Mot du DG

Trois minutes avec un camelot

L’été s’est installé tout d’un coup, sans crier gare. Les terrasses se remplissent. Des rues deviennent piétonnières, tranquillement nous envahissons nos espaces publics. Plus il y a de monde dehors, plus nos camelots s’activent.

« L’itinéraire ! lisez L’Itinéraire ! un p’tit 3 $ seulement. » Malgré les nombreuses augmentations de toutes parts que nous subissons, nous maintenons le prix du magazine et le partageons 50/50 avec ses camelots. Un tour de force pour notre organisme. Mais pour combien de temps encore ? Si nous nous en tirons bien, c’est parce que vous êtes là, chers lecteurs et chers donateurs et donatrices. Merci !

J’aimerais vous parler un peu de nos camelots. Prenons Carlos. Il regarde partout, salue les passants, échange des regards. Ses clients sont de retour, tous souriants, et il est content de les voir, puisque les masques sont tombés. C’est beau de revoir leurs visages. Debout, droit comme une sentinelle, il porte fièrement ses couleurs. Une veste noire avec le gros logo de L’Itinéraire dans le dos, sa carte de camelot au cou, laquelle affiche son d’identité et ses informations, de même que son macaron jaune qui l’autorise à accepter les paiements par texto. Bien plus que de l’associer à L’Itinéraire, son uniforme est davantage une façon d’afficher son statut de camelot accrédité. Porter son uniforme, c’est important pour lui, car il rassure ses clients, il confirme visuellement, comme tous les camelots, qu’il travaille pour s’en sortir.

C’est à la fois un symbole d’empowerment et d’appartenance à une grande famille d’hommes et de femmes qui désirent réellement améliorer leur situation en travaillant pour L’Itinéraire.

Il n’aime pas les fraudeurs

Le camelot fait partie d’un groupe de plus de 150 personnes qui se partagent 350 points de vente à Montréal, Longueuil, Sutton et bientôt sur l’ensemble du territoire de Laval. Carlos travaille fort et n’apprécie pas que des personnes malveillantes utilisent L’Itinéraire comme paravent pour flouer sa clientèle, sous de faux prétextes, en se faisant passer pour des représentants de l’organisme et pour solliciter de l’argent auprès du public. Ce qui est évidemment strictement interdit par nos camelots.

Carlos n’apprécie pas du tout, car pour lui, ses clients, ce sont plus que des « acheteux de magazines », ce sont des personnes qui s’intéressent à lui et à la cause de L’Itinéraire. Il aime ce petit trois minutes d’échanges, entretenir cette relation avec ses clients. Il sent réellement qu’il fait partie de la société.

Il fait beau et souvent trop chaud !

En revanche, les conditions ne sont pas toujours faciles pour le camelot qui passe des heures à l’extérieur. Il appréhende les journées très chaudes autant que les périodes de grands froids.

Le camelot, seul sur son spot, s’adapte à son environnement. Il remarque cependant que depuis deux ans, le paysage autour de lui change rapidement.

La COVID-19 a accentué les divisions. L’embourgeoisement de son quartier prend de l’ampleur. Les logements sont de plus en plus chers. Il sent que l’on essaie de le tasser.

Dernièrement, un client lui a demandé pourquoi le magazine existe encore en papier. Carlos, avec toute sa délicatesse, a répondu qu’il croyait lui aussi à l’environnement, mais que le contact humain qu’il a avec ses clients le sauve de la rechute dans ses vieux démons et que les encouragements sont ce qui le lie au monde. « Le numérique ne fait pas ça, c’est un peu frette, ça manque de chaleur », dit-il.

En plus, il est fier de vendre le seul magazine de rue bimensuel au Canada (et francophone de surcroît), dans lequel il peut écrire et dire ce qu’il pense sur des sujets qui intéressent bien du monde. Cette unicité, il est bien heureux d’en faire partie.

Malgré le fait que de plus en plus de gens sont sensibilisés à l’itinérance et à la précarité sociale, Carlos a peur, avec le retour à une certaine normalité, d’être oublié. Il n’est pas contre le changement, mais il trouve que s’adapter devient de plus en plus difficile. Il a également bien hâte, après deux ans d’absence, de savoir avec quelle vedette il sera jumelé pour démontrer ses talents, son savoir, expliquer son parcours lors de l’événement de sensibilisation « Camelot d’un jour », qui aura lieu en septembre.

Carlos et l’ensemble de l’équipe de L’Itinéraire espèrent que vous prendrez quelques minutes avec une ou un camelot et vous souhaitent un été pas trop chaud !

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