Guerre en Ukraine

Une frappe touche un hôpital pour enfants de Kyiv

Ce qu’il faut savoir

La Russie a lancé des frappes sur plusieurs villes ukrainiennes et sur l’hôpital Okhmatdyt, un hôpital pour enfants à Kyiv.

Cette attaque est survenue à la veille de l’ouverture du sommet de l’OTAN à Washington, où l’Ukraine devrait être le principal sujet des discussions.

Une centaine d’Ukrainiens ont manifesté contre ces frappes – et en particulier celle sur l’hôpital pour enfants –, lundi soir à Montréal.

La Russie a mené lundi une attaque massive contre des villes d’Ukraine, mais aussi contre un hôpital pour enfants de la capitale. Au moins 37 personnes – en très grande majorité des civils – ont été tuées et 140 ont été blessées au total.

Lundi, à l’hôpital pour enfants Okhmatdyt – un des plus grands en Europe – en plein cœur de Kyiv, des centaines de personnes, secouristes, proches, policiers, se sont précipitées pour venir en aide aux victimes, déblayer, retrouver les leurs. Au moins sept personnes, dont des enfants et deux employés de l’hôpital, y auraient laissé leur vie. Une autre frappe a aussi fait des morts dans une maternité de la capitale, selon les autorités ukrainiennes.

« C’est la pire attaque sur Kyiv depuis le début de la guerre », explique Dominique Arel, titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa.

« [Pour la Russie], tous les moyens sont bons pour essayer de convaincre l’Ukraine et l’OTAN qu’elle n’arrêtera pas. »

— Dominique Arel, titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa

Les autorités de la capitale ont décrété qu’une journée de deuil serait observée mardi et que tous les évènements de divertissement seraient annulés.

Pour sa part, Moscou dément les accusations, assurant avoir visé et touché des « installations militaires » et affirmant que les images prouvent que les dégâts dans cet établissement ont été causés par la chute d’un missile antiaérien ukrainien.

Des frappes ont aussi touché les villes de Dnipro (centre-est), Sloviansk, Kramatorsk et Kryvyï Rih, lieu de naissance du président ukrainien Volodymyr Zelensky, selon ce dernier. Onze personnes ont aussi été tuées dans la région de Dnipro et trois à Pokrovsk, près du front.

« Les attaques à la grandeur du pays, ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est de frapper comme ça des institutions civiles », par opposition aux infrastructures énergétiques et militaires, cibles de l’armée russe depuis février 2022, selon Dominique Arel.

Ces nouvelles frappes ont suscité l’indignation de Kyiv et de ses soutiens et font s’interroger sur l’état de la défense antiaérienne ukrainienne, à nouveau mise à rude épreuve après de précédents bombardements russes ayant notamment visé des centrales électriques et des aérodromes militaires.

« Odieux »

Cette attaque est survenue à la veille de l’ouverture du sommet de l’OTAN à Washington, où l’Ukraine devrait être le principal sujet des discussions.

« Il faut abattre les missiles russes. Il faut détruire les avions de combat russes sur leurs bases. Il faut prendre des mesures fortes qui ne laisseront aucun déficit de sécurité », a d’ailleurs lancé Volodymyr Zelensky à ses alliés occidentaux, lundi.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a quant à lui immédiatement condamné l’attaque sur l’hôpital Okhmatdyt à son arrivée dans la capitale américaine, lundi matin. « C’est odieux. Frapper un hôpital pour enfants – et les enfants innocents qui s’y trouvent – est un acte injustifiable. »

M. Trudeau a déclaré que l’engagement du Canada envers l’Ukraine restait plus fort que jamais. Il devrait envoyer un message aux membres de l’OTAN lors du sommet des dirigeants pour renforcer leur soutien à l’aide militaire continue au pays en difficulté.

Pour sa part, le président Joe Biden a dénoncé lundi ces frappes, « un rappel atroce » de la « brutalité » démontrée par la Russie, et a promis « de nouvelles mesures pour renforcer la défense antiaérienne de l’Ukraine ».

« Je ne sais pas s’il existe des mots pour décrire cet ennemi »

En réponse à ces attaques, une centaine de membres de la communauté ukrainienne se sont réunis lundi soir, place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal, pour demander la « fin de l’agression russe », et, entre-temps, l’envoi d’armes supplémentaires aux forces ukrainiennes. « La Russie tue des enfants ukrainiens », pouvait-on notamment lire sur une des pancartes.

La foule s’était drapée de bleu et de jaune. Plusieurs portaient des masques, marqués de peinture rouge pour imiter le sang.

Dans de brefs discours, les organisatrices de cette « manifestation silencieuse » ont dénoncé l’« État terroriste russe » et « un crime inhumain », en plus de scander, avec la foule, « Armez l’Ukraine, sauvez le monde ! ».

« Je ne sais pas s’il existe des mots pour décrire cet ennemi », a dit avec émotion Olena Khomyakova, une des organisatrices, pendant son discours.

Les organisatrices ont aussi déploré le fait que la Russie a récemment pris la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU.

« Imaginez que vous êtes un enfant malade qui a déjà peu d’espoir… et que la présidence du Conseil de sécurité bombarde l’hôpital où on vous soigne ! »

— Mariia Zaborovska, une des organisatrices

Elles ont également prié les gouvernements occidentaux non seulement d’envoyer plus d’armes à l’Ukraine, mais aussi de permettre à l’armée ukrainienne une plus grande marge de manœuvre, dénonçant notamment le fait qu’elle ne peut pas frapper les bases aériennes russes, en territoire russe, en utilisant des armes américaines.

Cette interdiction constitue « une ligne rouge », selon Dominique Arel, qui pourrait cependant ne pas tenir longtemps.

« Ce n’est pas le cas encore ici, mais ces lignes rouges finissent toujours par tomber à la suite d’une escalade russe. On peut considérer ce qui s’est déroulé [hier] comme une escalade », pense M. Arel.

Au rassemblement organisé dans le Vieux-Montréal, les participants ont observé une minute de silence, peu avant 18 h, avant de faire jouer le son de sirènes d’alarme – « celles qu’ont entendues les Ukrainiens toute la journée » – puis de la musique traditionnelle ukrainienne.

— Avec l’Agence France-Presse et La Presse Canadienne

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