RentréE
Sortir de sa bulle

On le sait : les activités parascolaires et les programmes d’études particuliers, sportifs ou culturels, peuvent avoir un effet décisif en faisant pencher la balance du côté de la réussite ou de l’échec. Ils peuvent raccrocher l’élève qui décroche et motiver celui qui s’ennuie en classe à se lever le matin pour aller à l’école.

On comprend donc que l’annonce de la reprise de ces activités suspendues à cause de la COVID-19 ait fait la joie des parents et des élèves. Même si (on y reviendra) il s’agit d’une brèche dans le principe des « classes bulles » qui régit cette rentrée scolaire à l’ère pandémique.

Malheureusement, la manière dont ce dossier a été géré par Québec sent l’improvisation. Au point de rappeler de mauvais souvenirs du printemps dernier, alors que la stratégie de déconfinement scolaire donnait le tournis tant elle était difficile à suivre.

Reprenons donc l’histoire depuis le début. À quelques jours de la rentrée, le ministre Jean-François Roberge a annoncé que les programmes particuliers et les autres activités parascolaires seraient mis sur pause pendant un mois le temps de voir comment se passe le retour en classe.

La réaction a été aussi immédiate que virulente. Des milliers de parents se sont soulevés contre cet appauvrissement de la vie scolaire. On peut les comprendre : beaucoup avaient peut-être choisi une école en raison d’une concentration particulière.

Pourtant, la décision était temporaire, le temps de voir si tout se passait bien. Et pour dédramatiser le tout : environ la moitié des programmes particuliers avaient déjà pu aller de l’avant, car les écoles avaient réussi à les arrimer une « classe-bulle ».

Mais il y a eu ce tollé et Québec a cédé. Dès le lendemain, on a fixé comme nouvel échéancier le 14 septembre. Puis, vendredi, Québec a annoncé la reprise du parascolaire et des programmes particuliers pour lundi.

Peut-on donc dire que tout va bien dans les 2100 écoles publiques du Québec ? C’est vrai que les 120 éclosions recensées jusqu’à maintenant ont pu être contenues. Encore que ce décompte laisse à désirer, puisque le site qui recensait les cas de contagion dans les écoles a été fermé jeudi pour manque de fiabilité. Le Ministère devrait le remettre en service bientôt, assure le ministre Roberge.

Cela dit, les activités parascolaires devaient reprendre du service le jour où l’on serait assurés que la rentrée se passe bien. Et on nous annonce cette reprise le jour où le principal instrument de mesure de la contagion pour le grand public est hors service. Mettons que ça tombe mal…

En réalité, tant qu’à avoir prévu un mois d’essai, Québec aurait dû tenir le cap. Ça aurait donné le sentiment qu’on sait où on s’en va, que les décisions annoncées tiennent compte de facteurs rationnels et non de réactions épidermiques de parents et d’élèves concernés, aussi compréhensibles soient-elles.

Bref, ça aurait donné l’impression qu’il y a un pilote dans l’avion. Et qu’il ne navigue pas à vue…

Ce cafouillage somme toute mineur est d’autant plus regrettable qu’il survient à un moment où le nombre de cas et d’hospitalisations augmente quotidiennement et alors que les files s’allongent devant les cliniques de dépistage. À un moment, aussi, où le gouvernement veut se montrer plus dur à l’égard de ceux qui ne respectent pas les contraintes sanitaires.

D’un côté, on relâche. De l’autre, on resserre. Résultat : un message confus. La dernière chose dont on a besoin en cette rentrée délicate.

***

Revenons maintenant à la méthode des « classes-bulles ». Le Québec n’est pas le seul à avoir opté pour cette approche qui permet de contenir les éventuelles éclosions de cas. Un élève est infecté, c’est sa bulle que l’on isole. Pas toute l’école.

Plusieurs pays ont adopté cette façon de procéder qui permet de gérer l’épidémie en limitant les dégâts et sans fermer les écoles. Au Danemark, en Norvège, en Espagne, les élèves passent leurs journées dans un groupe fermé. C’est aussi le cas dans toutes les provinces canadiennes (encore que certaines, dont l’Ontario, réservent les « bulles » à l’enseignement primaire).

Les élèves des « classes-bulles » ne vivent pas dans un monde étanche. Ils fréquentent qui ils veulent dès qu’ils mettent les pieds à l’extérieur de l’école. Ils ne sont pas à l’abri de la contamination.

Et tout porte à croire que le temps venu, dans les quartiers et les villes à faible risque d’infection, le fait de les associer à une deuxième bulle, celle de leur activité parascolaire, n’augmenterait pas de façon significative leur risque de contagion.

Par contre, ils seront plus heureux à l’école. Le petit risque additionnel en vaut largement la peine.

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