jjacques

La perle cachée de Québec

À travers les bons coups et, parfois, les moins bons, nos critiques de restaurants vous racontent leur expérience, présentent l’équipe en salle et en cuisine, tout en expliquant ce qui a motivé le choix du restaurant. Cette semaine : le mystérieux bar à cocktails et à huîtres jjacques, dans la ville de Québec.

Pourquoi en parler ?

La capitale n’est plus si « vieille » que ça. À preuve les jolis restos, buvettes, izakayas et bars à cocktails qui ont vu le jour dans les dernières années. Un des établissements les plus intrigants du lot est sans aucun doute jjacques, un bar à cocktails et à huîtres ouvert en 2019 dans le quartier Saint-Roch, dans la vivante rue Saint-Joseph. Sa particularité ? Il faut chercher son entrée, à l’abri des regards, du côté des anges. Une fois la porte ouverte, on pénètre dans un autre univers. Nous l’avons aussi franchie afin de vivre et de raconter l’expérience.

Qui sont-ils ?

La même gang d’amis derrière le restaurant asiatique Chez Tao ! et la taqueria mexicaine Julio a ouvert jjacques. Ces oiseaux de nuit ont voulu créer un endroit unique en ville : un bar à cocktails et à huîtres élégant et hors du commun pour accueillir des clients qui, comme eux, aiment la vie nocturne, les bons liquides et les bons plats. L’endroit se distingue pour plusieurs raisons. Son emplacement et son design, d’abord – le lieu est sans fenêtre. Même si l’entrée est cachée, la volonté n’était pas tant de créer un « speakeasy », explique Noémie Ducharme, une des copropriétaires. « Le but est que les gens partent en voyage. Au jjacques, tu déconnectes totalement, tu pourrais autant être à New York, à Montréal qu’à New Delhi ! »

Notre expérience

Si vous arrivez devant jjacques par la rue Saint-Joseph, cette phrase sibylline, affichée sur une porte close, vous accueillera : « Pour trouver la lumière, suivez le saint vers la cité qui ouvre la porte du royaume des anges. » Car oui, c’est derrière l’immeuble, sur l’improbable petite rue aux airs de ruelle qu’est Notre-Dame-des-Anges, qu’il faut se rendre, en passant par la rue de La Cité, pour entrer. Entre un conteneur et quelques graffitis se dresse une porte de métal comme les autres ; il faut appuyer sur la sonnerie pour rendre visite à jjacques.

Même à l’intérieur, le bar se dérobe au regard, caché derrière de lourds rideaux de velours. Une fois le rideau levé, on pénètre avec un certain ravissement dans l’espace étroit, où s’allonge d’un côté le bar avec ses tabourets, de l’autre des banquettes couleur prune comme autant de petits cocons où se réfugier, séparés par de vaporeux rideaux couleur crème. Au fond, on découvre une autre mignonne petite salle où sont dispersées quelques tables hautes et où se trouve un second bar.

Ici, les produits de la mer sont rois. Les magnifiques tours de fruits de mer sont l’attraction principale. Elles peuvent avoir un, deux ou trois étages, puis se garnissent, selon la hauteur, d’huîtres, de moules et de palourdes travaillées, de tartares de couteaux de mer et de saumon, de homard entier, de crabe des neiges ou de ceviche de pétoncles.

Une intolérance aux mollusques a toutefois rendu impossible la dégustation de tous ces délices de la mer. Des crevettes d’Argentine, absolument irrésistibles avec leur sauce à cocktail très goûteuse et bien relevée, et les pattes de crabe des neiges avec leur mayonnaise citronnée étaient cependant une excellente solution de rechange.

Le reste du menu se décline en assiettes à partager. Des légumes (choux de Bruxelles, céleri-rave rôti...), des poissons (gravlax de saumon, maquereau grillé), une burrata aux agrumes, des raviolis de homard ou un T-bone, pour les irréductibles carnivores, sont au menu.

La plupart des plats qui ont défilé durant la soirée nous ont charmés. La salade d’endives a volé la vedette : l’amertume des feuilles se mariait à merveille avec l’intensité salée des anchois blancs, le côté charnu des artichauts marinés, le fromage cottage à la ranch, légèrement acidulé, et l’aneth, pour un peu de fraîcheur. Une belle composition, très réussie, présentée sous la forme de bouchées qui furent déclarées « parfaites » par l’ensemble de notre tablée.

Tout aussi apprécié fut le brocoli grillé, un plat chaudement recommandé par notre dynamique serveuse. Présenté sur un labneh crémeux, il était relevé par du citron confit et parfumé au dukkah, un mélange moyen-oriental d’épices, de graines et de noix.

Le clou de la soirée s’est présenté sous la forme d’un poisson entier frit. Le loup de mer, à la chair blanche floconneuse, était magnifiquement apprêté avec sa peau très croustillante, sans être excessivement grasse. La toute fraîche salade de concombres et mangues, avec sa coriandre et son huile de chili, était un complément idéal pour équilibrer le tout.

En dessert, l’inspiration autour du banana split a été moins convaincante. L’amalgame – bananes passées à la torche, crumble d’arachides et de chocolat blanc, choux farcis au sorbet maison, crème chantilly – penchait plus du côté de la confusion que de l’harmonie des parfums. Les profiteroles, trop froides, étaient cassantes sous la dent. Une rare fausse note dans une soirée fort réussie.

Dans notre verre

L’une des raisons de fréquenter jjacques est son programme liquide, impeccable. La carte des cocktails, signée par Vincent Thuaud et le bar chef Frédéric Pouliot, vaut à elle seule amplement le détour. Les boissons sont déclinées selon un qualificatif : Audace, Mélancolie, Sérénité ou Extase. On est impressionnés par les techniques et amalgames mis de l’avant, par exemple un brandy infusé au beurre et à la pêche pour une variation autour du old fashioned. Nous avons adoré la Panthère blanche, inspiré par le Martini Gibson, qui incorpore l’aquavit Belle-Isle (aromatisé au carvi et à l’aneth). Un cocktail chic et hautement satisfaisant avec son oignon perlé mariné.

La carte des vins est aussi à l’avenant. Les vins de soif, qui s’accordent bien avec les produits fins de la mer, y sont prédominants avec un penchant pour le nature et la biodynamie, et un beau choix de bulles et de champagnes. On y a dégusté le cava bio Cami de Flors, un brut nature bien sec avec une belle touche florale en finale, et le toujours excellent vin de macération Vater & Son, par le domaine allemand 2Naturkinder.

Bon à savoir

L’endroit est ouvert tard, mais n’est pas le lieu indiqué pour une beuverie. Dans son manifeste, le bar présente ses lignes directrices : courtoisie, modération, inclusion, savoir-vivre. On vous conseille de vous « présenter sous votre meilleur jour pour vous mettre dans l’état d’esprit idéal » pour apprécier la finesse de l’expérience proposée à son maximum.

Prix

Selon ses envies, on peut simplement venir prendre un verre et un plateau d’huîtres (3 $ à l’unité, 30 $ pour 12, 55 $ pour 24) ou y aller à fond pour l’expérience totale. La facture suivra selon vos inclinaisons. Les tours de fruits de mer vont de 65 $ (un étage) à 195 $ (trois étages). Les assiettes à partager, elles, tournent autour de 15 $ pour les formats entrée, et de 25 $ à 35 $ pour les plats plus copieux.

Information

jjacques est fermé les mardis. Le reste de la semaine, les portes ouvrent dès 17 h 30 et jusqu’à 3 h du matin. La cuisine est ouverte jusqu’à 1 h. Réservations fortement recommandées.

341, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec

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