covid-19

Les Québécois sont invités à faire preuve de modération pendant les Fêtes, tandis qu'Ottawa se dit préoccupé par la montée des cas au pays. Pendant ce temps, en Suède, on n'impose toujours pas le couvre-visage.

Temps des Fêtes

Pas plus de deux rassemblements, demande la Santé publique

Bien que la Santé publique permette les célébrations de Noël pendant une période de quatre jours, elle encourage fortement les Québécois à se limiter à un ou deux rassemblements.

La Direction de santé publique du Québec a expliqué ses décisions pour le temps des Fêtes lors d’un breffage technique vendredi matin auquel prenait part le directeur national, le DHoracio Arruda.

Les experts ont rappelé que les rassemblements privés d’un maximum de 10 personnes devront avoir lieu seulement entre les 24 et 27 décembre inclusivement. Mais pour éviter que certains ne profitent des quatre jours pour multiplier les partys, ils ont recommandé la tenue d’un ou de deux rassemblements tout au plus.

Et pour éviter que ces regroupements ne provoquent une flambée d’infections, les autorités ont exhorté les Québécois à se placer en confinement volontaire la semaine qui précède les Fêtes et celle qui suivra ces jours de célébration.

Alors que certaines voix ont critiqué les largesses du Québec, les experts ont répliqué qu’il était préférable à leurs yeux d’encadrer le déroulement des festivités par des règles claires pour éviter que les gens agissent sans se soucier de la pandémie. Cette courte période de festivités sera par ailleurs bénéfique pour contrer l’isolement, l’anxiété et la déprime.

La période du 24 au 27 décembre a été choisie non pas dans le but de permettre aux gens de célébrer Noël, mais parce que la fête tombe à une date favorable pour les rencontres. C’est-à-dire que, grâce à la fermeture des établissements scolaires le 17 décembre, ceux qui auront été exposés au virus au plus tard le 16 décembre auront eu le temps de voir apparaître des symptômes avant la première journée de célébrations et, donc, ne participeront pas aux rassemblements.

Même chose pour le retour en classe et au travail : les personnes qui auront été exposées au virus pendant les quatre jours de festivités auront le temps de développer des symptômes avant le 4 janvier, date de la reprise du calendrier scolaire au primaire. La période la plus critique de contagiosité sera aussi terminée.

Les élèves du secondaire reprendront les cours en classe une semaine plus tard, soit le 11 janvier, parce qu’il y a davantage de transmission chez cette tranche d’âge. Il s’agit donc d’une précaution supplémentaire pour minimiser les effets des rassemblements.

Si le gouvernement Legault avait aussi autorisé des rassemblements au jour de l’An, les nouveaux cas liés aux célébrations de Noël auraient pu infecter de nouvelles personnes, ce qui aurait augmenté la propagation du virus.

La Santé publique a rappelé que ce plan fonctionnerait à condition que l’épidémie de COVID-19 reste contenue et que la capacité hospitalière ne soit pas mise à mal. À tout moment, elle pourrait revoir sa décision.

Consignes et conseils à propos des quatre jours de festivités seront transmis par la Santé publique au cours des prochains jours. Les experts ont aussi fait savoir que les Québécois avaient l’autorisation de dormir chez leurs proches pendant ces quatre jours.

Plan des Fêtes

B’nai Birth Canada « très déçu » du gouvernement Legault

B’nai Birth Canada, groupe de défense des juifs au pays, s’est dit vendredi « très déçu » par le manque de considération pour la communauté juive du gouvernement Legault, dans son plan pour les Fêtes dévoilé jeudi. « Le premier ministre n’a pas répondu aux préoccupations et aux besoins de plusieurs groupes minoritaires au Québec. Alors que nous applaudissons la notion d’une quarantaine familiale de sept jours fin décembre, il n’autorise pas l’hébergement des Juifs pour célébrer les huit jours de fête juive de Hanoucca », a déploré vendredi le PDG de l’organisation, Michael Mostyn, dans une déclaration écrite envoyée aux médias. L’organisme exige que les autorités provinciales « prennent en considération » les besoins des groupes minoritaires, dont la communauté juive, en travaillant de concert avec elles et en écoutant leurs revendications. « Il ne doit y avoir aucun favoritisme. Le premier ministre doit être le premier ministre de tous les Québécois », a conclu M. Mostyn.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

COVID-19 au Canada

Trudeau s'inquiète d'« une montée fulgurante de cas »

Ottawa — Voulant montrer l’exemple, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, renoue avec Rideau Cottage, d’où il recommencera à travailler et à tenir ses conférences de presse, alors que de nouvelles projections évoquant le scénario de 20 000 cas quotidiens de COVID-19 ont été dévoilées.

« Je ne veux pas être ici, vous ne voulez pas que je sois ici – nous en avons tous marre de la COVID-19. Mais ce virus ne disparaîtra pas de sitôt », a-t-il lancé d’un ton las devant sa résidence d’Ottawa, d’où il prononçait ses discours pendant la première vague de la pandémie, le printemps dernier.

« On est en train de voir une montée fulgurante de cas », s’est inquiété Justin Trudeau.

« Ce n’est pas une bonne idée de planifier une soirée avec des amis. Ce n’est pas le temps de faire des partys ou des soupers. On connaît tous quelqu’un qui ne respecte pas les règles, et c’est frustrant, et ce n’est pas juste. Ces gens, ce sont eux qui rendent ça plus difficile pour les autres », a-t-il enchaîné à son lutrin.

Selon des informations qui ont circulé en coulisse, on n’a guère été enchanté, à Ottawa, d’entendre le premier ministre du Québec, François Legault, affirmer jeudi – la veille de la publication de la modélisation fédérale – que les rassemblements d’un maximum de 10 personnes seraient permis du 24 au 27 décembre.

Le premier ministre du Canada a toutefois assuré que, pour sa part, il n’était « pas du tout » mécontent du plan québécois qui prévoit « un moment de répit », que son homologue au Québec était « en train de faire tout ce qu’il peut » et qu’il reste par ailleurs « des semaines » avant que ne sonnent les cloches de Noël.

De toute manière, le fédéral n’est pas celui qui dicte les règles aux provinces et aux territoires, a-t-il plaidé. Son rôle « n’est pas de juger ou de critiquer les provinces », et celles-ci ont pris des mesures qui ont donné des résultats, a-t-il dit, citant en exemple la « bulle Atlantique » créée pour contrôler la propagation.

Le premier ministre Trudeau a indiqué qu’il travaillerait de la maison autant que possible dans les prochains jours, et qu’il serait de retour la semaine prochaine devant la porte de Rideau Cottage, maintenant décorée d’une couronne, pour s’adresser à la population canadienne.

S’éloignant à plusieurs reprises de ses notes écrites préparées, il a vigoureusement exhorté la population à avoir une pensée pour les travailleurs du réseau de la santé, qui ont « été des héros » alors que la première vague les submergeait, et qui sont aux prises avec la deuxième.

« Ils repoussent leurs propres limites pour nous protéger. Alors, faisons notre part pour les aider à protéger les plus vulnérables », a-t-il martelé en invitant de nouveau les Canadiens à télécharger l’application Alerte COVID, ce qu’ont déjà fait quelque 5,3 millions de personnes.

De nouvelles projections inquiétantes

Quelques heures auparavant, Ottawa avait dévoilé de sombres projections quant à la progression du virus.

Si l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, disait vendredi dernier que le Canada se dirigeait vers un nombre de 10 000 cas quotidiens de COVID-19, elle a présenté un scénario laissant présager une explosion du nombre de cas d’infection dans les prochains jours.

Car vendredi, en se fiant à la plus récente modélisation fédérale, la patronne de la Santé publique a prévenu que l’on pourrait atteindre 22 000 nouveaux cas quotidiens à l’échelle du pays, et ce, même si les Canadiens maintenaient le même niveau de contacts.

Et si le nombre de contacts augmentait, le nombre de cas quotidiens monterait en flèche en décembre pour atteindre les 60 000. En ce moment, la moyenne quotidienne est de près de 4800 nouveaux cas par jour, au pays.

« Avec la saison des Fêtes qui approche, ce ne sera pas facile », a affirmé la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, présente au côté de la Dre Tam. « Mais je sais que nous pouvons être créatifs », a-t-elle fait valoir.

Le document des autorités fédérales souligne que l’on a observé « un nombre accru de grandes éclosions (plus de 50 personnes) touchant à la fois les établissements de soins de longue durée et les milieux de soins » et que « les communautés autochtones voient maintenant leur nombre de cas augmenter rapidement ».

Pour ce qui est des prévisions à court terme, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) calcule qu’il y aura de 366 500 à 378 600 cas d’ici le 30 novembre, et de 11 870 à 12 120 morts liées à COVID-19 à l’échelle nationale.

Invité à commenter le relâchement à venir au Québec pour les Fêtes, le sous-administrateur de l’ASPC, le DHoward Njoo, a indiqué qu’il était « d’accord » avec le calendrier Legault, et que « c’est vraiment les autorités de la province qui sont les plus au courant, qui connaissent mieux la réalité sur le terrain ».

— Avec La Presse Canadienne

COVID-19

La Suède toujours sans masque

La Suède a récemment resserré les règles sur les rassemblements, après six mois de laisser-faire. Mais le masque n’y est toujours pas obligatoire dans les commerces et les transports en commun. La présidente de l’Association médicale mondiale, Heidi Stensmyren, a expliqué pourquoi à La Presse.

La Dre Stensmyren, qui vient d’être élue présidente de l’Association médicale mondiale, participait virtuellement vendredi aux Journées de formation interdisciplinaire de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

Comment a évolué le modèle de la Suède durant la deuxième vague ?

On avait espéré que la deuxième vague serait moins importante. Elle est finalement plus grave [3500 morts durant la première vague, plus de 2500 morts jusqu’à maintenant durant la deuxième]. Elle est aussi plus étendue, partout au pays, alors qu’au printemps, seul Stockholm était touché. Et nous avons des réinfections, 150 cas au moins à Stockholm de gens qui avaient eu un test positif le printemps dernier et qui ont eu un deuxième test positif cet automne.

Quels changements ont été apportés afin d’éviter le confinement ?

On a limité le nombre de personnes qui peuvent se réunir, mais on a maintenu l’ouverture des bars, des restaurants et des discothèques. Seulement, on a maintenant plus de patrouilles pour vérifier que le nombre maximal de clients et la distance entre les clients sont respectés. Cela dit, on a beaucoup plus de moyens pour traiter les patients, avec notamment les médicaments comme les corticostéroïdes, l’antiviral remdésivir et les anticoagulants. La proportion de patients hospitalisés qui se retrouvent aux soins intensifs a diminué de moitié par rapport au printemps dernier. La mortalité hospitalière a aussi diminué.

Qu’en est-il des masques ?

Il y a un débat du matin jusqu’au soir, tous les jours, dans les médias. Pour le moment, ni le gouvernement suédois ni les responsables des 21 régions sanitaires n’ont recommandé le port du masque, mais, concrètement, tous les hôpitaux et les hôtels ainsi que de nombreux commerces et établissements l’imposent à leurs employés. Je pense qu’il serait grandement bénéfique qu’on le recommande dans les transports publics.

Pourrait-il y avoir une obligation du port du masque dans les lieux publics intérieurs, comme dans la plupart des pays occidentaux ?

Ça serait possible au niveau des régions sanitaires. Mais en Suède, une recommandation est beaucoup plus forte que dans d’autres pays. Culturellement, les Suédois suivent les recommandations.

La pandémie a touché plus durement les immigrés récents en Suède. Certains ont avancé que le gouvernement s’était fié à tort à l’hypothèse que la forte culture d’obéissance aux recommandations était présente dans ces communautés.

C’est vrai, il y a des différences culturelles dans le respect des recommandations de la Santé publique. Je suis moi-même une immigrée [de l’Allemagne]. Mais il y a aussi des facteurs économiques. Dans les groupes d’immigration récente, il y a souvent plusieurs générations sous le même toit, et les enfants infectent les personnes âgées, il y a plus de tabagisme, une moins bonne santé en général, et les gens travaillent souvent dans des secteurs où il y a un contact avec le public, les maisons de retraite, les transports.

Quand attendez-vous les premiers vaccins ?

En janvier et en février. On va commencer par vacciner les pensionnaires des maisons de retraite et les travailleurs de la santé qui sont en contact avec les groupes à risque de transmettre le SARS-CoV-2 [le coronavirus responsable de la COVID-19].

La proportion de personnes ayant des anticorps contre le SARS-CoV-2 a progressé moins rapidement que prévu en Suède [moins de 10 % de la population de Stockholm en juin]. Pourquoi ?

Il semble que certaines personnes soient infectées et n’aient pas d’anticorps par la suite, mais soient immunisées par un autre mécanisme, les lymphocytes T. Mais il est encore trop tôt pour connaître l’importance de l’immunité par les lymphocytes T.

En chiffres

Suède

Nombre d’habitants : 10,2 millions

Nombre de cas de COVID-19 : 208 000

Nombre de morts liées à la COVID-19 : 6406

Québec

Nombre d’habitants : 8,5 millions

Nombre de cas de COVID-19 : 130 000

Nombre de morts liées à la COVID-19 : 6774

Sources : ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, Agence de santé publique de la Suède

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