Parrot commence en force

Maxence Parrot a surmonté une chute violente pour remporter la première Coupe du monde de surf des neiges de la saison, samedi, en Autriche

« C’est comme si un 18 roues m’était passé dessus. J’ai mal partout… »

Moins de 48 heures après sa victoire à la Coupe du monde de Kreischberg, Maxence Parrot constatait les dégâts lundi après-midi.

Ce succès en grand saut (big air) na donc pas été obtenu sans heurts. Au deuxième de ses trois essais en finale, le planchiste de Bromont s’est violemment écrasé. Faute de vitesse suffisante à l’envol, il n’a pas été en mesure de compléter sa troisième rotation, frappant le nez de sa planche sur la jointure de l’aire d’atterrissage, avant d’être projeté vers l’arrière et de glisser jusqu’en bas sur le dos.

Sonné, il s’est néanmoins relevé et a trouvé le moyen de sourire de sa mésaventure. Moins d’une demi-heure plus tard, il a répété la manœuvre – un « front triple 1440 weddle » – avec beaucoup plus d’élan… et de réussite.

« Avec l’adrénaline, je me sentais super bien, comme si je n’étais pas tombé, a raconté Parrot alors qu’il était sur la route entre l’Autriche et la Suisse. Mais je savais que j’aurais mal le lendemain. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Je me considère chanceux d’avoir été capable de faire une troisième descente. »

En dépit de la force de l’impact, le Québécois a évité le pire, se félicitant de n’avoir qu’un muscle du cou étiré et tout le côté droit endolori. Il attribue en grande partie sa bonne fortune à ses exercices en gymnase pour protéger la région cervicale. Il s’y applique spécifiquement depuis six ans, une idée de son préparateur physique de longue date, Yves Mailhot.

« Quand tu tombes, tu ne veux pas avoir d’effet whiplash, comme on dit, et te cogner la tête sur le sol. C’est comme ça que tu te fais des commotions. Je travaille donc beaucoup les muscles du cou pour être capable de retenir ma tête. Ça a marché ! Ma tête n’a pas frappé le sol. Cependant, j’ai tellement forcé du cou que j’ai étiré un muscle. Deux jours plus tard, je te dirais que ça fait assez mal ! »

L’athlète de 26 ans compte profiter de la prochaine semaine pour se soigner avec l’aide du physiothérapeute qui accompagne l’équipe canadienne. À partir du 19 janvier, il doit s’aligner à un slopestyle, discipline dont il est vice-champion olympique, dans le cadre du Laax Open, une autre Coupe du monde.

Objectif : Pékin

Au-delà de sa victoire de samedi, sa huitième sur le circuit de la FIS, Parrot se réjouissait surtout de pouvoir mettre un dossard plus de 10 mois après sa dernière médaille d’or en slopestyle aux X Games de Norvège, juste avant le début de la pandémie. À l’automne, trois épreuves de Coupe du monde ont été annulées coup sur coup.

« À un moment donné, la question se posait : aura-t-on une saison ou non ? De pouvoir enfin la commencer, c’est vraiment ça que je trouve le plus génial. En plus, de finir en première position à la première compétition, ça lance bien l’année. »

« C’est sûr que ça gonfle un peu ma confiance pour les prochaines compés. »

— Maxence Parrot

Parrot s’est également mis dans une position idéale en vue d’une troisième qualification olympique à Pékin, dans un peu plus d’un an. La qualité du plateau à Kreischberg lui permet de marquer un maximum de points dans le processus interne au Canada. Deux autres prestations de ce niveau pourraient lui permettre d’assurer sa place dès cette saison, un privilège qui sera accordé à un maximum de deux planchistes. La période de sélection se poursuivra ensuite jusqu’au 31 décembre.

Dans le contexte de l’instabilité liée à la COVID-19, ces points en banque pourraient être très précieux. « Je ne sais pas : va-t-il y avoir dix compétitions d’ici décembre, ou juste trois ou quatre ? Plus j’ai de bons résultats, le mieux c’est pour moi. »

Malgré la longue pause, Parrot a noté que le niveau de compétition était plus relevé que jamais. Il a eu besoin d’un excellent saut ultime pour surpasser le Suédois Sven Thorgren et le Norvégien Mons Roisland.

« Les deux manœuvres que j’ai faites en fin de semaine sont les mêmes que je faisais l’an passé en big air. Elles me permettaient de gagner haut la main. J’ai encore gagné, mais par un point. J’ai encore d’autres manœuvres que je peux sortir. »

Sébastien Toutant (15e) et Mark McMorris (30e), les deux autres piliers de l’équipe canadienne, ne se sont pas qualifiés pour la finale. Parrot estime que Toutant a probablement été piégé par un nouveau système de qualification qu’il expérimentait pour la première fois : trois descentes au lieu de deux.

« J’ai eu l’occasion de l’essayer une fois en Chine l’an dernier. Eux n’étaient pas là. Ça change beaucoup les données. C’est un peu stratégique. Seb a fait deux manœuvres qui n’ont pas été jugées assez difficiles pour passer en finale. »

Le jeune Nicolas Laframboise, 20 ans, a raté la coupe par une seule place, terminant au 11e rang.

Toute l’équipe canadienne était sur la route de Laax lundi, se déplaçant ensemble dans le contexte d’une bulle « mobile » mise en place dès un stage à Calgary.

« C’est génial de voyager en équipe, de vivre avec les autres riders, notait Parrot. La vibe est le fun. D’habitude, on est chacun de notre côté en compétition. Là, on est tous ensemble avec les deux coachs et le physio. »

Après l’épreuve helvète, Parrot rentrera au Québec pour deux jours, le temps de quelques brassées de lavage, avant de prendre la direction d’Aspen pour les X Games (29 au 31 janvier), son grand objectif de l’hiver. Le quintuple médaillé d’or fait partie de la liste restreinte des participants autant en grand saut (huit invités) qu’en slopestyle (dix).

En attendant, une centaine de centimètres de neige fraîche sont attendus à Laax cette semaine. De la belle poudreuse pour un retour en douceur sur sa planche.

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