Jeux olympiques de Pékin

Radio-Canada veut se protéger des espions et des pirates

Radio-Canada va imposer des mesures de sécurité sans précédent à ses équipes qui seront bientôt déployées en Chine pour la couverture des Jeux olympiques afin de se protéger des espions et des pirates informatiques dont la menace est reconnue de plus en plus ouvertement par les autorités canadiennes.

« On sait que la Chine est un État qui est très curieux, qui aime contrôler beaucoup de choses. Donc on essaie d’être le plus prudents possible, d’avoir une hygiène informatique de grande qualité », explique François Messier, chef de mission pour le déploiement des 130 personnes envoyées à Pékin par Radio-Canada et CBC.

La société d’État a discuté de cet enjeu avec l’ambassade du Canada en Chine et les experts d’Affaires mondiales Canada pendant ses préparatifs pour les Jeux, qui commencent le 4 février prochain.

« Les gens de l’ambassade nous ont même dit : “Tenez toujours pour acquis que vous pouvez être entendus” », raconte M. Messier.

Détruisez cette carte SIM après la mission

Le plan de sécurité mis en place nécessite une grosse adaptation pour le personnel. Les employés devront apprendre à limiter le nombre de logiciels qu’ils utilisent, à privilégier les communications au moyen d’applications cryptées et à regarder par-dessus leur épaule pour s’assurer que personne ne les observe quand ils entrent leur mot de passe.

« C’est sûr que c’est toute une gymnastique, ce sont beaucoup de pratiques à introduire pour les gens », reconnaît M. Messier.

Aucun employé de Radio-Canada n’apportera son propre téléphone cellulaire, sa propre tablette électronique ou son propre ordinateur en Chine. Chacun recevra un téléphone fourni spécialement pour l’occasion, qu’il devra remettre à son retour.

Les téléphones fonctionneront avec une carte SIM à usage unique qui sera détruite après les Jeux, explique le chef de mission.

Dans le cas des ordinateurs et des tablettes aussi, des appareils seront prêtés spécialement pour l’occasion. Ils seront vierges, sans aucune information privilégiée enregistrée. Après les Jeux, des experts en informatique s’assureront de les « blanchir » pour effacer définitivement tout logiciel espion qui aurait pu être installé à l’insu de l’utilisateur.

Attention aux appareils qui démarrent tout seuls

Les employés ont été prévenus de ne jamais brancher leur appareil dans une prise USB d’un lieu non sécurisé pendant le voyage. « On a fait des exercices en donnant des exemples aux gens. Par exemple, en arrivant au centre de diffusion, lors de l’inspection des sacs aux rayons X, si un responsable de la sécurité demande à voir leur cellulaire et le branche quelque part, ils doivent fermer l’appareil ensuite et l’apporter à nos responsables informatiques qui devront s’assurer que rien n’a été installé sur le téléphone », explique le chef de mission.

« Même chose si leur appareil au repos se met à fonctionner ou à chauffer : il faut aller voir un responsable informatique pour s’assurer que personne n’en a pris le contrôle », dit-il.

Les employés seront invités autant que possible à utiliser la connexion internet sécurisée à l’intérieur du centre de diffusion ou dans l’enceinte de sites de compétition. « Mais ils ne devront jamais accéder au WiFi du commerce du coin », prévient M. Messier, par crainte d’une vulnérabilité au piratage.

Évidemment, les pirates et les espions chinois n’ont probablement pas grand-chose à gagner en espionnant les messages et les documents personnels d’un technicien ou d’un journaliste sportif affecté aux Jeux olympiques. Mais le gouvernement canadien a sensibilisé la société d’État au fait que leurs appareils peuvent constituer des portes d’entrée vers les réseaux canadiens pour certains acteurs mal intentionnés.

« Nous devons tous renforcer nos défenses »

L’espionnage et l’ingérence commandités par le gouvernement chinois a beaucoup fait jaser au Canada ces derniers mois.

En décembre, la Gendarmerie royale du Canada a arrêté un ancien employé de l’Agence spatiale canadienne, résidant de Brossard, qui est accusé d’avoir utilisé son statut pour favoriser une opération d’ingérence chinoise dans un projet à l’étranger.

Toujours en décembre, un juge ontarien a ordonné l’arrêt du processus judiciaire contre un homme accusé d’avoir tenté de vendre à la Chine des secrets liés à la stratégie navale canadienne, parce que les délais pour juger l’accusé étaient déraisonnables.

En 2020, La Presse a révélé que le FBI croyait avoir découvert un nid d’espions chinois à Brossard, regroupés autour d’un ancien professeur de l’Université McGill accusé devant un tribunal californien d’avoir volé des secrets industriels afin d’alimenter le développement de missiles en Chine.

Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité, David Vigneault, a appelé, dans un discours public en février dernier, à la vigilance face à certaines « activités hostiles » du gouvernement chinois sur le sol canadien.

« La menace ne vient pas de la population chinoise, mais plutôt du gouvernement chinois, qui poursuit une stratégie pour l’avantage géopolitique sur tous les fronts – économique, technologique, politique et militaire – en utilisant tous les éléments du pouvoir étatique afin de mener des activités qui sont une menace directe à notre sécurité nationale et notre souveraineté », avait-il lancé.

« Nous devons tous renforcer nos défenses », avait-il ajouté.

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