Beau dimanche pour battre un record

Deux coureurs de Québec tentent d’écrire l’histoire au 5 km sur route

Québec — Il y a des dimanches où l’on se lève dans une odeur de café, en battant mollement la pâte à crêpe tout en lisant le journal.

Puis il y a des dimanches où l’on se lève pour battre un record.

C’est le cas ce matin de deux coureurs de Québec, qui vont s’attaquer à une marque québécoise vieille de 15 ans : 13 min 55 s au 5 km sur route.

Vous avez bien lu. Oui, c’est rapide.

« Notre défi fait drôlement jaser. Je pense que c’est parce qu’il y a beaucoup de monde qui a déjà couru un 5 km. Et ces gens-là savent que c’est vite, 13 minutes pour un 5 km ! », lâche Charles Philibert-Thiboutot.

L’athlète de 29 ans, qui a accédé aux demi-finales du 1500 m aux Jeux de Rio, tente ce pari avec son ami Jean-Simon Desgagnés. Ce dernier est un coureur prometteur de 22 ans, spécialiste du 3000 mètres steeplechase.

C’est à 9 h, donc, sur le campus de l’Université Laval, à Québec, que ces deux athlètes d’élite vont tenter de battre le record québécois. Il appartient au Montréalais Paul Morrison.

C’est lui qui a parcouru 5 km en 13 min 55 s lors d’une course à Providence, dans le Rhode Island, en 2005. Le deuxième temps pour un Québécois appartient à Philibert-Thiboutot (14 min 4 s en 2016 à Toronto).

Battre un record vieux de 15 ans n’est pas une mince affaire.

« C’est un record très fort ! Ça ne laisse pas sa place », admet Jean-Simon Desgagnés. Ils devront courir à une moyenne de 2 min 47 s le kilomètre pour espérer réaliser leur défi.

Si la marque de Morrison tient depuis tant d’années, c’est aussi en partie parce que les coureurs internationaux de la trempe de Philibert-Thiboutot et de Desgagnés se concentrent sur la piste. C’est sur les pistes d’athlétisme, plus rapides, qu’ils affrontent leurs rivaux. Ils se présentent rarement dans des courses sur route, ouvertes au grand public, au sommet de leur forme.

« On est davantage concentrés sur les Championnats canadiens, les Championnats du monde, les Jeux olympiques », énumère Desgagnés.

Un défi « covidien »

Mais la pandémie a tout chamboulé. Des courses au printemps ont été annulées. Les Jeux olympiques de Tokyo ont été reportés. Les athlètes se sont retrouvés souvent sans but, sans ligne d’arrivée et sans motivation.

« Comme coach, j’essaye d’être un peu créatif, de voir comment on peut garder les athlètes motivés », raconte Félix-Antoine Lapointe, entraîneur des deux coureurs.

« Il y a eu très peu d’occasions sur piste cet été. On s’est rabattus sur un défi réaliste à Québec. »

— Félix-Antoine Lapointe, entraîneur

Les deux athlètes sont d’ailleurs originaires de la capitale.

L’idée de départ était de tenter le défi ce dimanche dans le cadre du traditionnel 10 km de l’Université Laval. Ce devait être la première course à avoir lieu à Québec depuis le début de la pandémie. Il y avait 700 inscrits.

Mais l’évènement a finalement été annulé jeudi. Devant la multiplication des cas de COVID-19 à Québec, les organisateurs ont préféré jouer de prudence.

Que faire du défi de Philibert-Thiboutot et Desgagnés ? Ils s’entraînaient depuis trois semaines avec cet objectif en tête. « Ç’aurait été trop cruel d’annuler », soupire leur entraîneur.

Ce dernier a donc fait ses vérifications auprès de la Fédération d’athlétisme. Même sans les 700 participants, le défi pourra être sanctionné.

« Le parcours est mesuré et certifié, les gens de Sportstats vont être là, avec la puce au pied des athlètes », explique Lapointe.

« Un gros mandat »

Les coureurs ont même réussi à se trouver deux « lapins », ce qui n’a pas été facile.

« Trouver des gens au Québec qui vont à notre rythme, c’est tout un défi », lance en riant Charles Philibert-Thiboutot.

« Heureusement, on a des gars dans notre équipe, dans le groupe provincial de haut niveau, qui ont accepté de nous tirer, dit-il. Je pense qu’ils vont être en mesure de faire 1,5 ou 2 km. Ça équivaut à 5 ou 6 minutes durant lesquelles tu peux mettre ton cerveau à off et juste suivre. Ça peut faire une différence en fin de compte. »

Les deux coureurs abordent l’épreuve avec confiance. Leurs entraînements des derniers jours laissent croire que le record est à leur portée. « Ça va dépendre de nos jambes ce jour-là, de la météo, fait valoir Desgagnés. Selon moi, on va être à plus ou moins 10 secondes du record. Ça reste un gros mandat. »

Les deux amis n’entendent pas se livrer une lutte acharnée. Ils espèrent les deux réussir à battre le record de 2005. Mais à la fin, s’ils réussissent, un seul pourra prendre la première place tout en haut du palmarès des records de l’athlétisme québécois.

« On se tire l’un et l’autre vers l’avant, lâche Philibert-Thiboutot. Mais à 1 km de la fin, c’est chacun pour soi. »

Entre leurs crêpes et leur café, les amateurs de course peuvent suivre le défi dès 8 h 55 ce matin sur la page Facebook du « 10 km RBC-Université Laval ».

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