le projet Quiétude, dont les membres ont saisi 78 armes en un an et demi d’existence, pour une moyenne de 4,3 armes par mois.

L’inspecteur Christie affirme qu’outre l’ELTA, les policiers de la Division du crime organisé, des sections Stupéfiants, de l’Équipe multi-sectorielle de la région Est et d’autres unités du SPVM effectuent régulièrement des saisies d’armes à feu.

Elle ajoute au sujet de l’ELTA qu’il faut un certain temps pour qu’une nouvelle escouade atteigne sa vitesse de croisière, que des enquêtes sur des trafiquants d’armes sont des enquêtes de plus longue haleine et que les policiers ont actuellement de « bons sujets » dans leurs viseurs.

« L’ELTA cible les trafiquants, et on espère saisir des armes en plus grande quantité. L’ELTA ne va pas tout régler, mais elle est une partie de la solution, avec l’ensemble des unités d’enquêtes. C’est ce qui va faire la différence », assure Mme Christie.

Même portrait à Laval

À Laval également, on recense un certain nombre d’évènements de coups de feu depuis le début de l’année.

Un évènement d’une certaine intensité, alors que deux individus ont ouvert le feu vers une voiture, est survenu en fin d’après-midi, jeudi dernier, sur le boulevard Lévesque Ouest.

Edmond Azary a découvert cinq douilles à proximité de son commerce jeudi dernier en plein jour. Il parle de cette percutante découverte comme d’une banalité, avec un haussement d’épaules. Il exploite le dépanneur Saint-Maxime – situé devant une garderie et une école secondaire – depuis 35 ans. Il en a vu d’autres, indique-t-il, un sourire en coin.

« Ce n’est plus une surprise, des fusillades, dans la dernière année dans notre coin. J’ai installé huit caméras. Y a rien qui me fait peur. Je ne veux juste pas de ça ici dans mon magasin. »

— Edmond Azary, propriétaire du dépanneur Saint-Maxime sur le boulevard Lévesque à Laval

Jeudi dernier vers 16 h, il s’était précipité hors du commerce à cause du bruit. Il a presque tout capté : une Dodge Journey rouge foncé circulait à basse vitesse près du stationnement.

Le véhicule semblait suivre quatre jeunes, selon ses observations. Le petit groupe s’est approché et a tiré en direction de la voiture. Puis tout le monde s’est enfui. En 35 secondes, tout était terminé.

Dans la pizzeria d’à côté, l’ambiance est plus tendue. Le propriétaire et son employé notent un sentiment d’insécurité dans le quartier. « Ça brasse, et on est juste devant une école. Des balles en plein jour, ça ne donne pas le goût à personne de rester ici avec sa famille », explique le caissier, un père de famille qui a quitté le quartier il y a deux mois.

Il se demande d’ailleurs pourquoi la police lavalloise n’a pas médiatisé l’affaire. « C’est mieux de savoir que de ne pas savoir », résume-t-il d’un ton lourd de sens.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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