Mélanie Ghanimé

Rire et grandir

Devenue récemment consultante en relation d’aide, l’humoriste Mélanie Ghanimé embrasse sans gêne sa passion pour la croissance personnelle dans MIXTE, son deuxième spectacle solo qu’elle présentera en première ce dimanche (après-midi !) à Montréal avant d’amorcer une tournée dans une dizaine de villes du Québec.

« J’ai des clients la semaine, je suis occupée ! », lance-t-elle pour expliquer le choix de cette plage horaire inusitée, signe de sa volonté assumée de faire les choses autrement. « Ce n’est pas un show où tu veux aller te coucher tout de suite après et ce n’est pas un show avec lequel tu veux mélanger de l’alcool, ajoute-t-elle. Il y a un besoin de décanter. C’est de la bienveillance et en même temps, je vieillis, j’aime ça, me coucher tôt ! »

Celle qui assume dorénavant son « multipotentiel » (on peut aussi la voir à la télévision, notamment dans la série Léo) a décidé de produire elle-même son spectacle, « dans l’innocence pure et dure », mais avec l’envie d’être indépendante et « présidente de [son] entreprise ».

Dire de Mélanie Ghanimé qu’elle se dévoile dans son nouveau spectacle serait utiliser une expression un peu galvaudée, mais l’analogie du manteau qu’elle retire est celle qu’elle utilise pour illustrer la libération qu’elle ressent en se donnant la permission d’être vulnérable sur scène.

« Je me libère de quelque chose que je m’empêchais d’être avant. C’est un élan que je ne peux pas freiner, un élan que j’ai envie d’avoir le courage de suivre. »

– Mélanie Ghanimé

Rencontrée mercredi dernier au Petit Extra, le bistro qui jouxte le Lion d’or où elle se produira ce dimanche à 14 h, Mélanie Ghanimé s’est dite « stressée », voire « terrorisée » à l’idée de présenter ce spectacle qui rompt avec le cadre habituel de l’humour et qui s’annonce fort différent du précédent.

Pendant le rodage, elle s’est même demandé si elle allait trop loin dans son dévoilement. Prise d’anxiété au deuxième numéro, elle a consulté un thérapeute pour comprendre ce qui l’effrayait. Aux côtés de cette vulnérabilité qui l’habite, on sent aussi l’assurance de celle qui a trouvé sa voie. « À un moment donné, il a fallu que j’accepte. Je suis tannée de me juger, de me limiter. Aimez-moi, aimez-moi pas. J’ai besoin d’être en paix avec qui je suis. »

Pas quétaine, la croissance personnelle

Mais qui est cette Mélanie Ghanimé qui s’empêchait d’être ? Notamment une fille qui baigne dans la croissance personnelle depuis qu’elle est toute jeune. « J’ai eu une mère vraiment originale, raconte-t-elle. Elle était voyante, faisait de la numérologie. Elle lisait des livres de psychopop et des livres de docteurs. Je suis née là-dedans, j’ai toujours été curieuse de ça, mais je me suis toujours fait niaiser aussi. »

Elle-même admet avoir fait des blagues sur le sujet. « “Croissance personnelle”, ça donne le goût de rouler des yeux, mais de la croissance en entrepreneuriat, c’est génial, de la croissance quand tu es un enfant, c’est super positif. On dirait que les gens associent la croissance personnelle à “amour, papillon, lumière”. » À quelque chose de quétaine aussi, un mot qu’elle utilisera plusieurs fois pendant l’entrevue, souvent pour se défendre de sonner comme telle lorsqu’elle lance des phrases comme « Ce n’est pas la destination [qui compte], c’est le chemin » ou « Tu as le droit d’avoir besoin de ce dont tu as besoin ».

« Tu m’aurais dit que j’aurais dit ça un jour en entrevue, j’aurais dit : “Ben non, jamais !” » Or, croit-elle, il y a dans ces phrases toutes simples un sens profond qu’on peut mettre du temps à comprendre. Pour celle qui anime depuis deux ans Mélanie consulte !, une balado sur l’introspection, la croissance personnelle, c’est de découvrir les parties de nous qu’on peut développer et de réaliser notre potentiel.

« Quand j’ai compris ce que j’ai compris dans mes cours, j’ai dit : “Il faut que tout le monde sache ça.” Je vais l’amener en humour parce que je suis écœurée qu’on trouve ça quétaine. » Sur scène, elle parlera de développement personnel, de son cheminement, de ses peurs et de ses angoisses, avec humour toujours, dans le but d’en rire et de grandir.

Sa démarche a commencé par un atelier sur les blessures humaines qu’elle a suivi pour construire un numéro de son premier spectacle, Brut[e], numéro qu’elle n’aura finalement pas présenté. Réalisant qu’il lui faudrait plus qu’un atelier pour comprendre « parce que c’est très vulnérabilisant d’aller jouer dans ce qui fait mal », elle a suivi cette formation de trois ans en relation d’aide qui lui a notamment permis d’accepter sa sensibilité, « une qualité souvent perçue comme une faiblesse », et d’oser aborder des sujets délicats.

Nombreux deuils

Ayant vécu plusieurs deuils, dont ceux de sa mère et de son conjoint, mort dans un accident d’auto, elle constate le malaise qu’on éprouve devant la souffrance des autres.

« Dans le fond, les humains, on se promène tous avec nos petits baluchons, puis c’est difficile d’être capable de dire à quelqu’un : “Voici ce qu’il y a dans mon petit baluchon à moi et toi, qu’est-ce que tu portes ?” »

– Mélanie Ghanimé

La pandémie a aussi été pour elle un déclencheur qui a lui a permis de grimper un autre échelon dans son échelle de croissance. « Le 7 mai 2020, j’ai catché que je ne faisais plus rire personne et qu’il n’y avait personne qui m’écoutait les faire rire. J’en ai braillé une tasse. Je suis allée chercher de l’aide. C’est là que j’ai compris que j’avais passé la majorité de ma vie dans la validation des autres. »

Aujourd’hui, elle accompagne les autres dans leur cheminement, tantôt pour les aider à se libérer d’un schéma relationnel qui les affecte, tantôt pour comprendre les fausses croyances qui les habitent. « Je suis un peu colorée comme consultante ! J’avertis les gens : “Ça se peut que je sacre des fois et je vais imiter tous les bonhommes dans ta famille.” À l’école, ils me disaient : “Tu te donnes beaucoup, Mélanie, tu es très colorée.” » Colorée, oui, quétaine, non !

Le spectacle présenté ce dimanche au Lion d’or affiche complet. Des billets sont encore offerts dans certaines autres villes.

Consultez le site de Mélanie Ghanimé

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