Éclosion au pavillon Sagard de l’école Saint-Barthélemy

Des parents dénoncent l’opacité de la direction

Alors que des parents se plaignent de l’opacité des communications et de la confusion des mesures au pavillon Sagard de l’école Saint-Barthélemy, où on recense 23 cas de COVID-19, l’incidence des nouveaux variants continue de susciter l’inquiétude dans le réseau scolaire, qui représente plus du quart des éclosions actives.

Plusieurs parents craignent d’envoyer leurs enfants à l’école à la suite d’une éclosion qui a entraîné la fermeture de plusieurs classes au pavillon Sagard de l’école Saint-Barthélemy, à Montréal. Ces parents reprochent à la direction de ne pas leur communiquer toute l’information nécessaire, y compris le nombre de classes fermées et les classes où se trouvent les cas positifs.

« Au départ, on apprenait le nombre de cas par nos enfants, et non par la direction. Ils nous disaient : “Si vous avez été en contact, faites-vous tester”, mais on ne savait pas qui était positif », commente Jean-François* (les prénoms suivis d’un astérisque sont fictifs), le père d’un enfant en 5e année. Les parents à qui La Presse a parlé n’ont pas voulu être identifiés de crainte que leurs enfants n’en subissent les conséquences.

Non seulement on ignore le nombre de classes fermées, mais le nombre de cas exact est difficile à suivre, car les chiffres varient d’un courriel de la direction à l’autre. En additionnant les nouveaux cas annoncés les 10, 11 et 15 février, le total est de 21. Par contre, le 17 février, la direction annonce « de nouveaux résultats positifs » portant à 18 le nombre total de cas. Enfin, vendredi, un nouveau courriel mentionne « quatre nouveaux résultats positifs […] pour un total de 23 cas confirmés ».

La direction de l’école n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Les élèves à faible risque peuvent continuer à aller en classe

Dans un courriel envoyé mercredi, la direction demande à tous les élèves de se faire tester de façon préventive, mais recommande aux élèves qui ne sont pas considérés comme à risque « modéré » de continuer à fréquenter l’école en attendant leur résultat.

« C’est la première fois que j’entends qu’on peut retourner à l’école avant de recevoir notre résultat », commente Marie-Ève*, la mère d’un autre élève.

À la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal, la porte-parole Annie Dufour explique qu’il n’y a pas là de contradiction avec les règles de la Santé publique. « Quand c’est un cas à risque modéré, [les élèves] doivent être en isolement préventif, mais les cas à risque faible peuvent continuer à évoluer en attendant leur test », explique Mme Dufour.

Les élèves ainsi que leur fratrie qui ont été en contact avec un autre élève qui a contracté la COVID-19 sont considérés comme à risque modéré, alors que les autres élèves sont considérés comme à risque faible.

« La DRSP nous indique que la situation demeure stable puisque les cas confirmés sont pour la très grande majorité au sein des groupes-classes déjà en isolement. »

— Alain Perron, porte-parole du centre de services scolaire de Montréal, par courriel

Selon Guillaume*, parent d’un autre élève en 5e année, la confusion autour des catégories de risque « crée une tension entre les parents ».

« On garde nos enfants à la maison [en attendant les résultats] pour faire notre part, poursuit-il. Certaines personnes aiment mieux travailler en paix sans avoir leurs enfants dans les jambes, mais un autre groupe prône plus la sécurité, des gens qui sont plus à risque ou des aidants naturels. »

Vigilance face aux variants

Chez les moins de 10 ans, on recense 14,25 cas pour 100 000 habitants. Quoiqu’en baisse de 18 % depuis une semaine, c’est le taux le plus élevé parmi tous les groupes d’âge. Dans la même proportion, on compte 13,7 cas chez les 10-19 ans. Un taux qui, là encore, est en baisse de 19 % sur sept jours.

Pour le virologue Benoit Barbeau, le réseau scolaire, qui regroupe 27,6 % des éclosions actives, est forcément l’un des milieux les plus vulnérables. « Malgré toutes les précautions, c’est un environnement où beaucoup de personnes interagissent et où les consignes sont moins bien appliquées », explique-t-il.

À ses yeux, l’incidence des nouveaux variants pourrait compliquer les choses dans bien des écoles. « Les milieux scolaires vont être une occasion pour ces souches d’augmenter les cas d’infection, surtout qu’en ce moment, les jeunes ne sont pas ciblés par les campagnes vaccinales. Ils seront les derniers à l’être, donc le virus pourra persister et continuer à se manifester », affirme M. Barbeau.

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), Kathleen Legault, reconnaît aussi que la situation est préoccupante. « C’est trop tôt pour dire si les variants peuvent expliquer pourquoi il y a plus d’éclosions, mais c’est vrai qu’avant et après Noël, c’est différent. On a plus de contagiosité, même si, pourtant, on a mis toutes sortes de mesures », fait-elle valoir.

« Ce qu’il faut se demander, c’est si c’est vraiment à l’école que ça se passe. Est-ce qu’il y a un relâchement dans la communauté qui se répercute dans nos milieux ? »

— Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), est quant à lui catégorique. « Pour moi, la question des variants vient changer l’équation. Il faudra être particulièrement vigilant. On a l’impression que le gouvernement sous-estime l’effet de la fermeture d’une classe sur les élèves d’une école. Ça crée un traumatisme et ça nourrit les inquiétudes », dit-il.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, on affirme que la situation reste « stable ». Jusqu’ici, 965 classes et 8 établissements sont fermés en raison d’une éclosion. Si 95 classes ont été rouvertes jeudi, 15 autres ont été fermées dans le réseau privé. On comptait à ce moment 187 nouveaux cas dans le réseau et 233 personnes rétablies.

Avec la multiplication des nouveaux variants, il faut toutefois « accepter de se remettre en question », a dit jeudi le ministre Roberge, à l’Assemblée nationale. « Est-ce qu’on doit prendre davantage de mesures encore ? On est très ouverts, comme on l’a fait en s’adaptant en cours d’année, à mesure qu’il y avait de nouvelles informations, de nouvelles recommandations de la Santé publique », a-t-il dit.

Un bilan stable

Le Québec a rapporté vendredi 800 nouveaux cas, 14 décès supplémentaires et une baisse de 24 hospitalisations. La moyenne des décès calculée sur une semaine est de 15 par jour. Les 800 cas signalés portent à 837 la moyenne quotidienne calculée sur une semaine. Sur Twitter, le ministre Christian Dubé a réitéré ses inquiétudes au sujet des nouvelles souches de la COVID-19 en circulation. « La situation des variants est très préoccupante. Malgré que seuls 16 cas de variants sont confirmés, 264 échantillons sont en analyse. On suit la situation de près », a-t-il dit. Jeudi, 9202 doses supplémentaires de vaccin ont été administrées. À ce stade, 311 651 personnes ont reçu la première dose ; environ 3,67 % de la population a été vaccinée.

Une personne seule pourra se joindre à un groupe « stable »

Une personne seule pourra se greffer à un groupe « stable » dès le 26 février, a annoncé vendredi le ministère de la Santé et des Services sociaux. Cet assouplissement doit permettre de réduire l’isolement et de faciliter la garde des enfants pour les familles durant la semaine de relâche. Le communiqué rappelle toutefois d’éviter de confier la garde des enfants aux personnes de 65 ans et plus, mise en garde qui fait écho aux propos du premier ministre François Legault, le 16 février dernier : « Bon, maintenant, je sais qu’il y a beaucoup de parents qui ne peuvent pas prendre congé, qui n’ont pas prévu ou [dont] l’employeur n’a pas prévu de congé pour la semaine du 1er mars. Je le répète, puis c’est très, très important, là, ce n’est vraiment pas une bonne idée que les enfants soient gardés par les grands-parents. La plupart du temps, les grands-parents sont plus âgés, évidemment, et sont plus vulnérables pour attraper la COVID. Donc, je veux être très clair, là, ça, c’est la dernière chose qu’il faut faire. »

— Léa Carrier, La Presse

Possible cas de variant de la COVID-19

Une école de la région de Québec ferme pour une PÉRIODE indéterminée

L’école Marguerite-d’Youville ferme temporairement ses portes après qu’un possible cas de variant a été détecté dans l’établissement, a rapporté vendredi soir le CIUSSS de la Capitale-Nationale. « Un test permettant de détecter les nouveaux variants est utilisé depuis [jeudi] dans les laboratoires locaux de la région. Ce test a détecté des cas suspects d’infection par un variant chez deux personnes ayant fréquenté l’école », indique un courriel envoyé aux parents. De ce fait, le CIUSSS a ordonné la fermeture de l’école pour une période indéterminée. Un dépistage massif de tous les élèves est demandé dans les prochaines 48 heures « afin d’obtenir un portait complet de la situation ». De plus, le courriel rappelle que les élèves et les travailleurs de l’école doivent demeurer isolés à leur domicile tant que le CIUSSS n’a pas déterminé qu’ils ne sont pas contaminés. Finalement, les parents sont priés de surveiller les symptômes s’apparentant à la COVID-19 chez leurs enfants.

— Léa Carrier, La Presse

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