Plantez à l’automne, récoltez l’an prochain

Certains légumes passent l’hiver au potager sans plus de protection qu’un petit jeté de terre et, dans certains cas, une couche de paillis supplémentaire. Plantez-les cet automne et oubliez-les durant l’hiver. Au dégel, ils vous réserveront d’étonnantes surprises.

Pour étirer la saison de jardinage, les plantes potagères moins frileuses et déjà semées en août – les radis, pois mange-tout, laitues, chou frisé (kale), pak-choï, par exemple – pourront être recouvertes de toiles agrotextiles. Elles survivront ainsi jusqu’aux premiers gels et même davantage dans les régions du sud du Québec.

Les légumes racines toléreront quant à eux les tout premiers gels, et se révéleront même plus savoureux après ce choc thermique qui leur permet de concentrer leurs sucs. Isolés par la terre et une couche de paillis supplémentaire, certains peuvent même passer l’hiver au jardin et se révéler encore craquants dans un sol à peine dégelé, comme nous avons eu le plaisir de le constater au printemps dernier en redécouvrant des carottes oubliées au moment de la récolte.

« J’ai des clients expérimentés qui me disent planter des oignons et de la pomme de terre à l’automne sous une épaisse couche de paillis pour en récolter plus tôt au printemps. Je me garderais une réserve, pour ma part, mais ça semble fonctionner pour eux », s’étonne Maxime Gagnon, copropriétaire des Serres Rêves et Jardins de Knowlton.

Des vivaces en rabais

« La fin de l’été est un bon temps pour économiser sur certaines vivaces comme la rhubarbe, l’artichaut et l’asperge, suggère l’horticulteur. Si les plants sont assez vieux, on pourra possiblement en récolter avec parcimonie dès la saison prochaine. » Notez que les griffes d’asperges se plantent au printemps, mais que les plants d’asperges peuvent prendre place au jardin dès l’automne. Préférez les variétés d’asperges très rustiques comme le « Millenium » et le « Jersey Knight ».

Le poireau : vivace au cœur tendre

Souvent traité comme légume annuel, le poireau est une vivace particulièrement bien adaptée à notre climat. Transplantés tôt à l’automne ou au printemps, les plants peuvent être récoltés la saison suivante avant qu’apparaissent leurs boutons floraux et qu’ils perdent de leur tendreté. En été, ils produiront de grosses fleurs en forme de pompons, suivies de rejetons qui pourront être récoltés à leur tour après les deux ou trois premiers gels, au pic de leur saveur. Les cultivars « Alaska », « Northern Lights » et « Below Zero » sont parmi les plus vigoureux.

L’oignon égyptien : sans caprice

L’oignon égyptien est une vivace qui gagne en popularité, observe Maxime Gagnon. Il tolère notre climat rigoureux et demande très peu d’entretien. Au printemps, ses tiges remplacent celles des oignons verts. Laissées au potager, elles présentent ensuite de jolies fleurs roses à leur extrémité, qui céderont leur place à des bulbilles en juillet. Ces petits bulbes, semblables à ceux de l’échalote française, pourront être consommés ou replantés. Laissé à lui-même, l’oignon égyptien finira toutefois par se ressemer en laissant tomber ses bulbilles au sol, ce qui lui vaut le surnom d’oignon marcheur. Il aime un emplacement ensoleillé, mais se contente de tout sol, même argileux, dans la mesure où son terreau est bien drainé.

L’ail : le robuste

S’il est possible de planter l’ail dès que le sol est sec au printemps, ses gousses seront plus petites et plus difficiles à conserver que si elles avaient été plantées à l’automne, entre la mi-septembre et les premiers gels. L’ail craint l’humidité qui le rend vulnérable aux maladies fongiques. Il préfère donc un sol bien drainé et au soleil.

Chaque gousse ou caïeu planté produira un bulbe complet, prêt à être consommé dès juillet ou début août. Il est toutefois possible de récolter les tiges d’ail à la fin juin, dès qu’elles ont une vrille complète et qu’un bourgeon floral apparaît à leur extrémité. Les fleurs d’ail se conservent de trois à quatre semaines au frais, le temps de patienter jusqu’à la récolte des bulbes d’ail, qui se présente environ un mois plus tard.

Les bulbes se consomment frais ou séchés. Pour la conservation, on les fait sécher sur des grilles durant deux semaines ou jusqu’à ce que leur peau soit sèche. « Gardez vos plus belles gousses pour les replanter après le séchage et relancer le cycle en prévision de la prochaine saison, conseille Maxime Gagnon. S’il y a de bons producteurs dans votre coin, vous pouvez partir des bulbes vendus au marché, mais oubliez les variétés d’épicerie non biologiques et venues d’ailleurs qui ne sont possiblement pas adaptées à notre climat. Les variétés à col dur comme la « German Extra-Hardy », la « Red Russian », très parfumée, et la productive « Music », vendues en pépinière, sont rustiques et se prêtent à la conservation.

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