SWAN LAKE

Le mélange des genres

À tout juste 30 ans, la chorégraphe Dada Masilo est reconnue dans le monde entier pour ses relectures iconoclastes et teintées d’humour des classiques. Dans le cadre de Danse Danse, l’artiste sud-africaine est à Montréal avec sa compagnie pour présenter une version homoérotique du Lac des cygnes, dès jeudi prochain à la salle Wilfrid-Pelletier. Entrevue.

Après Roméo et Juliette et Carmen, pourquoi avoir choisi de vous attaquer au Lac des cygnes ? Et quelle lecture en faites-vous ? 

Le lac des cygnes est le premier ballet que j’ai vu, à 12 ans, quand je suivais mes premiers cours de danse à Soweto. Je me souviens d’avoir été charmée par les tutus, la musique et le décor. Dès lors, j’ai su que j’en ferais ma propre version un jour. L’histoire de ce ballet demeure actuelle, car la pièce aborde le sujet des mariages arrangés. Dans ma version, j’y ajoute les thèmes de l’homosexualité et des stéréotypes de genre. 

Votre travail fusionne la fluidité du ballet classique avec la danse traditionnelle africaine. De quelle façon les deux formes s’éclairent-elles mutuellement ?

La danse académique et les danses des Zoulous utilisent des techniques très différentes. C’est pourquoi je voulais les juxtaposer – plutôt que les faire coexister – afin d’explorer leur fusion dans un même vocabulaire chorégraphique. Ça n’a pas été évident comme mariage… Mais je pense avoir réussi à créer un langage gestuel fort et unique. Comme je suis ouverte à toutes les formes chorégraphiques, j’ai créé une œuvre qui est aussi accessible au public fervent de création contemporaine qu’à celui de danses traditionnelles. 

Vos pièces abordent des sujets de société, comme le sida et les droits de la communauté LGBT. Malgré l’évolution des mentalités en Occident depuis 30 ans, votre continent, l’Afrique, demeure hostile aux droits des LGBT… Pourquoi cette fermeture ?

Je crois que les gens réagissent hostilement à ce qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ont peur de ce qui ne cadre pas dans la « norme ». Cela est encore plus vrai dans des pays où les citoyens n’ont pas (ou ont moins) accès à l’éducation. La société aime encadrer ses habitants, les ranger dans des cases. Aussitôt qu’un individu sort de cette case, ça déstabilise la structure sociale. Même si cela n’a aucune incidence sur la vie des autres. C’est triste, mais c’est la réalité.

Votre compagnie effectue sa toute première tournée au Canada, mais elle s’est produite dans le monde entier. Est-ce que vos œuvres, qualifiées de « subversives », reçoivent un accueil différent d’un pays à l’autre ? 

Étrangement, non. La réponse du public est assez semblable partout : enthousiaste et favorable au travail et à la proposition chorégraphique. Il y a certainement des spectateurs qui n’aiment pas ce que je fais, mais je n’ai rien entendu ni lu de négatif. 

À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 14, 15 et 16 janvier

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