Montréal

Le centre-ville toujours dans un état critique

Il y a trois mois, on comparait le centre-ville à un malade aux soins intensifs. Depuis, on observe quelques faibles signes d’amélioration, mais son état demeure critique.

Tel est le portrait rapporté dans le second numéro du rapport trimestriel sur l’activité au centre-ville de Montréal publié par une kyrielle d’organisations socioéconomiques gravitant autour de l’Institut de développement urbain du Québec (IDU).

Le taux d’inoccupation des logements locatifs dans l’arrondissement de Ville-Marie, qui englobe le centre-ville, s’élève maintenant à 12 % et la vente de condos neufs a chuté de 53 % dans le secteur en 2020 par rapport à 2019. Le nombre de magasins vides augmente tant rue Sainte-Catherine que dans les galeries marchandes souterraines. Mince consolation, l’achalandage dans le métro remonte après avoir touché le fond.

Cette nouvelle édition de l’État du centre-ville présente une mise à jour des données au quatrième trimestre de 2020 par rapport au deuxième trimestre dans six catégories d’indicateurs, soit les bureaux, les commerces, l’habitation, l’enseignement supérieur et l’achalandage-mobilité. Le sondage web a été réalisé entre le 6 et le 14 janvier auprès de 1000 résidants de la région métropolitaine de Montréal.

À noter que les questions portaient sur la situation avant le 24 décembre 2020, et donc avant l’imposition de la fermeture des commerces non essentiels (25 décembre 2020) et du couvre-feu (9 janvier 2021). En voici les faits saillants.

Chambres à louer

Entre octobre 2019 et octobre 2020, le taux d’inoccupation des appartements à louer dans l’arrondissement de Ville-Marie, dont les limites recoupent le centre-ville, a quadruplé et est passé de 3,1 % à 12,3 %. Le chiffre de 10 % qui circulait à ce jour concerne à la fois Ville-Marie, Griffintown et l’île des Sœurs. Parmi les causes : l’absence des étudiants sur les campus, la réduction de l’immigration, la multiplication des unités neuves et la disponibilité des unités auparavant destinées à des nuitées Airbnb.

Timidité chez les acheteurs de neuf

Au cours des neuf premiers mois de 2020, les ventes de copropriétés neuves chutent de 53 % par rapport à la période correspondante en 2019. Les transactions sur le marché de la revente sont aussi à la baisse de 17 %. Les unités mises sur le marché sont en hausse. En parallèle, les nouvelles constructions n’ont pas ralenti après trois trimestres en 2020. Elles augmentent plutôt de 44 % par rapport aux neuf premiers mois de 2019. « Ce sont, pour la plupart, des chantiers qui étaient en préparation avant le début de la crise et qui ont été autorisés dans les derniers mois », lit-on dans le document de huit pages.

Vitrines placardées

Il n’y a pas ou peu eu de variation du deuxième au quatrième trimestre de 2020. Dans les galeries marchandes, un local sur cinq est inoccupé, tandis que sur la rue Sainte-Catherine, le nombre de locaux vides a augmenté de cinq points de pourcentage entre le printemps et l’automne, de 18 à 23 %. « L’activité commerciale est frappée parce qu’elle est grandement tributaire de l’affluence des travailleurs de bureaux et des touristes. »

Joies du télétravail

Les travailleurs remettent en perspective les pour et les contre du télétravail. Les vendus à jamais au télétravail passent de 76 % à 67 %, entre le deuxième et le quatrième trimestre 2020. On parle ici des répondants souhaitant continuer en télétravail la majorité du temps après la pandémie.

« La moitié des répondants (51 %) estiment que le télétravail rend les relations de travail plus difficiles, est-il écrit dans le rapport, que 30 % considèrent qu’il rend la résolution de problèmes plus difficiles, et qu’un peu plus de 15 % estiment qu’il nuit à la créativité (18 %) ou à la productivité (17 %). »

Bureaux tristes

Les tours sont vides, néanmoins, les loyers sont payés en grande partie. L’inoccupation est remontée de 2,6 points depuis octobre pour s’établir maintenant à 12,6 %, tandis que les sous-locations de bureaux se multiplient. À plus long terme, le rapport conclut que ce sont les immeubles de catégorie B et C qui sont à risque de changer de vocation ou de disparaître. Ce type d’immeubles regroupe des bureaux vieillissants de moindre qualité qui logent des PME ou de jeunes pousses pouvant ne pas avoir la solidité financière pour passer à travers le choc de la pandémie.

Fait-il beau dans le métro ?

Sur une note plus positive, les répondants au sondage qui ont affirmé utiliser les transports collectifs pour se rendre au boulot ont progressé de quatre points par rapport à la consultation de l’automne, passant de 39 à 43 %.

Les données de la Société de transport de Montréal (STM) indiquent que la fréquentation des stations de métro du centre-ville est passée de 91 %, au deuxième trimestre, à 78 %, au quatrième trimestre par rapport aux périodes correspondantes de 2019.

De mal en pis pour les hôtels

Montréal est la ville canadienne dont le secteur hôtelier a le plus souffert depuis le début de la pandémie par rapport à cinq grandes villes : Vancouver, Edmonton, Calgary, Toronto et Ottawa, selon un récent rapport de l’agence immobilière Avison Young. Les raisons ? Plus de cas de COVID-19 au Québec, plus de décès et l’imposition de règles sanitaires plus strictes qui s’en sont suivies. Résultats : une baisse des revenus de 75 % dans la ville du Reine-Elizabeth, contre 60 % au Canada, et une baisse de l’occupation de 66 % à Montréal, contre 50 % au pays. « Les propriétaires d’hôtels font face à un dilemme en 2021, résume Robin White, chez Avison. Soit ils se serrent les dents et espèrent le retour des beaux jours une fois la population vaccinée, soit ils se résignent à solder leur actif afin de rester solvables. »

— André Dubuc, La Presse

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