Décryptage

Un candidat unique au monde

New York — Cindy DeAngelis Grossman, ex-femme de la légende du football américain Herschel Walker, a déjà accusé ce dernier d’avoir braqué un revolver sur sa tempe et menacé de lui faire « sauter la cervelle ». En 2005, trois ans après son divorce, elle a obtenu une ordonnance de protection contre Walker, qui s’est vu retirer pendant un temps le droit de posséder une arme à feu.

Un adversaire républicain de Walker, candidat à l’élection sénatoriale de Géorgie, a rappelé ces faits et d’autres allégations de violences et de menaces contre d’autres femmes dans une pub diffusée avant la primaire de son parti. Peine perdue : fort de l’appui de Donald Trump, le néophyte politique a facilement triomphé de ses adversaires républicains, le 24 mai dernier, remportant 68 % des suffrages.

Ce préambule ne fait qu’effleurer la singularité de la candidature de Herschel Walker. Candidature d’autant plus importante qu’elle pourrait décider en novembre prochain quel parti deviendra majoritaire au Sénat des États-Unis.

Walker, 60 ans, a affirmé par le passé ne pas se souvenir de ses menaces envers son ex-femme. Il a mis ces trous de mémoire sur le compte d’un trouble dissociatif de l’identité dont il a traité dans Breaking Free, ses mémoires publiés en 2008.

Dans ce livre, il raconte avoir développé une multitude de personnalités pour surmonter l’intimidation dont il a été victime étant enfant. Figuraient parmi celles-ci le « Héros », le « Juge », le « Consolateur » et l’« Exécuteur ». Selon ses dires, une longue thérapie lui a permis de faire le ménage dans ces personnalités et de mener une vie normale.

Mais qu’est-ce qu’une vie normale quand on a été un dieu du football dans un État où ce sport est une religion ? Herschel Walker a acquis ce statut en menant les Bulldogs de l’Université de Géorgie à un championnat national en 1980 grâce à des performances époustouflantes en tant que demi offensif. Athlète réputé pour une condition physique phénoménale, il a également remporté le trophée Heisman remis au meilleur joueur du football universitaire, en 1982.

Mensonges

Les habitants de Géorgie d’un certain âge n’ont pas oublié ce footballeur, né dans le Peach State. Mais sont-ils pour autant prêts à lui pardonner toutes ses fautes ?

Ces derniers mois, Herschel Walker a été accusé d’être un menteur ou un fabulateur. Les médias ont démontré qu’il avait menti ou fabulé en affirmant avoir décroché un diplôme à l’Université de Géorgie, fondé plusieurs entreprises prospères après sa carrière de footballeur professionnel et travaillé au sein de divers services policiers, dont le FBI.

Ils ont aussi fait passer Walker pour un bel hypocrite. En 2020, ce dernier soutenait que l’absence des pères était un problème « majeur ». « Vous pouvez quitter votre femme, mais n’abandonnez pas vos enfants », ajoutait-il.

Or, le Daily Beast a révélé récemment qu’il n’avait pas seulement un fils de 22 ans, comme tout le monde le pensait, mais aussi trois autres enfants, y compris un garçon de 10 ans dont la mère a dû le poursuivre pour recevoir une pension alimentaire.

Après les révélations du Daily Beast, Walker a expliqué qu’il n’avait jamais mentionné l’existence de ses trois autres enfants parce qu’il ne voulait pas « les utiliser comme accessoires ».

Et puis, il y a les déclarations problématiques de Herschel Walker sur des sujets d’importance. Il a commencé ainsi une réponse incohérente sur la récente tuerie dans une école primaire du Texas : « Caïn a tué Abel et c’est un problème que nous avons. »

Bon air, mauvais air

En dénonçant le plan démocrate de lutte contre le changement climatique, il a déploré le gaspillage de « milliards et de milliards de dollars pour nettoyer notre bon air ».

Or, a-t-il ajouté, « nous ne contrôlons pas l’air ».

« Notre bon air a décidé de flotter vers le mauvais air de la Chine. Donc, quand la Chine reçoit notre bon air, son mauvais air doit se déplacer. Donc, il se déplace vers notre bon air. Alors, maintenant, nous devons nettoyer tout ça. »

— Herschel Walker, candidat républicain à l’élection sénatoriale de Géorgie

Et l’avortement ? « Les gens ne sont pas préoccupés par ça », a dit Walker en réponse à une question sur l’importance de ce sujet dans la campagne. « Les gens sont préoccupés par l’essence, par la nourriture. Ils ne parlent même pas de ça. »

Walker a refusé de participer aux débats contre ses rivaux républicains avant la primaire du 24 mai. Son adversaire démocrate, le sénateur Raphael Warnock, le met ces jours-ci au défi de débattre trois fois contre lui.

Walker ne dit pas non à Warnock, mais pose des conditions.

« Je suis prêt à débattre avec lui n’importe quand », a-t-il dit sur Fox News la semaine dernière. « Je veux juste le faire pour les fans, pas pour un parti politique ou un média quelconque. »

En attendant, la course est serrée, selon un récent sondage de Fox News : Warnock, pasteur de l’église d’Atlanta où Martin Luther King a prêché, récolte 46 % des intentions de vote contre 42 % pour Walker.

Comme quoi ce candidat unique au monde a encore beaucoup de « fans » en Géorgie.

Inondations au Kentucky

« Nous allons trouver des corps pendant des semaines »

Jackson — Les sauveteurs américains font désormais du porte-à-porte pour localiser les victimes d’inondations dévastatrices parmi les plus graves ayant frappé le Kentucky, alors que la pluie a repris après quelques heures d’accalmie, a déclaré dimanche le gouverneur de l’État.

Certaines zones montagneuses de l’est du Kentucky restent inaccessibles après ces inondations qui ont transformé certaines routes en rivières, emporté des ponts, balayé des maisons et tué au moins 28 personnes, selon le plus récent bilan des autorités.  

Les dégâts causés aux antennes de téléphonie mobile ont compliqué les secours et empêchent d’estimer le nombre de morts et de disparus.

« Ces inondations sont parmi les plus dévastatrices, les plus meurtrières que nous ayons vues », a déclaré le gouverneur Andy Beshear sur NBC. « Et au moment où on essaie de déblayer, il pleut ! »

« Nous allons faire du porte-à-porte pour essayer de localiser le plus de monde possible. On va même le faire sous la pluie. Mais la météo complique les choses. »

— Andy Beshear, gouverneur du Kentucky

« Nous allons trouver des corps pendant des semaines, dont beaucoup auront été emportés sur des centaines de mètres », a précisé M. Beshear sur NBC.

Dans la ville de Jackson, au centre de la zone la plus lourdement affectée, sauveteurs et volontaires étaient rassemblés dimanche matin sur le stationnement d’un hypermarché Walmart avant de se déployer.

Certains distribuaient de l’eau en bouteille. Sur un bateau arrimé à une remorque était inscrit « FEMA Rescue 4 », signe que les secouristes de l’agence américaine de gestion des catastrophes étaient sur place.

Risque de crues soudaines

Sous de lourds nuages noirs annonciateurs de nouvelles pluies, les rues étaient recouvertes d’une couche épaisse de boue.

Les inondations ont frappé une région dont l’économie était déjà dévastée par le déclin de l’industrie minière, sa principale ressource.  

« Elles ont anéanti des zones où les gens n’avaient déjà plus grand-chose », a souligné M. Beshear.

Certaines régions du Kentucky ont reçu quelque 20 centimètres de pluie en 24 heures et, par endroits, les eaux des rivières ont brusquement monté de plusieurs mètres avant de sortir de leur lit.  

Les services de la météo nationale ont annoncé dimanche un nouveau risque d’inondations dans le centre-est des États-Unis, y compris au Kentucky.

« La menace de crues soudaines va s’aggraver au cours de la journée, avec de fortes averses et des orages qui vont se développer », ont-ils tweeté.

Le président Joe Biden a décrété l’état de « catastrophe naturelle » et débloqué des renforts fédéraux pour soutenir les zones affectées par « la tempête, les inondations, les glissements de terrain et les coulées de boue ».

Ces inondations sont les manifestations les plus récentes des épisodes de météo extrême qui sont de plus en plus fréquents avec le réchauffement de la planète provoqué par les activités humaines.

En décembre, plusieurs dizaines de violentes tornades avaient ravagé cinq États du centre des États-Unis, principalement l’ouest du Kentucky, et fait au moins 79 morts.

Atteint de la COVID-19

Joe Biden se sent toujours « bien »

Le président des États-Unis, Joe Biden, est toujours positif à la COVID-19, mais continuait « de se sentir bien » dimanche matin, a annoncé son médecin personnel dans une lettre diffusée par la Maison-Blanche. Le test antigénique du président, qui est âgé de 79 ans, « est sans surprise resté positif ce matin », a écrit le Dr Kevin O’Connor, pour qui il s’agit d’un « rebond » de positivité qui peut se produire chez les personnes traitées au Paxlovid, pilule anti-COVID-19 de Pfizer. « Le président continue de se sentir bien », a-t-il ajouté. Il continue d’appliquer des « mesures strictes de confinement ». M. Biden avait été déclaré positif le 21 juillet avec des « symptômes très légers » et était sorti de son confinement mercredi, après des tests négatifs. Mais il avait de nouveau été testé positif samedi, ce qui l’avait conduit à retourner à l’isolement à la Maison-Blanche. Une reprise du traitement n’a pas été jugée utile. Le président « continue de mener les affaires des Américains à partir de la résidence » présidentielle, a noté le Dr O’Connor.

— Agence France-Presse

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