Réaction de professionnels de la santé à la manifestation contre les mesures sanitaires

« comme une gifle au visage »

Au moment où le bilan de la COVID-19 s’améliore au Québec, le personnel de la santé se désole de la manifestation contre les mesures sanitaires qui a eu lieu samedi à Montréal, mais rappelle que les manifestants représentent une minorité de la population.

« C’est vraiment une déception. On vit dans un pays riche. On a le privilège d’avoir beaucoup de vaccins. Et là, les personnes viennent paralyser une opération de vaccination en pleine pandémie », se désole Natacha Lafrenière, infirmière auxiliaire à domicile et formatrice en réanimation. Elle rappelle que plusieurs pays n’ont pas encore reçu de doses de vaccin contre la COVID-19.

« Je ne suis pas contre que les gens manifestent, parce qu’on vit dans une démocratie. Mais ce qui m’a choquée, c’est de choisir un centre de vaccination comme lieu », indique Mme Lafrenière, qui se dit choquée et attristée par les évènements.

La Dre Amélie Boisclair, intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, déplore aussi ce rassemblement. « Mon équipe l’a très mal pris. Pour eux, c’était comme une gifle au visage », dit-elle.

« On est tous écœurés, mais on a besoin de se serrer les coudes. »

— La Dre Amélie Boisclair, intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur

Samedi, quelques dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues près du Stade olympique dans le cadre d’une manifestation contre les mesures sanitaires, qu’elles jugent « excessives et injustifiées ». Des autocars nolisés ont transporté les participants de plusieurs villes du Québec, notamment à partir de Trois-Rivières et de Gatineau.

« La majorité silencieuse est derrière nous »

Les spécialistes ont tenu à rappeler que les manifestants ne représentaient qu’une minorité de la population. « On a quand même des bons signaux que la plupart des Québécois adhèrent et comprennent l’importance des mesures », soutient le DQuoc Nguyen, gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Il indique que l’adhésion de la population à la vaccination est très forte dans la province. « Si on n’avait pas de vaccins ou si le plan de la vaccination allait mal, ça me dérangerait davantage », affirme-t-il.

Le premier ministre François Legault a déclaré qu’une grande majorité des Québécois appuient les mesures sanitaires.

« Personne les aime, les mesures. On a tous hâte que ce soit terminé. On approche de la fin avec la vaccination. »

— François Legault en conférence de presse dimanche après-midi

La Dre Boisclair est du même avis. « C’est une minorité et l’excitation pour la vaccination en est la preuve. La majorité silencieuse est derrière nous », affirme-t-elle. Elle déplore toutefois que les actions de cette minorité annulent les efforts du reste de la population. « Ça ne concerne pas juste eux. Leurs gestes ont des conséquences pour tout le monde. C’est ça qui est inquiétant », dit-elle.

Les spécialistes espèrent que la manifestation n’entraînera pas une hausse de la propagation de la COVID-19 dans la province dans les prochaines semaines. « Dans un contexte où les variants sont prédominants, il faut absolument se protéger et ne pas se rassembler, surtout pas à 30 000 personnes », affirme Mme Lafrenière.

Le DNguyen se console que la manifestation se soit déroulée à l’extérieur, plutôt que dans un endroit fermé. Il craint toutefois que la contamination ait eu lieu avant ou après la manifestation. « Si les gens ont manifesté et qu’après, dans l’auto, ils ont enlevé leurs masques ou se sont entassés des heures dans un autobus, c’est ça qui augmente la propagation », dit-il.

De son côté, François Legault a rappelé l’importance de se protéger et de protéger les autres. « Je peux comprendre qu’il y ait une petite minorité qui n’y croit pas, mais cette minorité-là ne peut pas aller infecter ou prendre des risques d’infecter d’autres personnes », a-t-il indiqué.

La situation demeure stable

Cette manifestation est survenue au moment où le nombre de nouveaux cas demeure stable et les hospitalisations sont en baisse dans la province. Les autorités de santé publique ont rapporté dimanche 1006 nouveaux cas de COVID-19 et 9 morts supplémentaires. Tout comme la veille, les hospitalisations liées au virus ont diminué.

Les 1006 nouveaux cas portent le total de Québécois infectés à 351 880. De ceux-ci, 331 513 sont rétablis.

Au total, 10 942 personnes ont succombé à la COVID-19 au Québec depuis le début de cette pandémie. Des neuf décès recensés dimanche, aucun n’est survenu dans la dernière journée. On en rapporte huit entre le 25 et le 30 avril et un avant le 25 avril.

C’est dans la région de la Capitale-Nationale que l’on compte cinq des neuf nouveaux décès. En Montérégie, deux personnes sont mortes de la COVID-19. Les régions de Chaudière-Appalaches et de Montréal déplorent un décès chacune.

Le nombre de personnes hospitalisées en raison de complications de la COVID-19 est en baisse. On compte désormais 574 patients à l’hôpital, soit 4 de moins que la veille ; 157 personnes se trouvent aux soins intensifs, une diminution de 2 par rapport à samedi.

Une tendance encourageante, selon le ministre de la Santé, Christian Dubé. « Continuons nos efforts pour améliorer la situation. Je veux aussi remercier nos équipes du réseau de la santé qui sont au rendez-vous chaque jour pour soigner et vacciner les Québécois », a-t-il indiqué sur son compte Twitter.

Côté dépistage, 34 405 prélèvements ont été réalisés le 30 avril.

La campagne de vaccination s’est également poursuivie. Québec a administré 50 555 doses, soit 49 609 dans les 24 dernières heures et 946 doses avant le 1er mai, pour un total de 3 218 214 doses à travers la province jusqu’à présent.

Les provinces canadiennes aux aguets

Si la situation demeure stable depuis quelques jours au Québec, plusieurs provinces comme l’Ontario et l’Alberta continuent d’enregistrer une hausse des cas de COVID-19.

En Alberta, le nombre de nouveaux cas a excédé 2000 au cours des trois derniers jours. Les médecins ont été mis au courant des protocoles de tri si cette pratique devenait nécessaire.

Devant l’actuelle vague de COVID-19 qui frappe durement la province, les travaux parlementaires ont été suspendus dimanche pour une durée d’au moins deux semaines à l’Assemblée législative de l’Alberta. Le Conseil des ministres et les comités parlementaires continueront de se rencontrer virtuellement.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jason Nixon, a indiqué par communiqué qu’il n’y avait aucun nouveau cas confirmé parmi les élus et les employés, mais que cette suspension visait à empêcher toute éclosion de COVID-19.

En pleine troisième vague, l’Ontario a annoncé dimanche que tous les adultes de 18 ans et plus vivant dans 114 codes postaux désignés comme points chauds du virus pourront réserver un rendez-vous sur le portail provincial à partir de 8 h ce lundi.

La province élargira aussi l’accès aux vaccins contre la COVID-19 dans toute la province à compter de cette semaine, en raison d’une augmentation des livraisons de Pfizer-BioNTech. L’Ontario signalait dimanche 3732 nouveaux cas de COVID-19 et 23 autres décès liés au virus.

Au Nouveau-Brunswick, la quarantaine obligatoire pour les voyageurs entrée en vigueur le 24 avril s’est assouplie. Le gouvernement, qui avait initialement affirmé que les voyageurs devaient s’isoler pendant au moins sept jours dans un hôtel, a indiqué samedi que les voyageurs peuvent rester dans une résidence personnelle. Chaque situation sera évaluée au cas par cas.

— Avec La Presse Canadienne

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