Verdir le transport lourd, une boucle à la fois

Kruger passe au transport électrique

En cherchant des façons de réduire son empreinte carbone, Kruger a peut-être ouvert une nouvelle route pour électrifier le transport lourd.

Comme toutes les entreprises manufacturières, le fabricant québécois des papiers Cashmere et Sponge Towels est à la recherche de moyens de réduire son empreinte environnementale. « Agir sur le transport, ça s’est imposé assez vite », dit Jean Roy, vice-président principal de la division Énergie de Kruger.

Des millions de tonnes d’emballages de papier quittent chaque jour les usines du groupe à destination des centres de distribution de l’entreprise, d’où ils seront ensuite livrés aux consommateurs du Québec et de l’est du Canada.

L’usine de Crabtree, près de Joliette, produit chaque année, avec ses 620 employés, 90 000 tonnes de papier, ce qui implique un incessant ballet de poids lourds jour et nuit dans les rues de la petite municipalité de 4500 habitants.

L’idée d’électrifier le transport de ces produits a germé en 2019. « On a commandé des camions à tous les fabricants, Lion, Paccard, Peterbilt, Tesla, raconte Jean Roy. On en a reçu deux, de Peterbilt, en septembre dernier. On en a commandé 50 autres. ».

Avec à bord 7,7 tonnes de paquets de papier de toilette et d’essuie-tout, le camion de classe 8 quitte Crabtree, où se situe une des plus grosses usines de l’entreprise, en direction de l’entrepôt de Laval. Il peut faire l’aller-retour avec une seule recharge, mais deux bornes sont installées, à Crabtree et à Laval, pour parer à toute éventualité.

Les deux bornes haute performance permettent de recharger les camions en quelques heures, ce qui prendrait des jours avec les bornes pour les voitures du circuit électrique.

Depuis septembre, les deux camions 100 % électriques aux couleurs de Kruger Énergie font la navette sept jours sur sept et 20 heures sur 24 entre les deux endroits distants de 71 kilomètres.

Les résultats sont concluants, selon Jean Roy. « Mieux que ce qu’on anticipait », dit-il. Avec l’aide financière disponible, les coûts de fonctionnement des camions électriques sont les mêmes que ceux des camions au diesel, précise-t-il.

Sur le plan environnemental, c’est tout bénéfice. « C’est clair que la décarbonation passe par le transport. Un camion qui consomme 140 000 litres de diesel émet 380 tonnes de gaz à effet de serre par année. »

Martin Bienvenue, responsable de l’entreprise qui s’occupe de la logistique de transport pour Kruger, s’était porté volontaire pour faire le trajet vers Laval avec La Presse. Il manque rarement une occasion de piloter le poids lourd. « Comparé à un camion diesel, c’est le jour et la nuit », estime-t-il.

Ce qui était au départ un projet pilote a évolué pour devenir une avenue de diversification pour Kruger, qui est active dans bon nombre d’autres secteurs, dont l’immobilier et l’énergie.

« On n’a pas réinventé le bouton à quatre trous », explique Jean Létourneau, vice-président et responsable des initiatives stratégiques de la division Énergie.

Pour électrifier ses activités de transport, l’entreprise mise sur les constructeurs de camions qui ont fait leurs preuves, sur les bornes de recharge conçues par ABB et sur sa propre expertise en matière de gestion de l’énergie. Elle est allée chercher Khalil Telhaoui, qui est passé par le centre d’excellence en électrification et en stockage d’énergie d’Hydro-Québec à Varennes, pour piloter ce projet.

Kruger Énergie est maintenant prête à faire partager son expérience d’électrification des transports avec d’autres entreprises qui ont des enjeux de transport semblables aux siens, c’est-à-dire des charges importantes à transporter en boucles courtes et des trajets répétitifs entre les destinations.

La SAQ, Molson Coors ou le Port de Montréal sont des entreprises qui pourraient s’intéresser à notre offre, selon Jean Roy.

Kruger Énergie offre à ses futurs clients l’évaluation des routes optimales, des coûts pour les infrastructures de recharge requises et leur implantation, incluant leur raccordement au réseau d’Hydro-Québec, ainsi que le type de camion répondant le mieux aux besoins du client et les aides gouvernementales existantes. L’installation de l’infrastructure électrique, le raccordement au réseau et l’utilisation des bornes feraient aussi partie de l’offre de service de Kruger Énergie.

Ce modèle d’affaires encore inexploité a un potentiel de développement immense, juge Kruger Énergie. C’est aussi une avenue de diversification intéressante pour sa société mère, toujours à l’affût de nouvelles occasions d’affaires.

« On est là pour faire des sous », assure Jean Roy.

Kruger Énergie exploite 42 sites de production hydrauliques, solaires et éoliens au Canada et aux États-Unis. Depuis sa création en 2004, l’entreprise a 542 mégawatts de puissance installée en énergie renouvelable, et 500 mégawatts de projets en cours de développement.

« Kruger est une compagnie de papier qui a une division énergie. Elle va peut-être devenir un jour une compagnie d’énergie avec une division papier, qui sait ? », dit Jean Roy, à la blague.

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