Inspection des lieux après le déclenchement de systèmes d'alarme

Des critères qui alourdissent le travail des policiers, selon Montréal

On ne peut pas exiger des policiers qu’ils fouillent les lieux de fond en comble chaque fois qu’ils interviennent pour un système d’alarme déclenché, ce qui se produit 20 000 fois par année à Montréal. C’est du moins ce que plaide la Ville dans sa contestation d’un jugement qui blâmait deux agents pour ne pas avoir découvert qu’une porte blindée avait été sciée par un voleur chez un ferrailleur dans la nuit de la fête nationale en 2016.

L’argumentaire de la Ville est expliqué dans un document fourni au comité exécutif de Montréal par les services juridiques municipaux. Les élus doivent approuver un plan pour s’adresser à la Cour d’appel afin de faire invalider un jugement rendu le mois dernier relativement à un cambriolage dans les locaux de l’entreprise Aciers Century, à Lachine.

Dans la nuit du 24 au 25 juin 2016, un voleur s’était introduit chez le recycleur de métaux et avait scié la porte blindée qui protégeait une réserve importante de billets de banque. Le système d’alarme s’était déclenché, et l’entreprise de sécurité responsable avait composé le 911 pour demander l’aide de la police.

Le cambrioleur s’était enfui avant l’arrivée des policiers. Deux patrouilleurs, accourus sur place, ont fait une inspection sommaire des lieux et n’ont pas remarqué la porte d’acier endommagée. Après leur départ, le voleur est revenu terminer son travail et a pu s’enfuir avec plus de 123 000 $. Il a été arrêté et condamné plus tard.

Aciers Century avait poursuivi la Ville de Montréal à titre d’employeur des policiers, en affirmant qu’ils avaient mal fait leur travail en répondant à l’appel et qu’ils portaient donc une part de responsabilité dans le vol.

« Ils n’ont pas agi comme des policiers responsables »

Le 27 mai dernier, la juge Janick Perreault a condamné la Ville, l’entreprise de systèmes d’alarme et le voleur à payer conjointement un dédommagement de plus de 100 000 $ à Aciers Century. La juge a dit trouver « troublant » le fait que les policiers n’avaient pas investigué davantage en répondant à l’appel pour le déclenchement du système d’alarme, ce qui aurait permis de voir que la porte du « bunker » où se trouvait l’argent avait été sciée.

« Les deux policiers ont commis une faute d’omission cette nuit-là. Ils auraient dû faire plus alors que rien ne les en empêchait. Ils n’ont donc pas agi comme des policiers responsables », estimait la juge.

Or, selon la Ville de Montréal, ce jugement doit être porté en appel parce qu’il fixe des exigences beaucoup trop élevées quant à la gestion des nombreux appels au 911 pour le déclenchement d’alarmes, souvent non fondés.

« Par ce jugement, la Cour supérieure vient transformer l’obligation de moyens des policiers, lorsqu’ils répondent à un appel d’alarme, en une obligation de résultat. De plus, en exigeant des policiers qui répondent à ce type d’alarme qu’ils “vérifient l’ensemble des lieux” et qu’ils “ratissent les lieux”, elle leur impose un seuil de vérification très exigeant qui aura certainement une répercussion importante étant donné que le SPVM répond à quelque 20 000 appels d’alarme par année », écrivent les avocats de la Ville dans leur résumé fourni aux élus.

Libérations conditionnelles

Le fraudeur Ronald Weinberg est rabroué pour avoir touché la PCU

Ronald Weinberg, cofondateur et ancien grand patron de Cinar condamné à neuf ans de détention pour une fraude monumentale de 120 millions en 2016, a touché la Prestation canadienne d’urgence (PCU) au printemps, révèle la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC).

L’homme de 69 ans, qui profite depuis juin 2019 d’une libération conditionnelle totale, n’aura toutefois aucune sanction pour cette « erreur ». Ronald Weinberg a en effet remboursé le gouvernement, après avoir obtenu les 2000 $ de la PCU. Rappelons que ce programme d’urgence a été lancé par Ottawa pour venir en aide aux Canadiens qui ont perdu leur travail en raison de la pandémie.

« Dans les jours suivants, vous avez reconnu que votre demande d’aide financière était questionnable, comme vous êtes largement en mesure de subvenir à vos besoins. Vous étiez embarrassé par la situation », explique la CLCC dans une décision rendue publique jeudi. Ronald Weinberg a en effet écrit une lettre pour indiquer que son geste était « moralement mauvais ».

L’intervenant de Ronald Weinberg demeure néanmoins « préoccupé » par l’opportunisme du fraudeur. Cet incident lève d’ailleurs le voile sur la capacité de manipulation de ce dernier, selon l’intervenant. Toutefois, pour la Commission, Ronald Weinberg ne semble pas se préparer à reprendre ses activités frauduleuses et paraît avoir « appris quelque chose sur lui-même ».

Interdiction d’obtenir une aide financière gouvernementale

La Commission lui impose cependant une condition spéciale lui interdisant formellement d’obtenir une aide financière gouvernementale.

En mars dernier, la Cour d’appel du Québec a confirmé la condamnation de Ronald Weinberg et de ses complices John Xanthoudakis, ex-PDG de Norshield, et Lino Matteo, ex-PDG de Mount Real. Les trois hommes ont été reconnus coupables en 2016 au terme de deux ans de procès, le plus long de l’histoire du pays devant jury.

Cofondateur de la maison de production Cinar, fleuron québécois à l’époque, Ronald Weinberg a manigancé le transfert de plus de 120 millions de dollars des fonds de l’entreprise vers des sociétés bidon aux Bahamas entre 1997 et 2005.

Canada

Les premiers ministres divisés sur l’existence du racisme systémique

Ottawa — Le premier ministre Justin Trudeau aurait voulu une déclaration commune plus puissante sur le racisme, mais il s’est buté à la résistance de premiers ministres provinciaux qui ne voulaient pas du terme « racisme systémique » dans son libellé.

L’expression n’apparaît nulle part dans le communiqué de quelque 400 mots publié jeudi par les premiers ministres du pays. S’il brille par son absence, c’est qu’il ne faisait pas l’unanimité, a reconnu Justin Trudeau, vendredi.

« Effectivement, il n’y a pas eu consensus sur l’utilisation des mots racisme systémique […]. Mais par rapport à moi, par rapport au gouvernement fédéral, nous reconnaissons le racisme systémique pour pouvoir mieux le combattre », a-t-il déclaré lors d’une visite dans une brasserie d’Ottawa.

M. Trudeau a refusé de révéler qui, parmi ses homologues, avait refusé d’y accorder son sceau d’approbation. Nul besoin, cependant, d’aller chercher bien loin pour trouver un dirigeant qui n’était pas à l’aise avec l’expression.

« Pour ce qui est du racisme systémique, notre position est la même : nous ne croyons pas qu’il existe du racisme systémique au Québec. Oui, le racisme existe, comme dans toute société, et il faut le combattre », a écrit à La Presse Ewan Sauves, porte-parole du premier ministre du Québec, François Legault.

« Le premier ministre a mentionné dans les dernières semaines qu’il ne souhaite pas faire un débat sur les mots à employer. Il y a du racisme au Québec, combattons cela ensemble », a-t-il ajouté, citant, comme geste fait en ce sens, la création du groupe d’action contre le racisme.

Kenney et Ford appuient le terme

La déclaration commune des premiers ministres stipule que ceux-ci « condamnent toute forme de racisme, de discrimination, d’intolérance et de sectarisme », qu’ils « sont déterminés à s’y attaquer, notamment le racisme et la haine envers les Noirs, les Autochtones et les Asiatiques, l’antisémitisme et l’islamophobie ».

Elle a été produite dans la foulée d’« évènements survenus au pays et ailleurs dans le monde qui ont fait ressortir que les communautés noires et racisées, de même que les peuples autochtones, continuent de subir les effets dévastateurs du racisme et de la discrimination », y lit-on.

Il s’agit d’une « prise de position assez forte » qui « démontre qu’on a un problème », qui a de la « valeur », mais « certainement, par rapport à mes propres propos, je suis prêt à aller beaucoup plus loin », a fait remarquer Justin Trudeau.

Parmi les provinces jointes par La Presse, l’Alberta a assuré que le premier ministre Jason Kenney n’avait pas opposé de veto à l’utilisation du terme. « Il ne s’est pas opposé à l’emploi du terme dans la déclaration des premiers ministres », a écrit son attachée de presse, Christine Myatt.

De son côté, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a soutenu qu’il appuyait l’usage du terme, alors que l’on attendait le verdict d’un tribunal de Toronto dans la cause de deux frères, dont un policier qui n’était pas en service, accusés d’avoir tabassé un jeune Noir.

« Je l’ai probablement dit une dizaine de fois : oui, il y en a [du racisme systémique] », a-t-il laissé tomber au micro lors de son allocution quotidienne à Queen’s Park. Un peu plus tard, le policier a été reconnu coupable d’agression, mais son frère a été acquitté.

Les autres provinces jointes par La Presse n’ont pas voulu s’exprimer sur la question, vendredi.

« Ça nous a jetés à terre »

Le mouvement antispéciste québécois secoué par la mort d’une manifestante ontarienne

La mort de Regan Russell, tête d’affiche ontarienne du mouvement antispéciste heurtée par un camion qui transportait des porc, a bouleversé les militants québécois.

Ils lui ont rendu hommage tout en s’opposant fermement aux nouvelles mesures découlant du projet de loi 156, dangereuses pour la sécurité des manifestants ontariens, jugent-ils.

« On est vraiment tous en deuil », chuchote Jade, porte-parole de DxE Montréal, qui n’a pas voulu révéler son nom de famille.

À ses côtés, une soixantaine de manifestants ont participé à une veillée aux flambeaux vendredi soir, aux alentours de 21 h. Bougie à la main pour souligner la perte de leur camarade disparue, ils font partie du mouvement antispéciste et s’opposent à la cruauté envers les animaux, allant jusqu’à prôner la désobéissance civile.

À proximité, huit voitures de police les surveillent.

Regan Russell, militante pour les droits des animaux bien connue des cercles antispécistes, a perdu la vie le vendredi 19 juin, vers 10 h. La femme de 65 ans, fervente défenseur des cochons, est morte écrasée par un camion. Le véhicule transportait des porcs destinés à l’abattoir Fearman’s, à Burlington, en Ontario. Mme Russell s’était approchée du camion pour donner à boire aux animaux.

Sa mort est survenue quelques jours après l’adoption du projet de loi 156, qui vise à sanctionner plus sévèrement les intrusions dans les fermes de l’Ontario. La police locale a affirmé qu’aucune accusation n’avait été portée pour l’instant à la suite de l’accident mortel.

« Ça nous a jetés à terre. C’est une mort abominable. Cette loi est une grande injustice. On dirait une vieille loi des années 50 », poursuit Jade.

« Je me suis déjà fait menacer »

Manifester devrait se faire sans danger, plaide la jeune femme. Souvent, des ententes sont conclues avec les camionneurs. Ils s’arrêtent quelques minutes et font des signaux pour indiquer qu’ils avancent, explique-t-elle. Par contre, les chauffeurs peuvent devenir agressifs et intimider les manifestants en accélérant.

« Je me suis déjà fait menacer par un conducteur. J’ai eu un camion à trois centimètres de ma poitrine », raconte-t-elle.

« Regan Russell était là pour donner un dernier réconfort aux cochons avant que leur droit fondamental à la vie soit violé, et là on a l’impression que la sécurité des manifestants est en péril », déplore la militante. « Nous allons continuer à manifester, le mouvement ne fait que grandir partout au Québec et au Canada. »

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