Chronique

Les cartes de crédit en mode séduction

Les aéroports s’animent peu à peu. Les réservations se multiplient dans les agences de voyages. Et nous sommes nombreux à trépigner d’impatience à l’idée de se rendre à l’étranger. Cette reprise du tourisme fait évidemment saliver plusieurs industries. Dont celle du crédit.

Qui dit voyage dit souvent dépenses en devises étrangères, nuitées à l’hôtel, billet d’avion, repas au restaurant, entrées dans les musées, achat de souvenirs. Et aussi, avouons-le : dépassement du budget prévu. Alors, ce n’est pas un hasard si les émetteurs de cartes de crédit multiplient les offres pour séduire ceux qui rêvent d’un séjour en Italie ou d’une virée aux États-Unis.

Passés maîtres dans l’art de créer des cartes alléchantes pour les voyageurs, les émetteurs proposent actuellement des « cadeaux de bienvenue » comme il s’en est rarement vu.

« Il y a des offres très lucratives pour les consommateurs. C’est une période dorée, on va dire, pour devenir titulaire d’une carte de crédit », observe Jean-Maximilien Voisine, fondateur et président du site Milesopedia, une référence en matière de comparaison de cartes de crédit et de récompenses. Son site propose même un palmarès des 10 meilleures offres pour les voyageurs1.

Les deux premières places sont occupées par des cartes American Express offrant des avantages d’une valeur estimée à 1791 $ et 1951 $… une fois les costauds frais annuels payés (699 $ et 599 $ respectivement). Les banques TD, Scotia, CIBC, BMO et HSBC en font aussi partie.

Vous pouvez aussi comparer les cartes sur les sites web de Ratehub, Hardbacon et de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada. Les liens se trouvent au bas du texte.

La question est maintenant de savoir si c’est une bonne idée de succomber à leurs propositions alors qu’on se fait toujours dire de se méfier du crédit et de ne pas multiplier les cartes à outrance.

Quand on possède déjà une carte de crédit qui nous satisfait, on ne voit pas forcément l’intérêt de se doter d’une seconde carte.

Peut-être aussi vous méfiez-vous, comme moi, de ce qui semble trop beau pour être vrai. Et de tous ces petits caractères dans les contrats qui font qu’on n’obtient jamais ce qui nous était promis.

D’ailleurs, comment une carte dont les frais annuels s’élèvent à 120 $ peut-elle offrir un cadeau de bienvenue de 810 $ et un paquet d’autres avantages par la suite ? Jean-Maximilien Voisine explique que tout cela n’est pas uniquement financé par les frais annuels, mais surtout par les frais d’interchange facturés aux commerçants à chaque transaction. Ces derniers ont d’ailleurs maintes fois dénoncé depuis 20 ans l’ampleur de la note qui est particulièrement salée au Canada comparativement à celle d’autres pays. C’est pourquoi beaucoup de petits détaillants locaux encouragent les paiements Interac qui leur coûtent moins cher. Mais c’est une autre histoire…

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Pour profiter des offres au maximum, Jean-Maximilien Voisine estime que la meilleure stratégie est de conserver sa carte de crédit des dernières années (afin de ne pas affecter sa cote de crédit) et de s’en procurer une seconde pour obtenir le cadeau de bienvenue. Celle-ci pourra être changée chaque année, voire tous les six mois, une fois le bonus « débloqué ». Pour y arriver, il faut généralement mettre un certain montant de dépenses mensuelles sur la carte. Par conséquent, sa carte habituelle rapportera moins (en points, par exemple), ce dont il faut tenir compte dans l’équation.

Le choix de cette carte d’appoint, si on peut dire, doit se faire de façon judicieuse. En fonction de ses désirs, ses habitudes, son objectif.

Veut-on éviter les frais de conversion de devise qui s’élèvent souvent à 2,5 % ? Obtenir des nuitées gratuites à l’hôtel ? Accumuler des points Aéroplan ? Fréquenter les salons VIP des aéroports pour y manger et boire gratuitement ? Bénéficier d’une assurance maladie et annulation ? Se faire rembourser son adhésion à NEXUS ? Réduire sa facture de locations Airbnb ? Obtenir des remises en argent ?

« Il faut remettre à l’endroit ce que les gens font souvent à l’envers », résume Jean-Maximilien Voisine. Il suggère un magasinage en trois étapes :

1. Déterminer son objectif.

2. Faire la liste des cartes de crédit qui permettent de l’atteindre.

3. Choisir la bonne carte.

C’est évidemment plus simple d’avoir une seule carte plutôt que deux ou trois, convient celui qui a fondé Milesopedia il y a six ans, mais l’exercice peut s’avérer payant.

« Si ça fait en sorte qu’on est capable de s’offrir une semaine de vacances, si on réussit à économiser 1000 $ 2000 $, 3000 $ tout de suite, ça gagne en intérêt. »

— Jean-Maximilien Voisine, fondateur et président du site Milesopedia, une référence en matière de comparaison de cartes de crédit et de récompenses

Bien sûr, et j’insiste, cette stratégie doit être utilisée de manière responsable. Ces deuxièmes ou troisièmes cartes de crédit ne doivent pas devenir des permis pour dépenser davantage ! Il faut lire toutes les conditions du contrat, celles qui permettent de « débloquer » le bonus, surtout. En prendre bonne note. Aussi faut-il payer son solde pour éviter les intérêts. L’idée n’est surtout pas de s’endetter davantage, encore moins de se retrouver avec huit cartes de crédit dans son portefeuille.

À vous de voir, une fois votre magasinage et l’analyse de toutes ces promotions réalisés, si vous succombez aux charmes des émetteurs de cartes.

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