Stampeders 26 – Alouettes 30

Ils ne savent plus perdre

Un film où le personnage principal ne rencontre pas un brin d’adversité serait plate à mourir. Qui se souviendrait des Boys si Stan avait gagné sa partie de poker contre Méo et continuait tout simplement de payer son prêt hypothécaire sur la brasserie toutes les deux semaines, comme un bon citoyen, sans risque de la perdre ?

Le samedi soir des Alouettes, contre les Stampeders de Calgary, ressemblait justement à un bon scénario de film. De l’adversité à la tonne, mais qui n’empêche pas le personnage principal de parvenir à ses fins. Ça s’est réglé au compte de 30-26 Montréal, dans un stade Percival-Molson tonitruant.

Avec ce gain, les Alouettes portent leur fiche à 5-0 cette saison, et ont maintenant remporté leurs 13 derniers matchs, en comptant les éliminatoires et la fin de la saison 2023. Leur dernière défaite remonte au 15 septembre.

Cette équipe ne perd plus, et le sentiment d’invincibilité fait dire des choses que l’on n’a pas l’habitude d’entendre dans cette ville par les temps qui courent.

Écoutez Jason Maas, entraîneur-chef des Alouettes, au sujet de cette fiche de 5-0. « Ce sont mes attentes. Je ne vais jamais concéder une victoire dans ce vestiaire, a dit un Maas débordant de confiance. Je ne crois pas en l’idée de séparer le calendrier en segments de six matchs. Je me concentre exclusivement sur le match à jouer.

« Si je pense qu’on va perdre, je ne devrais pas être ici. C’est une semaine à la fois, et on s’attend à gagner chaque match. Donc si tu m’avais demandé à quoi je m’attends après cinq matchs, je t’aurais répondu 5-0. »

Des faux pas et des blessés

Le match n’était pas commencé que la bonne vieille adversité se pointait le bout du nez.

Seulement dans l’échauffement, les Alouettes ont perdu deux soldats en David Côté et Louis-Philippe Bourassa, respectivement botteur de précision et spécialiste des longues remises.

Puis, pendant un deuxième quart brouillon des Montréalais, Marc-Antoine Dequoy, un des rares qui jouait avec aplomb, est à son tour tombé au combat. Le maraudeur québécois s’est blessé au haut du corps en réussissant un percutant plaqué.

Tout ça au moment où l’attaque menée par Cody Fajardo commettait de rares faux pas. Les Alouettes ont amorcé ce match avec un différentiel de +8 dans la colonne des revirements ; il était donc plutôt incongru de voir le receveur Tyson Philpot perdre le ballon, puis Fajardo lancer une interception sur la séquence suivante. Deux revirements qui ont permis à Calgary d’inscrire neuf points.

« Ce n’était pas du football typique des Alouettes, a pesté Philpot. On savait qu’on allait corriger ça en deuxième demie. »

Il reste qu’à 26-12 Calgary au début du troisième quart, le Fenway Park du Nord était bien feutré.

Les héros

Heureusement que le concept des trois étoiles n’existe pas au football, car on aurait été embêté de se limiter à trois acteurs de cette remontée.

Commençons par José Maltos, botteur appelé en relève de Côté à peine une heure avant le match. Il n’a rien accompli de bien spectaculaire, mais pour un gars qui n’avait que neuf tentatives de placement derrière la cravate jusqu’ici dans la LCF, il a fait son travail. Trois en trois sur ses placements.

« Ça a pris tout notre foutu vestiaire pour gagner, donc oui, je vais peut-être avoir de la misère à dormir. Mais le contraire m’inquiéterait plus ! »

— Jason Maas, entraîneur-chef des Alouettes

En défense, Tyrice Beverette était de toutes les actions. Son palmarès ? Neuf plaqués, et une passe rabattue en fin de match, quand les Stampeders tentaient de confirmer leur victoire.

Rarement classe-t-on un demi offensif qui n’a effectué que cinq courses parmi les héros d’un match, mais c’est ce qu’a accompli Walter Fletcher. Parmi ses cinq courses, il y a eu celle de 31 verges pour le touché de la victoire. Ça lui a donné une récolte de 56 verges au sol, en plus de 104 verges par la passe. Ce qui incite à se demander pourquoi donc il n’a pas été sollicité davantage au sol.

« C’est toujours plus facile d’analyser après, a rétorqué Maas. Pendant le match, tu essaies de profiter de différentes choses que tu vois. Aurait-on pu courir plus ? Bien sûr. Mais je ne vais pas continuellement remettre en question ce qu’on fait chaque semaine. »

Enfin, Philpot en avait lui aussi une bonne dans le corps, malgré sa perte de ballon au deuxième quart. Il a capté 12 des 13 passes dirigées vers lui pour 134 verges, mais c’est surtout son gain de 39 verges, sur la poussée victorieuse des Alouettes, que l’on retiendra.

Philpot affrontait d’ailleurs son frère jumeau (Jalen, pas Robin), pour la toute première fois dans la LCF. Y a-t-il eu gageure entre les deux frangins pour ce premier duel ?

« Non, c’est illégal ici ! », a lancé Tyson Philpot du tac au tac. Deux morceaux de robot pour la répartie, deux jours après la suspension de Shawn Lemon.

Enfin, la foule mérite elle aussi des fleurs. La séquence où des milliers de spectateurs ont crié tout en allumant la lampe de poche de leur téléphone, comme lorsque Scorpions interprète Wind of Change en spectacle, a marqué Cody Fajardo. « Je n’ai jamais rien vu de tel ! », de lancer le quart des Alouettes.

Il faudra simplement rappeler aux plus enthousiastes, s’ils veulent réellement encourager leur club, de laisser tomber les « olé olé olé » quand l’équipe est en attaque comme ce fut le cas en fin de rencontre. « On aura peut-être besoin de plus de calme par moments, mais cette foule sait quand crier ! », a assuré Fajardo.

À suivre : bilan de santé

Les Alouettes n’auront guère de temps pour respirer, puisqu’ils reprennent l’action dès jeudi. Ça laisse donc très peu de temps à Côté, Bourassa et surtout Dequoy de se remettre de peu importe ce qui les afflige. Dequoy a même été transporté à l’hôpital pour des examens approfondis, mais était de retour au stade pour la fin de la rencontre. Il ne portait pas d’attelle ni rien qui suggérait une blessure à un bras. Croisé à la sortie du vestiaire, il a simplement indiqué que « c’est du football, ça va être correct ».

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