LNH

Le Comité de protection des barbares

Il y a deux ans, après une quarante-douzième chronique contre les bagarres, un lecteur m’a écrit en privé. J’ai vite reconnu son nom. Celui d’un ancien entraîneur québécois, qui avait connu du succès dans la Ligue nationale. Vérification faite, c’était bel et bien lui. L’homme m’a fait une confidence étonnante.

Il avait cessé de regarder le hockey.

Enfin, presque. « Je regarde les Championnats du monde, la Coupe Spengler et les Jeux olympiques, m’écrivait-il. [Mais] depuis ma retraite, je ne regarde plus le hockey de la LNH. Justement à cause des bagarres et du non-respect des joueurs entre eux. »

Je ne suis pas rendu là. Je regarde encore beaucoup de parties de la LNH. Autant pour le travail que pour le plaisir. Sauf que moi aussi, je commence à en avoir plein ma claque du folklore néandertalien qui entache ce si beau sport. Des coups odieux, salauds et inutiles qui pullulent, comme ceux qu’on a vus lundi soir, lors du match entre les Capitals de Washington et les Rangers de New York.

Rappel des faits. En milieu de deuxième période, un troupeau de joueurs cherchait la rondelle autour du gardien. L’arbitre a sifflé. Ça aurait dû finir là. Mais non.

Le dur à cuire des Capitals Tom Wilson s’est alors pris pour Obélix à qui un Romain venait de voler un sanglier. Il a repéré un adversaire vulnérable, Pavel Buchnevich, qui était allongé sur la patinoire. La face contre la glace. Il lui a donné un coup de poing derrière la tête. Un geste dangereux. Une dispute a suivi.

Dans le brouhaha, Tom Wilson a trouvé sa deuxième victime. Un autre joueur qui n’était pas en position pour se défendre, Ryan Strome. Il lui a assené un coup de poing. C’est à ce moment qu’Artemi Panarin, un poids plume puni seulement trois fois cette saison, est intervenu pour protéger son coéquipier.

Tom Wilson l’a mal pris.

Très mal pris.

Il a empoigné Panarin. Lui a passé la main dans les cheveux. Puis il l’a projeté au sol, tête première, avec une violence inouïe. Le crâne de Panarin a frôlé la glace. Au ralenti, ça vous coupe le souffle. Attendez, ce n’est pas fini. Lorsque Panarin a tenté de se relever, Wilson l’a de nouveau roué de coups, avant de s’asseoir sur lui.

Faites ça dans la rue, la police vous passera les menottes.

Dans la LNH ? Wilson est resté 14 minutes au banc des pénalités. Il est revenu la période suivante. Pendant ce temps, à l’infirmerie, Panarin apprenait que sa saison était terminée.

* * *

Mardi matin, comme tous les amateurs de hockey, j’essayais de deviner la peine que la LNH allait imposer à Tom Wilson. Compte tenu de ses cinq (!) suspensions précédentes pour des coups à la tête et des mises en échec illégales, mes attentes étaient élevées.

20 matchs ?

40 matchs ?

Suspendu à vie ?

Le département de la sécurité des joueurs a vite rendu son verdict.

Coupable.

Sa peine : une amende de 5000 $ pour son geste envers Pavel Buchnevich. La même somme que celle exigée à Henrik Lundqvist pour avoir aspergé d’eau Sidney Crosby il y a quelques années.

Euh… OK… Et pour le gros morceau ? Son attaque brutale sur Artemi Panarin ?

Rien. Niet. Nada.

Comment ça, rien ?

Parce que c’était juste un épisode de lutte virile. Des choses qui surviennent couramment lors d’une mêlée, selon un justificatif de la ligue rapporté par ESPN. Une explication honteuse. Ridicule. Inacceptable de la part des dirigeants d’un circuit sportif majeur. Les Rangers s’en sont d’ailleurs pris personnellement au directeur du département de la sécurité des joueurs, George Parros, le qualifiant d’« inapte » à poursuivre son rôle.

Les Rangers de New York ont raison. Le département de la sécurité des joueurs est une pantalonnade. Une bouffonnerie. Ses nombreuses décisions mal avisées ne protègent pas les joueurs. Elles protègent les barbares.

Comment pensez-vous que les joueurs des Rangers réagiront, ce mercredi soir, lors du match revanche ? Pariez qu’ils seront tentés de se faire justice eux-mêmes. Puis les Capitals répliqueront. S’enclenchera une cascade perverse de violence, avec tous les risques associés de blessures et de commotions cérébrales.

Je le répète : la solution à la violence au hockey, ce n’est pas plus de violence. On le sait. On a déjà vu ce film-là. Souvenez-nous des années 1980 et 1990. La présence de bagarreurs dans l’alignement n’empêchait pas Scott Stevens ou Dale Hunter de sortir le genou ou de frapper un adversaire dans son angle mort. Elle n’a pas non plus permis de prolonger la carrière de victimes, comme Paul Kariya.

Non, la solution, elle doit venir de la LNH et de l’Association des joueurs. Les punitions doivent être plus sévères. Les suspensions, plus longues. Les amendes, beaucoup, beaucoup plus sévères. De vrais leaders banniraient Tom Wilson – un multirécidiviste – à très long terme. Pour une demi-saison. Une saison. Peut-être même à vie.

Et, de grâce, après sa retraite, ne nommez pas Tom Wilson responsable du Comité de protection des barbares, comme vous l’avez fait avec l’ex-bagarreur George Parros, sous prétexte que la chicane, lui, il connaît ça…

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