Coup d’État

Suu Kyi de nouveau inculpée, craintes d’« un regain de violence »

Des appels à la désobéissance civile ont continué d’être lancés mardi en Birmanie malgré le durcissement de la répression par la junte, laissant craindre « un regain de violence », selon un rapporteur de l’ONU qui a lancé une sévère mise en garde, tandis que l’ex-dirigeante Aung San Suu Kyi est une nouvelle fois inculpée.

« Je crains un nouveau regain de violence mercredi en Birmanie », a déclaré mardi le rapporteur des Nations unies Tom Andrews, tirant la sonnette d’alarme après avoir « reçu des informations selon lesquelles des soldats avaient été envoyés depuis des régions périphériques vers Rangoun », la capitale économique du pays, où se massent les manifestants.

« Les militaires pourraient être sur le point de commettre des crimes encore plus graves contre le peuple de Birmanie », a ajouté M. Andrews, qui s’est dit « terrifié ». Il rappelé que « dans le passé, de tels mouvements de troupes ont précédé des meurtres, des disparitions et des détentions à grande échelle ».

Poursuite de la mobilisation

Interdiction des rassemblements, déploiements de véhicules blindés, interpellations nocturnes, renforcement de l’arsenal législatif : les militaires n’ont cessé de durcir le ton depuis leur coup d’État, le 1er février, qui a mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans.

Malgré cela, des manifestants ont bloqué mardi un tronçon de voie ferrée à Mawlamyine, au sud de Rangoun, interrompant le service entre la ville portuaire et la capitale économique, d’après des images diffusées par un média local.

Avocats, enseignants, contrôleurs aériens, cheminots : de nombreux fonctionnaires ont déjà répondu à cet appel en se mettant en grève contre le putsch.

Après le déploiement dimanche de véhicules blindés dans certaines villes birmanes, les foules étaient toutefois moins denses dans les rues.

D’autant que les arrestations se poursuivent. Plus de 420 personnes – responsables politiques, médecins, militants, étudiants, grévistes – ont été placées en détention ces deux dernières semaines, d’après une ONG d’assistance aux prisonniers politiques.

Mais une grande manifestation était prévue ce mercredi (heure locale) à Rangoun. Des contestataires ont appelé à se rassembler près de la célèbre pagode Sule. « Réunissons des millions [de Birmans] pour demander la libération d’Aung San Suu Kyi », assignée à résidence à Naypyidaw, la capitale administrative, ont-ils lancé.

Les habitants, à pied ou sur des deux-roues, étaient déjà nombreux dans les rues en milieu de matinée, arborant des pancartes : « Combat pour la démocratie », « rejetez le coup d’État. »

Washington « préoccupé »

Déjà poursuivie pour avoir illégalement importé des talkies-walkies, l’ex-dirigeante de 75 ans fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé « la loi sur la gestion des catastrophes naturelles », a déclaré à l’AFP son avocat, Khin Maung Zaw, précisant qu’une nouvelle audience devait avoir lieu le 1er mars.

Le rapporteur des Nations unies a également déclaré qu’il avait « entendu qu’un procès secret » d’Aung San Suu Kyi et de l’ex-président Win Myint avait commencé cette semaine.

Le département d’État américain s’est dit « préoccupé » et a appelé l’armée à immédiatement libérer « tous les dirigeants politiques et civils, les journalistes, les militants pour les droits de la personne et autres membres de la société civile injustement détenus » ainsi qu’à « rétablir le gouvernement démocratiquement élu ».

L’internet à nouveau coupé

Les généraux continuent parallèlement à s’attaquer aux outils de communication.

Les connexions internet ont été de nouveau presque totalement coupées dans la nuit de mardi à mercredi, avant d’être restaurées dans la matinée.

La junte a aussi renforcé l’arsenal répressif : les perquisitions sans mandat et les placements en détention pour une courte période sans le feu vert d’un juge sont autorisés. Une loi très liberticide sur la cybersécurité est également en train d’être mise en œuvre.

Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington.

Ils disposent de deux soutiens de taille à l’ONU, la Chine et la Russie, pour qui la crise actuelle constitue « une affaire intérieure » birmane.

« Nous n’avons pas été informés à l’avance du changement politique » qui s’est produit en Birmanie, a assuré mardi Chen Hai, l’ambassadeur de Chine à Rangoun.

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