Cinéma de répertoire

Pleins feux sur Monique Mercure

Disparue il y a deux mois, 43 ans après avoir obtenu un prix d’interprétation au Festival de Cannes, Monique Mercure a particulièrement marqué le cinéma québécois des années 70 et 80. L’actrice a aussi souvent su se faire valoir dans des rôles de soutien marquants, ici et ailleurs. D’une filmographie très riche, nous avons tiré ces cinq longs métrages.

Deux femmes en or (1970)

Claude Fournier

Même si elle a déjà déclaré avoir profondément détesté jouer dans cette comédie érotique nationaliste de Claude Fournier, il reste que Deux femmes en or reste incontournable. Le film aurait attiré entre 1,5 et 2 millions de spectateurs dans les salles québécoises et a emprunté la forme d’un véritable phénomène culturel. « Deux femmes en or est le résultat de la Révolution tranquille, a récemment déclaré à La Presse Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise.

Dans Valérie [Denis Héroux, 1969], la morale traditionnelle reste très lourde. Ce n’est pas du tout le cas dans la finale de Deux femmes en or. Valérie est un film important dans notre histoire, mais l’œuvre qui indique beaucoup le changement social d’après Expo 67 et la Révolution tranquille, c’est clairement Deux femmes en or. »

Offert sur Illico et iTunes (Répertoire Éléphant – Mémoire du cinéma québécois).

Mon oncle Antoine (1971)

Claude Jutra

Dans ce film phare de la cinématographie québécoise, longtemps considéré comme le meilleur long métrage de l’histoire du cinéma canadien, Monique Mercure s’impose dans un rôle court, mais combien marquant. Quand Alexandrine, la femme fatale qu’elle interprète, pousse la porte du magasin général, déjà bondé de clients, un son de dynamitage se fait même entendre. Très consciente de l’effet qu’elle provoque, aussi bien auprès des hommes que des femmes, cette femme trop libre pour l’époque de la Grande Noirceur incarne avec discrétion les fantasmes d’une société encore très repliée sur elle-même, sur laquelle la religion a toujours son emprise. Ayant fait ses débuts au cinéma dans À tout prendre en 1963, Monique Mercure, sous la direction de Claude Jutra, a aussi joué dans Pour le meilleur et pour le pire (1975).

Offert sur Onf.ca, Criterion Channel, Illico et iTunes (Répertoire Éléphant – Mémoire du cinéma québécois).

Les vautours (1975)

Jean-Claude Labrecque

Ce film, dont l’intrigue est campée en 1959, est en noir et blanc, « teinté d’un bleu duplessiste » pour évoquer le règne de Maurice Duplessis, qui mourra cette année-là. Le récit est construit autour de l’histoire de Louis, un jeune homme (Gilbert Sicotte) que l’on incite à accepter un emploi de fonctionnaire alors qu’il compte plutôt devenir photographe. Monique Mercure incarne l’une des trois tantes de Louis, qui, à la mort de leur sœur, mère du jeune homme, s’organisent pour dépouiller l’héritage de leur neveu. Encore une fois, l’actrice fait merveille dans un personnage où son autorité naturelle s’impose, sans jamais frôler la caricature. Tous les comédiens du film auront l’occasion de reprendre leur rôle dans Les années de rêves. Dans cette suite des Vautours, sortie en 1984 (et toujours absente des plateformes), Louis traverse les années 60 et se rend jusqu’à la crise d’Octobre de 1970.

Offert sur Illico et iTunes (Répertoire Éléphant – Mémoire du cinéma québécois).

J. A. Martin photographe (1977)

Jean Beaudin

Dans la filmographie de Monique Mercure, J. A. Martin photographe se démarque évidemment de façon exceptionnelle. Non seulement le film de Jean Beaudin a valu à l’actrice de s’inscrire dans l’histoire du cinéma en devenant la première comédienne d’ici à obtenir un prix d’interprétation au Festival de Cannes, mais tout le film est construit autour de son personnage. Monique Mercure porte ainsi le film à bout de bras dans le rôle de cette femme du début du XXe siècle, qui décide de suivre son mari photographe dans sa tournée de cinq semaines en région, et qui découvre un monde qui, d’une certaine façon, la révèle aussi à elle-même. Ce magnifique portrait de femme, écrit par le cinéaste et Marcel Sabourin (ce dernier est aussi formidable dans le rôle du mari), s’allie à une mise en scène empruntant la forme de tableaux, ainsi qu’à des images sublimes (signées Pierre Mignot). Une splendeur.

Offert sur Onf.ca, Tou.tv, Illico et iTunes (Répertoire Éléphant – Mémoire du cinéma québécois).

Naked Lunch (1991)

David Cronenberg

Encore une fois, Monique Mercure parvient à se démarquer grâce à un rôle pourtant très court. Dans cette libre adaptation cinématographique du roman noir de William Burroughs, que signe David Cronenberg, l’actrice n’est vue que dans trois scènes. D’abord présentée comme la femme de ménage du couple que forment l’écrivain Bill Lee (Peter Weller) et sa femme Joan (Judy Davis), Fadela est un personnage qui s’exprime avec un accent slave très prononcé. Son rôle sera crucial dans une histoire où les hallucinations tiennent souvent le haut du pavé. Déjà sexagénaire au moment du tournage du film, Monique Mercure impose une fois de plus son autorité. À un point où, en 1992, sa performance lui a valu le trophée remis à la meilleure actrice de soutien à la cérémonie des Prix Génie, les ancêtres des Prix Écrans canadiens.

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