Mort de George Floyd

Derek Chauvin a « violé les règles » de la police

Le chef des forces de l’ordre de Minneapolis a accablé lundi son ancien subordonné Derek Chauvin en déclarant devant les jurés qu’il avait « violé les règles » et les « valeurs » de la police lors de l’interpellation de George Floyd.

S’agenouiller sur le cou du quadragénaire noir « pouvait être raisonnable dans les premières secondes pour le contrôler, mais plus une fois qu’il n’exerçait plus de résistance, et surtout pas après qu’il se fut évanoui », a déclaré Medaria Arradondo au sixième jour de ce procès hors norme.

« Cela ne fait pas partie de notre politique, de notre formation, et ce n’est certainement pas conforme à notre éthique, à nos valeurs », a asséné cet homme noir de 54 ans, venu témoigner en uniforme.

Le jour des évènements, il avait porté une charge virulente contre le policier blanc Derek Chauvin et ses collègues, qu’il a lui-même licenciés.

« La mort tragique de George Floyd n’était pas due à un problème de formation […]. Les agents savaient ce qui se passait, l’un d’eux l’a intentionnellement causée et les autres ont échoué à l’empêcher. C’était un meurtre », avait-il écrit dans un communiqué.

Lundi, il s’est fait plus feutré, tout en insistant sur l’importance pour les quelque 700 agents en service à Minneapolis de traiter « avec compassion et dignité » les personnes avec lesquelles ils interagissent, y compris les suspects.

Poursuites rares

M. Arradondo a longuement insisté sur « l’énergie, le temps et les ressources » consacrés à la formation des policiers, et a présenté les politiques en vigueur dans ses services, y compris sur les techniques de désescalade, les premiers secours et le recours à la force.

Aux États-Unis, les policiers qui font un usage excessif de la force sont rarement lâchés par leur hiérarchie et bénéficient au contraire de contrats collectifs, négociés par leur syndicat, très protecteurs. Ils sont également très rarement poursuivis en justice et encore mois souvent déclarés coupables.

Le 25 mai 2020 à Minneapolis, quatre policiers avaient voulu interpeller George Floyd, soupçonné d’avoir écoulé un faux billet de 20 $. Pour le maîtriser, ils l’avaient menotté et plaqué au sol. Derek Chauvin s’était ensuite agenouillé sur son cou et avait maintenu sa pression même une fois l’Afro-Américain évanoui et son pouls devenu indétectable.

Contredit

Derek Chauvin, 45 ans, remis en liberté sous caution, est jugé depuis une semaine pour meurtre. Le procès de ses trois anciens collègues, accusés de complicité de meurtre, est prévu pour août.

Il plaide non coupable et assure, d’une part, avoir suivi une procédure conforme à sa formation pour contrôler un suspect récalcitrant et, d’autre part, ne pas avoir causé la mort de George Floyd, tué selon lui par une surdose.

Sa première ligne de défense a déjà été fragilisée la semaine dernière par deux anciens supérieurs hiérarchiques, dont l’un a jugé « absolument pas nécessaire » ou encore « injustifiée » la force « mortelle » utilisée pour interpeller George Floyd.

L’avocat de défense, Eric Nelson, a toutefois arraché une concession à Medaria Arradondo. Sur une image captée à l’arrivée d’une ambulance, il a reconnu que Derek Chauvin n’avait plus son genou sur le cou, mais sur l’épaule de George Floyd.

L’autre argument s’appuie sur la présence de fentanyl, un puissant opioïde, et de méthamphétamine, découverte lors de l’autopsie de George Floyd, qui cite toutefois la « compression du cou » comme la cause du décès.

En avant-goût du débat entre experts, l’accusation avait appelé lundi matin à la barre le médecin urgentiste qui, après une demi-heure d’efforts infructueux pour ranimer l’Afro-Américain, l’avait déclaré mort.

Bradford Langenfeld a déclaré que, sur la base des éléments dont il disposait, il avait estimé que « le manque d’oxygène », soit « une asphyxie », était « la cause la plus probable de la mort » du quadragénaire.

L’avocat de Derek Chauvin, Eric Nelson, lui a demandé si la consommation de drogues pouvait causer un manque d’oxygène. « Oui », a répondu le médecin. MNelson a ensuite enchaîné les questions techniques sur les effets du fentanyl, qui complique la respiration.

Les jurés rendront leur verdict à la fin du mois d’avril ou au début de mai. S’ils ne sont pas unanimes, le procès sera déclaré nul et non avenu, et la procédure devra recommencer du début.

Une telle hypothèse suscite de fortes craintes à Minneapolis, qui s’était déjà embrasé après la mort de George Floyd.

Loi électorale en Géorgie

Jusqu’où iront les grandes entreprises ?

Lorsque les dirigeants de Coca-Cola et de Delta Air Lines se sont prononcés contre les nouvelles dispositions de la loi électorale en Géorgie, la semaine dernière, cela a semblé signaler un nouveau « militantisme » au sein des entreprises américaines.

Mais si les dirigeants des entreprises les plus importantes des États-Unis vont écarter les élus qui soutiennent des mesures restrictives, ils devront brusquement freiner le crayon sur leur chéquier.

Les législateurs des États de tout le pays qui ont fait pression pour de nouvelles restrictions de l’exercice du droit de vote – et qui ont aussi repris les allégations infondées de fraude électorale de l’ancien président Donald Trump – ont récolté plus de 50 millions de dollars en contributions d’entreprises ces dernières années, selon un nouveau rapport de l’organisme Public Citizen de Washington.

Le géant des télécommunications AT&T a été le plus généreux : il a versé plus de 800 000 $ depuis 2015 aux parrains de ces projets de loi ou à ceux qui ont voté pour leur adoption, selon le rapport. Au cours de la même période, on cite notamment les contributions de Comcast, Philip Morris USA, UnitedHealth Group, Walmart, Verizon, General Motors et Pfizer.

L’argent n’a peut-être pas été versé dans le but d’encourager ces projets de loi, que les groupes de défense des droits de vote ont accusés d’attaquer la démocratie. Mais il a néanmoins contribué à consolider le contrôle républicain dans les États où bon nombre de ces mesures prohibitives sont maintenant mises de l’avant.

Il faudra voir maintenant si ces entreprises continueront de donner à ces élus – jusqu’où, en fait, les dirigeants d’entreprise, habituellement allergiques au risque, sont prêts à aller dans leurs critiques des politiques et des politiciens.

« C’est vraiment la grande entreprise états-unienne, dans son ensemble, qui finance ces politiciens, rappelle Mike Tanglis, l’un des auteurs du rapport. Il semble que plusieurs essaient maintenant de se cacher sous une roche en espérant que ça passe. »

Plus de 120 entreprises détaillées dans le rapport avaient déjà soutenu qu’elles réévalueraient leurs contributions aux élus du Congrès qui, reprenant les mêmes mensonges que les législateurs des États, se sont opposés à la certification de la victoire du président Joe Biden, à la suite de l’assaut meurtrier sur le Capitole américain par les partisans de Trump, le 6 janvier.

La tension est plus évidente maintenant en Géorgie, où une nouvelle loi électorale, de grande portée, a suscité l’émoi aux États-Unis, et les critiques de Delta et de Coca-Cola. Vendredi, le Baseball majeur a annoncé qu’il ne tiendrait pas finalement son match des étoiles à Atlanta cette année. La Chambre des représentants de Géorgie, contrôlée par les républicains, a voté pour dépouiller Delta d’un allégement fiscal, qui vaut des dizaines de millions de dollars par an.

Ce qui est certain, c’est que ce « militantisme d’entreprises » aura un impact beaucoup plus grand dans les États qu’à Washington.

Tout le monde a son prix

Public Citizen a analysé environ 245 projets de loi restreignant l’exercice du droit de vote proposés avant le 1er mars et a ensuite croisé ces données avec les registres de contributions au niveau des États datant de 2015.

L’organisme a notamment découvert que :

• les entreprises ont donné au moins 50 millions aux élus qui ont soutenu les restrictions de vote, dont 22 millions dans le cycle de campagne en 2020 ;

• au moins 81 entreprises du « Fortune 100 » ont versé au total 7,7 millions aux partisans des restrictions électorales ;

• près de la moitié de toutes les entreprises du « Fortune 500 » ont donné un total combiné de 12,8 millions aux partisans des restrictions ;

• environ les trois quarts des entreprises qui ont modifié leur politique de contributions après l’assaut contre le Capitole ont également donné à des élus qui soutenaient les restrictions du vote ;

• plus de 60 entreprises ont donné au moins 100 000 $ aux élus qui ont soutenu les restrictions.

Par exemple, AT&T a déclaré que « le droit de vote est sacré », mais a refusé de dire si elle refuserait de verser des dons aux élus des États, comme elle l’avait fait pour les membres du Congrès qui s’opposaient à la victoire de Joe Biden.

Une « campagne coordonnée par des gens puissants »

Lundi, le chef de la minorité au Sénat, Mitch McConnell, a exhorté les entreprises à résister à ce qu’il a appelé une « campagne coordonnée par des gens puissants et riches pour induire en erreur et intimider le peuple américain ».

« Notre secteur privé doit cesser de s’inspirer du “complexe outrage industriel”, a déclaré le républicain du Kentucky dans un communiqué. Les Américains n’ont pas besoin ou ne veulent pas que les grandes entreprises amplifient […] chaque controverse fabriquée par une gauche frénétique. »

La pression a été particulièrement intense en Géorgie, où le gouverneur républicain Brian Kemp a récemment signé une nouvelle loi radicale qui interdit notamment aux gens de distribuer de la nourriture ou de l’eau aux électeurs faisant la queue et qui permet à la Commission électorale de l’État, contrôlée par les républicains, de démettre et de remplacer les fonctionnaires électoraux du comté.

Deux des commanditaires de la mesure figurent parmi les principaux récipiendaires des contributions des entreprises détaillés dans le rapport de Public Citizen.

Washington appelle à la désescalade des tensions entre le Soudan et l’Éthiopie

Le secrétaire d’État américain a appelé lundi à l’apaisement entre le Soudan et l’Éthiopie, au moment où les tensions nées de l’opération militaire éthiopienne au Tigré laissent craindre une propagation du conflit à une région voisine. Lors d’un appel téléphonique avec le premier ministre soudanais Abdallah Hamdok, Antony Blinken a souligné « le besoin d’une désescalade des tensions entre le Soudan et l’Éthiopie dans la zone frontalière d’Al-Fashaqa », a indiqué le porte-parole du département d’État, Ned Price. Cette région fertile, revendiquée par les deux pays, a vu se multiplier les accrochages avec le déploiement de soldats soudanais sur place, dénoncé par l’Éthiopie comme une invasion. Cette étendue agricole longe la région éthiopienne du Tigré, où l’Éthiopie a lancé une offensive contre les autorités locales en novembre, poussant quelque 60 000 déplacés à se réfugier au Soudan voisin. Le ton américain à l’égard de l’Éthiopie, alliée de longue date, s’est durci, Antony Blinken ayant notamment affirmé que l’assaut au Tigré a donné lieu à des exactions équivalant à du « nettoyage ethnique ». Le département d’État a salué l’annonce, par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, du retrait des troupes érythréennes de la région du Tigré, accusées d’atrocités. — Agence France-Presse

Amazon a licencié illégalement des employées militantes

Les licenciements de deux designers informatiques d’Amazon, qui avaient critiqué le géant du commerce en ligne, étaient bel et bien des mesures de rétorsion de la part du groupe, a conclu l’agence fédérale chargée du droit du travail aux États-Unis, d’après le New York Times. L’agence a confirmé sa décision à l’AFP lundi : elle déposera une plainte contre Amazon pour infraction au droit du travail si le groupe ne régularise pas l’affaire concernant Maren Costa et Emily Cunningham. Ces deux leaders du collectif AECJ (« Employés d’Amazon pour la justice climatique ») avaient été remerciées il y a un an, officiellement pour des « infractions répétées au règlement intérieur ». « Nous soutenons le droit de tous nos employés à critiquer les conditions de travail de leur employeur, mais cela ne signifie pas une immunité complète contre nos règlements intérieurs, qui sont légaux », a réagi un porte-parole d’Amazon. « Nous n’avons pas remercié ces employées pour s’être exprimées sur la sécurité ou la durabilité », a-t-il insisté. Avec d’autres ingénieurs et codeurs d’Amazon, elles avaient appelé à faire grève le 24 avril dernier pour protester contre les pratiques de la société en termes de ressources humaines et réclamer des mesures pour l’environnement et de meilleures conditions de travail pour les employés des entrepôts.

— Agence France-Presse

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