Mustapha Aramis

Le mousquetaire d’Alger

La dramaturge Evelyne de la Chenelière parle d’une « promenade dans l’œuvre d’Albert Camus ». En fait, l’auteure d’Une vie pour deux ou Bashir Lazhar a superposé deux récits : le premier met en scène le personnage de Meursault dans L’étranger, qui sera incarné par Maxim Gaudette. Tandis que dans le second, on retrouve Medi, jeune Algérien de Montréal, interprété par Mustapha Aramis.

Aramis. Son nom le prédestinait sans doute à une carrière d’artiste. Le jeune Mustapha a fait la connaissance du célèbre mousquetaire imaginé par Alexandre Dumas à travers un dessin animé japonais dans lequel Aramis était joué par une femme. Des années plus tard, il a lu Les trois mousquetaires. Une lecture qu’il avoue marquante. Quant à L’étranger, le hasard a fait qu’il ne l’a pas lu avant ce projet-ci.

« J’ai été impressionné par la modernité du récit, ç’a été écrit dans les années 1950 ! Par son écriture dépouillée et par les descriptions exhaustives des lieux aussi, détaille l’acteur, qui a quitté l’Algérie avec sa famille à l’âge de 11 ans. Je me suis demandé s’il était dépressif… En tout cas, j’ai été frappé par l’impassibilité du personnage de Meursault. »

La lecture d’À cause du soleil – une référence à la célèbre réplique de Meursault, qui explique ainsi son meurtre –, elle, l’a complètement « happé ».

« Le récit de Medi est tellement proche de moi », nous explique-t-il.

« Comme lui, on a quitté l’Algérie dans les années 1990, pendant la guerre civile, pour se retrouver ici. Et même si je n’ai pas perdu mon père dans les circonstances tragiques de mon personnage, ma mère est décédée quatre ans après notre arrivée. J’avais 15 ans… Après chacune de nos lectures, j’étais bouleversé et émotionnellement fatigué. »

— Mustapha Aramis

Revenons à ces deux récits en miroir imaginés par Evelyne de la Chenelière, où les personnages principaux de Meursault et de Medi dialoguent entre eux.

D’abord, il y a Meursault (Maxim Gaudette). Que l’on retrouvera flanqué de sa copine Marie (Evelyne Rompré) et de son ami Raymond (Daniel Parent), à l’origine du drame, puisque, souvenez-vous, « l’Arabe » qui le suit, et que Meursault finit par tuer, est le frère de la maîtresse de Raymond – qu’il a tabassé pour cause de tromperie.

Le récit de Medi, lui, se passe aujourd’hui, à Montréal, dans le froid glacial de l’hiver – en contraste avec la chaleur écrasante des plages d’Alger. « Deux extrêmes qui peuvent provoquer une perte de sens, une perte de soi », précise Mustapha Aramis. Son drame tourne autour d’un appel de détresse (ignoré), lancé par une femme prisonnière de sa voiture enneigée… Que sa copine Camille (Mounia Zahzam) lui reprochera.

Les deux récits s’entrechoquent, l’ensemble des personnages se donnent la réplique dans une grande conversation.

Emmerder... pour mieux aimer !

Chacun des protagonistes se présentera au public. Même l’Arabe, interprété par le jeune Sabri Attalah, a un visage et une voix. Impossible de ne pas penser ici au roman de Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, qui raconte L’étranger du point de vue de l’Arabe en incarnant le frère de la victime.

Mais À cause du soleil ne s’aventure pas dans ces eaux-là. Il est question des émotions vécues par les deux personnages principaux. De leur passivité, et de l’évitement qu’ils pratiquent, entre autres. « C’est de leur combat intérieur qu’il est question, nous dit encore Mustapha Aramis. De leur place dans le monde, dans la société qui les accueille. » Meursault y est confronté comme pied-noir, tout comme Medi, en tant qu’immigrant. Deux étrangers à leur manière.

Mustapha Aramis ne s’en cache pas, il y fait face lui aussi, même si ça fait 26 ans qu’il habite au Québec. Depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2014, il a joué les basanés ou les Arabes.

De Michel Hamani dans L’heure bleue à la pièce Cœur, de Robert Lepage, en passant par une foule de petits rôles… Est-ce quelque chose qui l’irrite ?

« C’est sûr qu’il y a des moments d’écœurantite. J’adore mon travail, mais pour mieux l’aimer, parfois, il faut que je l’emmerde très profondément ! [rires]. Dans ces moments-là, oui, ça me dérange un peu, mais ça fait partie de la réalité et de qui je suis. Les apparences jouent beaucoup, mais ça évolue. Et ce qui est normal change. Au théâtre et à la télévision, ça bouge. Le fait est qu’on ne doit pas être obligé chaque fois de justifier notre existence. »

Finalement, la conclusion de l’histoire de Meursault ou de Medi est-elle le fruit du hasard ou de l’accomplissement du destin ? « Si je me fie à Camus, il n’y a rien de prédestiné, répond Mustapha Aramis. L’univers n’est pas raisonnable. Je paraphrase, mais ce qu’il dit, c’est que l’humain cherche continuellement le sens des choses, mais passer sa vie à chercher ce sens, c’est passer à côté de son existence. »

À cause du soleil, d’Evelyne de la Chenelière, d’après l’œuvre d’Albert Camus. Avec Maxim Gaudette, Evelyne Rompré, Mustapha Aramis, Mounia Zahzam, Daniel Parent et Sabri Attalah. Mise en scène de Florent Siaud. Au Théâtre Denise-Pelletier du 21 septembre au 15 octobre.

Mademoiselle Agnès

Au Prospero, Sylvie Drapeau se glisse dans la peau de Mademoiselle Agnès, une écrivaine au succès fulgurant devenue critique d’art au verbe acerbe que tout insupporte, en particulier les artistes. Dans cette adaptation contemporaine du Misanthrope de Molière signée par l’Allemande Rebekka Kricheldorf et mise en scène par Louis-Karl Tremblay, le milieu culturel –« cette faune vaniteuse et superficielle » – est férocement écorché. Une satire qui réunit huit interprètes, dont Éric Bernier, Félix Lahaye et Stéphanie Cardi.

Au Théâtre Prospero, du 27 septembre au 15 octobre.

— Stéphanie Morin, La Presse

Les waitress sont tristes

L’artiste neurodivergent Michael Nimbley est au cœur de la nouvelle production de Joe Jack et John intitulée Les waitress sont tristes et présentée à l’Espace Libre. Ce western contemporain rassemble sur scène six interprètes, dont Nimbley qui cosigne aussi la mise en scène. L’œuvre à mi-chemin entre le théâtre, la danse et la performance nous invite à découvrir le monde intérieur de Morrison le cowboy, mais surtout celui de Michael l’artiste esseulé qui rêve de grandes aventures.

À l’Espace Libre, jusqu’au 1er octobre

— Stéphanie Morin, La Presse

Rêve et folie

Déjà présenté au Festival international de littérature en 2021, puis au Centre national des arts d’Ottawa, ce spectacle consacré au poète hongrois Georg Trakl (et mis en scène par Brigitte Haentjens) débarque au Théâtre de Quat’Sous. Seul sur scène, le comédien Sébastien Ricard livre un long poème cousu à partir des mots lyriques, sombres et lumineux à la fois de Trakl. Ce dernier, mort d’une surdose en 1914 alors qu’il n’avait que 27 ans, a laissé derrière lui une œuvre brève, mais hors norme. Une belle occasion de la découvrir.

Au Théâtre de Quat’Sous, du 28 septembre au 7 octobre

— Stéphanie Morin, La Presse

Un violon discordant

Le Théâtre La Licorne ouvre sa saison dans sa salle principale avec Un violon discordant, adaptée d’une nouvelle de l’écrivain canadien Yann Martel. Plantée dans un théâtre en ruine de Washington, la pièce raconte la rencontre entre un jeune écrivain et un ancien soldat de la guerre du Viêtnam, compositeur d’un concerto à cordes. L’acteur Anthony Black et le violoniste Jacques Mindreau partagent la scène dans cette production présentée pour la première fois en français, dans une traduction de Maryse Warda.

Au Théâtre La Licorne, du 20 au 24 septembre

— Stéphanie Morin, La Presse

Winnie Ho à Danse-Cité

Ayant comme mission de contribuer à l’évolution des pratiques et de la création en danse contemporaine, Danse-Cité offre chaque saison un éventail d’artistes à découvrir pour élargir ses horizons. La saison 2022-2023 s’ouvre avec Winnie Ho, qui présentera sa pièce aWokening. L’artiste et performeuse, née à Hong Kong et qui vit à Montréal, axe ses recherches sur la diaspora chinoise, son identité asiatique et queer. Dans cette création, elle se demande comment se connecter à ses racines, une fois installée sur une nouvelle terre, plonge dans sa relation distante et brouillée avec son lieu de naissance, notamment en explorant le wok, instrument de cuisson chinoise traditionnelle.

Au Théâtre La Licorne, du 20 au 24 septembre

— Iris Gagnon-Paradis, La Presse

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