Mots de camelots

Face à l’itinérance

« J’ai participé à une rencontre organisée par une agence mandatée par la Ville de Montréal. L’idée était de réunir des personnes vivant ou ayant vécu l’itinérance dans le but de concevoir des messages publicitaires afin d’améliorer les perceptions et les rapports de la population face aux itinérants.

« Nous étions trois de L’Itinéraire, ainsi que deux personnes trans vivant dans la rue et deux Autochtones. Nous nous sommes exprimés tour à tour sur nos expériences et sur nos idées pour aider à changer les mentalités.

« J’ai vécu ma première période d’itinérance après une séparation. C’est là que j’ai connu les organismes qui viennent en aide aux itinérants. La deuxième fois, après huit mois de stabilité, je me suis retrouvée dans la rue au tout début de la pandémie. La troisième fois, c’est à la suite d’un dégât d’eau dans mon logement.

« Bien sûr, je suis capable de garder un logement, mais parfois, ça ne prend pas grand-chose pour retourner dans la rue et ça ne veut pas dire qu’on n’est pas une bonne personne.

« Parmi les solutions proposées à la réunion, il y a la formation des policiers et des ambulanciers qui ne sont pas toujours aidants et qui portent parfois un jugement plutôt que d’aider. Il faut plus de loyers modiques, plus de logements supervisés et plus d’intervenants sociaux.

« Aux passants, on demande d’être ouverts d’esprit. Même si tu ne peux pas aider financièrement, tu dois rester poli parce que ton jugement peut faire très mal. On est fragile dans notre “écosystème”. Je te souhaite plus de tolérance envers ce que tu n’aimes pas voir, mais qui existe bel et bien. Prends le temps de t’arrêter, d’écouter et de parler.

« Je veux dire un grand merci à Julien et à sa tante Ghislaine qui m’ont offert des bottes et un manteau d’hiver tout neufs. »

— Isabelle Beaupré, camelot marché Metro, centre commercial du Domaine

Sur le privilège d’être camelot

« Être camelot n’est pas un travail facile. Il faut s’informer de la météo, être souriant, content, pas content. Parfois, ça prend plusieurs heures de travail pour faire quelques dollars, quelquefois on revient bredouille. Il faut être poli, il faut être respectueux de notre point de vente, il faut acheter le nombre de journaux nécessaires pour la journée ou pour la semaine. Bref, il faut de la patience et du courage !

« Tout ça n’est rien pour avoir le plaisir des journées qui se déroulent bien, la gratitude d’une journée généreuse et heureuse ! Il n’est pas rare que la paye soit bonne et parfois même excellente. Je suis content de voir que certaines personnes ont conscience de ce que beaucoup de personnes oublient : l’humanité, l’empathie, la compréhension, la tolérance. Il y a de ces journées où tout est magique, où tout se passe comme un plan parfait, je jase avec les clients, ils me sourient et je me sens à ma place !

« Avec L’Itinéraire, le camelot ne manque de rien, il peut gagner sa vie honorablement, avoir une vie sociale, manger de bons repas le midi, avoir des services d’accompagnement avec des intervenants qui ont le cœur sur la main, et même, tenez-vous bien, se réaliser en écrivant dans le magazine en faisant des entrevues journalistiques rémunérées !

« Avec L’Itinéraire, je peux changer ma vie et je peux reprendre le pouvoir sur elle. Le plus beau dans tout ça, c’est le message. Le camelot de L’Itinéraire est le messager du changement de la société. Sans le camelot, pas d’Itinéraire, et vice-versa. »

— Gabriel Lavoie, camelot chemin Chambly, à Longueuil

[NDLR : Depuis la parution de ce mot de camelot en juillet 2022, Gabriel, qui venait de terminer un stage en journalisme à La Presse, a intégré la salle de rédaction de L’Itinéraire en tant qu’apprenti-journaliste.]

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