ANALYSE

le monde à l’envers

Toronto — « 2020 a été une année étrange, mais c’est probablement la chose la plus étrange qu’on a vécue. »

La chose étrange dont Brendan Gallagher parlait mardi après le match, c’était le fait que lui et ses coéquipiers ont dû s’habiller dans le vestiaire des Maple Leafs. Imaginez, la feuille d’érable des Leafs gravée sur les casiers sur lesquels reposent des chandails du Tricolore. Si Roch Carrier cherche à écrire une suite au Chandail de hockey, voici un bon filon.

Les Leafs ont beau accueillir l’Association de l’Est dans leur ville, pas question que la LNH badine avec l’avantage de la patinoire. Le Canadien était l’équipe à domicile, alors à elle d’avoir le vestiaire le plus spacieux !

En fait, c’était une soirée où le monde était à l’envers. Que dire de l’annonce qui a suivi le premier but du match ? Un but des Maple Leafs, marqué à Toronto… et d’abord annoncé en français ! Belle sensibilité à l’égard de Montréal, remarquez.

C’est sans parler de cet aréna vide. On a beau se douter depuis des mois que le sport se jouera à huis clos pour un bout de temps, il y a quelque chose de profondément contre nature de voir du sport professionnel joué dans ces conditions.

Faux départ

Et puis, preuve ultime du monde à l’envers s’il en est une, le trio de Phillip Danault a peut-être été le pire du Canadien. Danault, Gallagher et Tomas Tatar se sont fait prendre sur deux buts de l’adversaire, dans des situations dans lesquelles Claude Julien leur voue une confiance aveugle : sur la première présence du match, et en fin de période.

« C’était un peu plus difficile », a reconnu Danault, après la défaite de 4-2 du CH aux mains des Leafs.

« Le cerveau, ce n’était pas top notch. Ça va super vite sur la glace, c’est important de revenir dedans. Aujourd’hui, ce n’était pas facile, mais on vient de revenir. »

— Phillip Danault

Ce n’était pas une question d’effort, remarquez. Gallagher a fini sa soirée avec neuf tirs au but, mais trop de ces tirs venaient de la périphérie.

En revanche, Tatar et lui ont été sur la patinoire pour les quatre buts de l’adversaire, notamment parce que leur prise de décision était déficiente. C’est Gallagher qui n’a pas reconnu le danger quand Ben Chiarot s’est aventuré loin en territoire adverse. C’est Tatar qui a tenté une passe par-derrière en haut de territoire en avantage numérique. Dans les deux cas, la rondelle a abouti derrière Carey Price.

S’il y a une valeur sûre pour le CH, c’est bien ce trio. Julien a souvent vanté son nouveau trio de Jonathan Drouin, Nick Suzuki et Joel Armia, mais la première audition n’a pas été renversante. Jesperi Kotkaniemi s’est bien tiré d’affaire au centre de la troisième unité, mais le jeune homme revient de loin. On ignore comment il réagira dans un vrai match éliminatoire. Le trio de Max Domi demeure une boîte à surprises.

Parlant de boîte à surprises, Julien teste de nouvelles unités depuis le début du camp, et des unités ont permis aux Leafs de marquer deux fois à 4 contre 5. « On était parfois hésitants. On devra vite trouver des solutions, car on n’a pas beaucoup de temps », a rappelé Gallagher.

En fait, le Canadien a trois entraînements pour corriger le tir, avant le duel de samedi contre Pittsburgh. Des corrections, Julien et ses adjoints ne manqueront pas d’en souligner à leurs joueurs. « On n’a pas joué un gros match », dira l’entraîneur-chef après la rencontre.

« On était rouillés »

« On a eu beaucoup de hauts et de bas. C’était une grosse adaptation. 140 jours sans jouer, ça paraît. On était rouillés, j’imagine que c’est la même chose pour tous. Il n’y a pas de fans, tout est nouveau. C’était important de pouvoir visualiser à quoi ça va ressembler samedi. »

— Phillip Danault

« On est une jeune équipe, on était 12es dans l’Est, donc c’est important de jouer sur le bout des orteils, d’être agressifs et de ne pas avoir peur. J’ai senti un peu une équipe un peu passive par moments, on hésitait. Quand t’hésites, t’es dans le pétrin. »

— Claude Julien

« On a vu les autres, Jake Evans, Ryan Poehling, Charles Hudon. On voulait voir Belzile. C’est un grand travaillant. Même s’il n’a fait que deux présences, il a provoqué des choses. On va avoir besoin de ce genre de jouer pour nous donner un élément de plus. En séries, des fois, tu as besoin d’un bon grinder, de gars qui provoquent des choses. »

— Claude Julien, au sujet de la présence d’Alex Belzile dans la formation

Propos recuellis par Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre le Canadien et les Leafs

Refuser les punitions ?

Il a beaucoup été question du Canadien, qui devra en découdre avec l’avantage numérique des Penguins, mais le CH devra commencer par être plus fiable quand il a l’avantage d’un homme ! Deux fois plutôt qu’une, les Montréalais ont accordé un but en avantage numérique. Tomas Tatar a été coupable d’une passe à l’aveuglette – ce coéquipier honni – sur le premier but, œuvre d’Alexander Kerfoot. Sur le deuxième but, Morgan Rielly a profité d’une couverture permissive de Jonathan Drouin pour récupérer un retour. Le Tricolore a fait belle figure cette saison pour les buts accordés en avantage numérique (5), mais avec Brandon Tanev et Bryan Rust, les Penguins ont les outils pour embêter le CH…

Encore Tatar et Suzuki !

Il n’y a pas eu que du négatif à 5 contre 4 pour Montréal… Le Canadien a marqué 33 buts en avantage numérique en 2019-2020. Tomas Tatar et Nick Suzuki étaient ensemble sur la patinoire pour 21 de ces buts. Ces deux-là semblent constamment se trouver sur la patinoire, et ils l’ont fait une fois de plus mardi, quand Tatar s’est blotti derrière la défense torontoise pour accepter la passe de Suzuki et marquer. Le but a été inscrit à forces égales, mais comme la punition de Ilya Mikheyev avait pris fin depuis seulement six secondes, c’est le genre de but qui pourrait être considéré par les entraîneurs comme ayant été marqué en avantage numérique. Si jamais Claude Julien en vient un jour à devoir briser l’unité de Tatar, Phillip Danault et Brendan Gallagher, il serait intéressant de voir ce que pourraient accomplir Suzuki et Tatar à 5 contre 5…

Pas la situation idéale pour Domi

La situation de Max Domi pourrait être qualifiée d’inconfortable, et on ne parle même pas de la séquence en deuxième période où il a reçu une rondelle dans la région de la fourche. Claude Julien peut bien s’indigner du fait qu’on qualifie son unité de « quatrième trio », il n’en demeure pas moins que Dale Weise, l’un des ailiers de Domi, est au mieux un attaquant de quatrième trio. C’est le même Weise qui a passé la moitié de la saison dans la Ligue américaine. Et c’est le même Weise qui, quand Domi l’a rejoint avec une passe parfaite à l’embouchure du filet, a raté la cible même s’il avait une cage ouverte. Le genre de jeu qu’un marqueur plus aguerri ne manquera pas. C’est aussi le genre de jeu qui n’aidera pas la cause de Domi, qui doit renégocier son contrat au terme de la saison, et qui a la première chance de sa carrière de se faire valoir en séries.

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