Rémunération des dirigeants d’entreprise

Les millions des patrons

Qui sont les patrons les mieux payés au Québec et les entreprises les plus généreuses envers leurs dirigeants ? La Presse dresse son palmarès annuel.

Un dossier de Martin Vallières

Les cinq dirigeants les mieux payés

Philip Fayer Nuvei

Président du conseil et chef de la direction

Rémunération totale 

140,8 millions

Variation sur un an 

+ 2983 % (x 30)

Joseph C. Papa Bausch Health

Chef de la direction

Rémunération totale 

28,7 millions

Variation sur un an 

+ 52 %

Alain Bédard TFI International

Président et chef de la direction

Rémunération totale 

16 millions

Variation sur un an 

+ 26 %

Glenn J. Chamandy Gildan

Président et chef de la direction

Rémunération totale 

14,5 millions

Variation sur un an 

- 34 %

Jean-Jacques Ruest Canadien National

Président-directeur général sortant

Rémunération totale 

13,5 millions

Variation sur un an 

+ 5 %

rebond payant pour des dirigeants

Retour rapide à la situation d’avant-pandémie ? C’est le constat qui se dégage de l’analyse de la rémunération des plus hauts dirigeants des entreprises dont le siège social est au Québec et dont la valeur boursière dépasse les 500 millions de dollars.

« Après les gestes symboliques pour limiter ou abaisser la valeur des rémunérations de hauts dirigeants qui avaient été faits durant la première année de pandémie en 2020, on assiste à un retour en force des politiques de rémunération basées surtout sur des critères financiers à court terme », constate Michel Magnan, professeur et chercheur à la Chaire de gouvernance Jarislowsky de l’École de gestion Molson de l’Université Concordia, à Montréal.

« Dans un contexte où les résultats des entreprises et les marchés boursiers ont fortement rebondi en 2021, après une année marquée par le choc socio-économique du début de pandémie, les valeurs de rémunération des hauts dirigeants d’entreprise ont bénéficié de vents arrière très favorables. »

À preuve, parmi les 47 entreprises établies au Québec et dont la valeur boursière dépasse les 500 millions, une douzaine d’entre elles ont majoré de plus de 20 % la valeur de la rémunération totale de leurs hauts dirigeants lors de l’exercice financier 2021 (salaire, primes et autres avantages).

Par ailleurs, parmi la cinquantaine de présidents et de présidentes de ces entreprises – certaines ont deux présidents, directeur du conseil ou chef de la direction –, la moitié ont bénéficié d’une hausse de plus de 20 % de la valeur de leur rémunération totale en 2021.

Une douzaine de ces présidents et présidentes ont même bénéficié d’une augmentation de plus de 50 % de la valeur de leur rémunération en 2021 par rapport à l’année précédente.

« Les impacts de la pandémie dans l’économie depuis deux ans ont provoqué de multiples tests de leadership parmi les hauts dirigeants des entreprises, souligne Michel Magnan.

« Par contre, de la façon dont fonctionnent la plupart des politiques de rémunération des hauts dirigeants, basées surtout sur des calculs de résultats et de ratios financiers, c’est très difficile de distinguer les résultats réels de leur gestion de crise des effets d’entraînement qui découlent de la forte performance des Bourses nord-américaines en 2021 et du rebond de l’économie après le choc initial de la pandémie. »

« Ces hauts dirigeants ont-ils vraiment fait preuve d’un “leadership responsable” pour justifier ces hausses de rémunération ? Si oui, selon quels critères dans la politique de rémunération de l’entreprise qu’ils dirigent ? »

— Michel Magnan, professeur et chercheur à la Chaire de gouvernance Jarislowsky de l’École de gestion Molson de l’Université Concordia

De l’avis de François Dauphin, PDG de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP), l’intégration d’objectifs et de critères « autres que financiers et moins axés sur le court terme » demeure un défi pour les conseillers et les administrateurs en matière de rémunération des hauts dirigeants.

« Malgré les efforts et les interventions d’un nombre croissant de gros investisseurs [institutionnels] en ce sens, il n’y a pas vraiment de normes de référence pour l’inclusion de facteurs qualitatifs dans les politiques de rémunération des hauts dirigeants », signale François Dauphin.

« Par exemple, en matière d’objectifs liés aux critères ESG [environnement, société, gouvernance], ça commence à s’insérer dans les politiques de rémunération en réponse aux demandes des investisseurs les plus influents dans chaque entreprise. Mais cette tendance est ralentie par l’insuffisance des normes de référence au-delà des barèmes déterminés à l’interne dans chaque entreprise. »

Les hautes directions les mieux payées

(entreprises dont le siège social est au Québec, d’une valeur boursière de plus de 500 millions)

Entreprise – -Rémunération totale – -Variation sur un an

Nuvei – 205,7 millions – + 2866 % (x 29)

Bausch Health – 66,1 millions – + 57 %

Banque Nationale – 36,3 millions – + 43 %

CGI – 30,8 millions – + 111 %

Canadien National – 29,2 millions – + 19 %

(en dollars canadiens, en fin d’exercice)

Source : circulaires de direction des entreprises

Le palmarès des hausses de rémunération

Comment a évolué la rémunération des hauts dirigeants des principales entreprises de Québec inc. en Bourse depuis un an ? Les faits saillants de la compilation annuelle faite par La Presse Affaires.

Les plus fortes hausses parmi les présidents

Près d’une trentaine de présidents de Québec inc. en Bourse ont bénéficié d’une hausse de plus de 15 % de leur rémunération totale (salaires, primes et autres avantages) lors de l’exercice financier 2021. Et parmi eux, une douzaine ont profité d’une augmentation de plus de 50 % par rapport à l’exercice précédent en 2020. Mais le record absolu revient à Philip Fayer, président du conseil et chef de la direction de l’entreprise de systèmes de paiements électroniques Nuvei. La valeur de sa rémunération, qui est composée surtout de primes en actions et d’options sur actions futures, a explosé à 140,8 millions CAN avec l’inscription de Nuvei à la Bourse NASDAQ aux États-Unis.

Philip Fayer Nuvei

Président du conseil et chef de la direction

Systèmes de paiements en commerce électronique, entrée à la Bourse NASDAQ en octobre 2021

Rémunération totale en 2021

+ 2982 % (x 30) à 140,8 millions

Revenus de Nuvei en 2021

724,5 millions US (+ 92 % sur un an)

Bénéfice net de Nuvei en 2021

107 millions US (perte de 100,5 millions US en 2021)

Marc Bédard Lion Électrique

Président-fondateur

Constructeur d’autobus et de camions à propulsion électrique, entrée aux Bourses de Toronto et de New York en mai 2021

Rémunération totale en 2021

+ 150 % à 735 000 $

Revenus de Lion Électrique en 2021

57,7 millions US (+ 146 % sur un an)

Perte nette de Lion Électrique en 2021

42,3 millions US (97,3 millions US en 2020)

Pierre Karl Péladeau Québecor

Président et chef de la direction

Télécommunications et médias

Rémunération totale en 2021

+ 147 % à 2,58 millions

Revenus de Québecor en 2021

4,55 milliards (+ 5,5 % sur un an)

Bénéfice net de Québecor en 2021

588,4 millions (-4,7 % sur un an)

George D. Schindler CGI

Président et chef de la direction

Service-conseil en informatique de gestion

Rémunération totale en 2021

+ 124 % à 10,79 millions

Revenus de CGI en 2021

12,12 milliards (-0,3 % sur un an)

Bénéfice net de CGI en 2021

1,37 milliard (+ 22 % sur un an)

Jonathan Ross Goodman Knight Thérapeutique

Président exécutif du conseil

Développement de produits pharmaceutiques

Rémunération totale en 2021

+ 117 % à 1,86 million

Revenus de Knight Thérapeutique en 2021

243,4 millions (+ 22 % sur un an)

Bénéfice net de Knight Thérapeutique en 2021

15,67 millions (-62 % sur un an)

Les plus fortes hausses parmi les hautes directions

Une douzaine d’entreprises de Québec inc. en Bourse ont rehaussé de plus de 20 % la valeur de la rémunération totale de leurs hauts dirigeants lors de l’exercice financier 2021. Fait inusité durant une forte année en Bourse : deux de ces entreprises, soit Nuvei (paiements électroniques) et Repare Therapeutics (pharmaceutique), se démarquent avec des hausses spectaculaires de la rémunération totale de leurs hauts dirigeants après leur inscription à la Bourse NASDAQ aux États-Unis.

Nuvei

Systèmes de paiements en commerce électronique, entrée à la Bourse NASDAQ en octobre 2021

Rémunération totale des hauts dirigeants en 2021 

+ 2866 % (x 29) à 205,7 millions

Revenus en 2021 

724,5 millions US (+ 92 % sur un an)

Bénéfice net en 2021 

107 millions US (perte de 100,5 millions US en 2020)

CGI

Service-conseil en informatique de gestion

Rémunération totale des hauts dirigeants en 2021 

+ 111 % à 30,8 millions

Revenus en 2021 

12,12 milliards (-0,3 % sur un an)

Bénéfice net en 2021 

1,37 milliard (+ 22 % sur un an)

Uni-Sélect

Distributeur de pièces de réparation de véhicules routiers

Rémunération totale des hauts dirigeants en 2021 

+ 88 % à 19,1 millions

Revenus en 2021 

1,61 milliard US (+ 9,5 % sur un an)

Bénéfice net en 2021 

895 000 $US (perte de 31,5 millions US en 2020)

Repare Therapeutics

Développement de médicaments en oncologie, à la Bourse NASDAQ depuis juin 2020

Rémunération totale des hauts dirigeants en 2021 

+ 78 % à 18,1 millions

Revenus en 2021 

7,6 millions US (135 000 $ US en 2020)

Perte nette en 2021 

106,9 millions US (53,4 millions US en 2020)

Bausch Health

Développement de produits pharmaceutiques

Rémunération totale des hauts dirigeants en 2021 

+ 57 % à 66,1 millions

Revenus en 2021 

8,44 milliards US (+ 5 %)

Perte nette en 2021 

937 millions US (560 millions US en 2020)

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