Essai routier Toyota RAV4 Prime

L’orgueil de Toyota

Obsédé par l’hybride et les piles à combustible, le grand patron de Toyota, Akio Toyoda, s’est présenté pendant plusieurs années comme pourfendeur du virage électrique. Il prédisait l’effondrement pur et simple de l’industrie automobile dans le sillage d’une telle transition. Il a certes fondamentalement changé sa position à la mi-décembre, mais cette stratégie a permis de produire une gamme hybride extrêmement compétente avec, comme porte-étendard, le RAV4 Prime.

Le design

Le RAV4 Prime reçoit le traitement esthétique le plus sportif de l’ensemble de la gamme. Cela se traduit par l’usage de pièces de carrosserie teintes d’un noir lustré sur les moulures de bas de caisse et les passages de roue pour assurer une séparation visuelle. La livrée la plus onéreuse, XSE, propose un choix de coloris plus expressif ainsi que la possibilité d’avoir un toit également peint de ce noir. Cela ajoute une signature visuelle tout de même plus intéressante. Du reste, des écussons sur les ailes avant et la mention carminée « Prime » à l’arrière rappellent qu’on a droit à une version différente, tout comme la présence d’une trappe supplémentaire à l’arrière pour accéder à la fiche électrique. En ce qui a trait aux autres éléments composant ce design, c’est du pareil au même comparativement à un RAV4 de dernière génération.

À bord

Ici, c’est du pur Toyota en matière de présentation. À l’instar des autres produits de la marque, la planche de bord donne l’impression d’être composée de deux grandes pièces, dont une a été déposée sur l’autre, avec des buses de ventilation qui s’accrochent aux extrémités. Malgré la présence de certains plastiques un peu suspects dans leur qualité, il y a un souci de sélection des matières proposées. L’ergonomie est aussi plutôt bonne. Le plus grand défaut de ce RAV4 demeure toutefois le peu d’espace laissé aux jambes à l’avant, un choix qui semble avoir été fait pour favoriser les places arrière. Si vous êtes le moindrement grand, cela vous agacera. Les sièges sont drapés d’une matière synthétique (Softex) imitant bien le cuir, mais ne sont pas ventilés. Le volume du coffre arrière est à peine moindre que celui de la variante à essence.

Sous le capot

On achète évidemment un RAV4 Prime pour ce qu’on retrouve sous le capot... ou pas. Sa composition mécanique est constituée d’un quatre-cylindres de 2,5 L de 177 ch soutenu par deux moteurs électriques : un à l’avant de 179 ch et un second boulonné à l’essieu arrière produisant 53 ch. La puissance maximale se situe à un très respectable 302 ch. Pour l’obtenir, il faut évidemment que le véhicule soit en mode hybride ou Sport, permettant la conjugaison des trois moteurs. Lorsque le mode EV est en fonction, ce RAV4 n’actionnera a priori jamais le moteur thermique pour bénéficier de plus de kilomètres sans consommer d’essence. On a pu obtenir légèrement plus de 50 km à son volant lors de conditions hivernales. Lorsque le véhicule se comporte en hybride traditionnel, on obtient près de 6 L/100 km.

Derrière le volant

Certes, le comportement de ce RAV4 Prime impressionne le conducteur en accélération pure. On ne peut statuer qu’elle intervient instantanément et dans un grand silence, en raison d’un moteur à essence un peu âpre dans sa sonorité, mais la poussée est satisfaisante. Lorsqu’on désactive l’antipatinage pour constater comment le rouage intégral se comporte, on remarque néanmoins l’immense disparité de puissance entre les deux essieux. C’est transparent en conduite normale, cependant, et ce système sied assez bien au tempérament généraliste de ce VUS. Car, dans le réglage de son châssis, ce RAV4 n’a rien de réellement sportif. Le sous-virage interrompt rapidement le rythme et le freinage, pas très modulable, manque de mordant, se traduisant par une ingérence rapide du système antiblocage.

Les technologies embarquées

Se basant sur un système d’infodivertissement qui présente des rides, ce RAV4 Prime accuse de l’âge sur le plan technologique. Certes, les menus sont bien disposés et la présence de boutons physiques est à saluer, mais la qualité de l’image est quelconque. La caméra pour la marche arrière diffuse une image plutôt pixelisée. Soulignons également l’impossibilité d’équiper la livrée SE de la radio satellite, un choix curieux. Cela dit, Apple CarPlay et Android Auto font partie de l’équipement de série pour cette variante Prime. On aurait par ailleurs souhaité bénéficier des menus plus complets pour expliquer l’incidence de diverses variables sur l’autonomie électrique. Plusieurs véhicules électriques le font de façon intelligible. Notons que l’instrumentation semi-numérique demeure lisible à défaut d’être entièrement configurable.

Le verdict

Puissant, fort efficace dans sa gestion de l’énergie, qu’elle soit purement électrique ou issue de la combustion d’essence, et assez logeable, ce RAV4 Prime en propose beaucoup. Ce modèle est indéniablement le véhicule hybride rechargeable le plus pertinent sur le marché à l’heure actuelle, malgré certains défauts, en partie excusables au demeurant. Avec une très longue liste d’attente, il faut toutefois s’armer de patience pour espérer pouvoir mettre la main sur un exemplaire. On ne peut également exclure la concurrence de plus en plus fournie des véhicules entièrement électriques de même format, qui avancent des autonomies réalistes à prix égal ou même moindre. Bref, ce Toyota RAV4 Prime reste un véhicule de transition. Le produit de divers compromis, donc pas la panacée, mais une option intéressante pour bien des acheteurs.

Carnet de notes

Accumuler de l’énergie à chaque freinage

Le RAV4 Prime dispose d’un bon système qui permet d’accumuler l’énergie dès que l’on freine ou par l’entremise des moteurs électriques dont le degré d’intervention est variable au moyen de palettes au volant.

Touches non illuminées

Détail plutôt irritant : les touches des glaces latérales et de déverrouillage placées sur les portières ne sont pas illuminées lorsque la lumière ambiante diminue. Difficile, donc, de les identifier.

Pas un grand volume de ventes

La version Prime compte pour moins de 10 % des ventes totales de RAV4 au Canada, d’après Toyota Canada. On peut toutefois expliquer ce chiffre par l’approvisionnement limité.

Un temps de recharge raisonnable

La batterie du RAV4 Prime est plutôt petite comparativement à celle de véhicules entièrement électriques (18,1 kWh), ce qui diminue le temps de recharge à 12 heures sur une prise standard (120 V) et à 4,5 heures au moyen d’un chargeur de 240 V à 16 A. Lorsque l’ampérage est monté à 32 A, c’est 2,5 heures.

Admissible aux mesures incitatives

Le RAV4 Prime est l’un des rares véhicules enfichables pleinement admissibles aux deux mesures incitatives gouvernementales, ce qui diminue de 13 000 $ la facture après l’application des taxes de vente, peu importe la livrée choisie. Cela rend la version SE (47 349 $) plutôt alléchante, malgré les taux d’intérêt élevés.

Fiche technique

Modèle à l’essai

Toyota RAV4 Prime XSE groupe technologie

Moteur

L4 DACT 2,5 L + deux moteurs électriques synchrones à aimants permanents

Puissance

177 ch à 6000 tr/min (moteur thermique) + 179 ch (moteur électrique avant) + 53 ch (moteur électrique arrière) pour 302 ch de puissance maximale

Couple

165 lb-pi (moteur thermique) + 89 lb-pi (moteur électrique avant) + 89 lb-pi (moteur électrique arrière)

Transmission

À variation continue

Prix (avec options, transport et préparation)

59 235 $

Architecture motrice

Rouage intégral composé d’un quatre-cylindres transversal avant appuyé par deux moteurs électriques

Consommation (ÉnerGuide)

6 L/100 km en mode hybride et autonomie électrique de 68 km

Concurrents

Ford Escape hybride rechargeable, Hyundai Tucson hybride rechargeable et Mitsubishi Outlander hybride rechargeable

Du nouveau pour 2022 ?

Aucun changement majeur

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