Technologie

Propulsion saisonnière

Les voitures modernes sont tellement interchangeables, sophistiquées et sûres qu’elles ont perdu en sensations. Rouler au volant d’un véhicule à propulsion au cours de la saison blanche, en revanche, c’est s’offrir un voyage dans le temps, renouer avec un rapport plus intense à la machine.

Il n’est pas dit qu’il ne reconsidérera jamais ses options. Mais après deux hivers en sa compagnie, Pierre Lapointe ne regrette aucunement d’avoir opté pour une BMW M4 CS, et ce même si celle-ci ne compte que deux roues motrices... à l’arrière.

Il le reconnaît d’emblée qu’il ne s’agissait pas d’un choix de raison, « car le véhicule convoité ne proposait pas le rouage intégral ». Malgré quelques appréhensions, M. Lapointe se dit « agréablement surpris par la performance d’ensemble ». Selon lui, toujours, « la perspicacité des aides électroniques modernes jumelées à des pneus de très grande qualité rendent la conduite hivernale sans problème 99 % du temps ».

En fait, M. Lapointe estime que « la tenue en courbe d’un véhicule à propulsion est plus prévisible et les pertes de motricité plus faciles à contrôler qu’avec un véhicule à traction. En fait, le véritable enjeu, ajoute-t-il, c’est le démarrage en pente sur une surface enneigée. Il faut savoir doser l’accélérateur ».

Michel Bourassa se décrit comme « un habitué de la propulsion ». Sa Cadillac ATS ne sommeille pas sous une bâche ou dans un garage une fois la saison blanche venue. Elle roule. Cependant, elle quitte rarement les zones urbaines. « Sa conduite sur une chaussée à faible coefficient d’adhérence ne pose aucun problème. Pour cela, il faut utiliser à bon escient la fonction Snow [neige] de l’ordinateur de bord et que l’on évite de faire trop patiner les roues arrière. »

Jean Perron conduit également sa Lexus IS C l’hiver, mais sur de courtes distances. « Mon trajet se dessine souvent dans la ville entre ma résidence et mon lieu de travail. » Mettre la ville dans son rétroviseur n’enchante guère M. Perron toutefois. « Si je devais l’utiliser régulièrement sur des routes de campagne, je redouterais les conditions hivernales », admet-il en toute humilité. Tout comme sa conjointe qui évite de prendre le volant de ce véhicule durant la saison froide.

Larry Noreyko, également propriétaire d’une Lexus IS C, partage le même point de vue.

« L’hiver, je la conduis peu, mais je ne boude jamais mon plaisir de faire patiner prudemment les roues arrière sur une chaussée fraîchement enneigée. »

— Larry Noreyko, propriétaire d’une Lexus IS C

Tout le monde n’a pas la chance de conduire une BMW M4 CS ni d’avoir accumulé l’expérience d’une propulsion. Certains matins d’hiver, Martin Latendresse-Fillion regrette l’achat de sa Dodge Charger. « J’ai de bons pneus pourtant, mais rien à faire, ce mode d’entraînement représente pour moi un handicap. Les petites valses du train arrière, l’incapacité de me stationner dans des endroits mal déblayés sous peine de m’enliser ou encore cette inquiétude de ne pas pouvoir gravir en toute confiance les dénivellations de certaines routes m’insécurise, voilà. »

Même son de cloche du côté de Paul Ménard, qui peine à trouver plaisir au volant de sa Hyundai Genesis. « Au début, je trouvais la conduite pas mal cool, mais aujourd’hui, je la trouve éreintante, voire stressante à conduire durant l’hiver. Les interventions du système antipatinage calent littéralement le moteur sur une surface glacée et j’ai toujours la crainte de me faire tamponner. »

Fini la routine

Plus délicate à manier, la propulsion incite à adopter spontanément une conduite assez progressive, fondée sur l’anticipation. Une façon, finalement, de se réinvestir dans le pilotage de son auto après des années de routine. Hélas, cette attitude est souvent mal vécue par plusieurs automobilistes devenus aujourd’hui trop confiants. La conduite d’une propulsion est plus exigeante, plus hasardeuse et parfois plus contraignante, mais rappelle – plus que tout autre mode d’entraînement – l’importance de demeurer vigilant au volant. Une idée saugrenue à l’heure où rouler n’est plus tant un plaisir automobile qu’un plaisir de mobilité.

On aime

Ces sensations de conduite attisées

Ce sentiment de faire corps avec le véhicule

Ce comportement de funambule, mais sans véritable filet

On aime moins

Ces interventions intempestives des aides à la conduite qui brisent le rythme

Ces pentes qu’on ne peut pas toujours gravir

Ces places de stationnement mal déneigées dans lesquelles on s’enlise

Une rareté

De nos jours, et au Canada tout particulièrement, la propulsion (roues arrière motrices) se réserve généralement à de rares modèles sportifs. Le reste de la production automobile s’en tient à la traction (roues avant motrices) et à l’intégral (quatre roues motrices). Ce dernier mode d’entraînement pourrait bien se généraliser de plus en plus en raison, bien sûr, de la popularité des véhicules utilitaires, mais aussi de l’émergence des véhicules électriques qui procurent plus de liberté encore à ses concepteurs.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.