Débat de la course à la direction du Parti conservateur

Pierre Poilievre congédierait le gouverneur de la Banque du Canada

Ottawa — Pierre Poilievre promet de congédier le gouverneur de la Banque du Canada Tiff Macklem s’il devient le prochain chef du Parti conservateur et mène les troupes conservatrices à la victoire aux prochaines élections fédérales.

Considéré comme le meneur de la course à la direction du Parti conservateur, M. Poilievre a pris cet étonnant engagement, mercredi soir, durant le débat en anglais organisé par le parti à Edmonton. Cette sortie lui a valu une virulente critique de son principal rival, l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest, qui l’a accusé de miner la confiance des Canadiens envers une des institutions importantes du pays.

Ce débat était nettement plus courtois que le premier qui a eu lieu la semaine dernière à Ottawa et qui était parrainé par Canada Strong and Free Network, un groupe de réflexion de droite. Cette joute oratoire avait donné lieu à de nombreux coups cinglants entre MM. Poilievre et Charest.

Les dépenses militaires, l’immigration, l’avortement, la politique de gestion de l’offre, la hausse du coût de la vie et la taxe sur le carbone sont quelques-uns des sujets qui ont été abordés durant le débat, qui a parfois pris l’allure d’une discussion de salon quand les candidats ont été invités à détailler le dernier livre qu’ils ont lu, leurs goûts musicaux ou les personnages historiques qui les ont marqués.

« Guichet automatique »

De manière générale, les leaders politiques du pays s’abstiennent de mettre en doute les politiques de la Banque du Canada et respectent son indépendance quant à ses décisions en matière de politique monétaire.

Mais M. Poilievre, qui était critique aux finances avant de se lancer dans la course au leadership, fait fi de cette convention et multiplie les attaques contre la Banque du Canada et son équipe de direction depuis plusieurs semaines.

Le candidat Pierre Poilievre accuse la Banque du Canada d’être en bonne partie responsable de l’inflation qui a atteint 6,7 % au pays en mars, un sommet en 30 ans.

« Le gouverneur de la Banque du Canada s’est permis de devenir le guichet automatique du gouvernement [Trudeau], et je le remplacerais par un nouveau gouverneur qui rétablirait notre mandat de faible inflation, protégerait le pouvoir d’achat de notre dollar et honorerait les travailleurs qui gagnent ces dollars », a déclaré M. Poilievre durant l’un des segments portant sur l’inflation.

Tiff Macklem a été nommé gouverneur de la Banque du Canada par le gouvernement Trudeau pour un mandat de sept ans en juin 2020 tandis que la pandémie de COVID-19 causait la fermeture de l’économie.

M. Poilievre a répété sa promesse de congédier le gouverneur durant son intervention de clôture.

« Suggestion irresponsable »

Parmi les cinq autres candidats en lice, seul Jean Charest a jugé bon de rabrouer M. Poilievre.

« La suggestion de M. Poilievre de congédier le gouverneur de la Banque du Canada […] est irresponsable. Cela crée un doute si vous êtes un investisseur qui envisage de venir au Canada. Si vous entendez ce genre de déclaration venant d’un élu de la Chambre des communes, vous pourriez croire que vous êtes dans un pays du tiers-monde », a affirmé M. Charest.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un chef qui sape délibérément la confiance dans nos institutions. »

— Jean Charest, candidat à la direction du Parti conservateur du Canada

Durant le débat, qui était animé d’une main de fer par l’ancien journaliste Tom Clark et qui a duré deux heures, M. Poilievre a aussi été vertement critiqué par tous les autres candidats pour avoir suggéré que les Canadiens devraient tenter d’échapper aux effets de l’inflation en investissant dans les cryptomonnaies.

« L’idée selon laquelle vous pouvez échapper à l’inflation avec la magie de la cryptomonnaie est stupéfiante. Cela peut fluctuer énormément de 30 % ou plus en une journée. La dernière chose que nous devrions faire est d’encourager nos parents et nos grands-parents ainsi que les familles vulnérables à risquer leurs économies de retraite dans quelque chose d’aussi risqué », a fait valoir Patrick Brown, le maire de Brampton. Ce dernier n’avait pas participé au débat de la semaine dernière.

De manière générale, le format a donné lieu à moins d’échanges directs entre les candidats. Ce format a permis à Jean Charest d’expliquer davantage les politiques qu’il souhaite mettre en œuvre s’il prend la barre du parti et remporte les prochaines élections.

Avortement

Sur la question de l’avortement, M. Charest a d’ailleurs accusé Pierre Poilievre de souffler le chaud et le froid.

« Tous les candidats dans cette pièce doivent dire aux femmes du Canada comment ils se positionnent […]. Les femmes au Canada méritent de savoir […] et, bien franchement, la réponse de M. Poilievre ne répond pas à ce test. »

— Jean Charest, candidat à la direction du Parti conservateur du Canada

Le principal intéressé a riposté que sa position était au contraire limpide : son gouvernement ne présenterait pas ou n’appuierait pas un projet de loi qui aurait pour effet de restreindre l’accès à l’avortement. Plus tard, dans un échange avec la candidate Leslyn Lewis, la seule parmi les candidats à s’opposer ouvertement à l’avortement, M. Poilievre a toutefois précisé qu’il n’empêcherait pas un député conservateur de présenter un tel projet de loi. « Je suis le candidat de la liberté », a-t-il dit, sourire en coin.

Les deux autres candidats en lice, le député conservateur de l’Ontario Scott Aitchison et l’ancien député provincial de l’Ontario Roman Baber, se sont présentés comme les candidats rassembleurs de la course durant le débat.

Un autre débat aura lieu en français à Laval le 25 mai. Le prochain chef du Parti conservateur sera élu le 10 septembre.

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