La Presse en Gaspésie

Campeurs bienvenus, mais pas n’importe où

Gaspé veut éviter les dérapages de l’été dernier

Gaspé — La Ville de Gaspé envisage d’interdire le camping sur certaines de ses plages afin d’éviter des débordements comme ceux de l’été 2020. La municipalité demande le feu vert de Québec.

La Gaspésie a vu l’été dernier ses plages envahies par les campeurs. Il n’était pas rare de voir jusqu’à 50 tentes ou véhicules récréatifs sur une seule plage. Nombre de photos de berges souillées par les déchets ou encore de véhicules embourbés dans le sable ont circulé.

« Ça a provoqué plein d’irritants. Il y a certaines plages qui n’étaient pas du tout touristiques, des plages cachées, qui soudainement se sont retrouvées envahies de gens qui s’installaient comme ils le voulaient », raconte en entrevue le maire de Gaspé, Daniel Côté.

« C’était des plages sans installations sanitaires, sans organisation. C’est là que ça a fait vraiment très mal. Il y a eu un gros clivage entre la population et la clientèle touristique », estime le maire.

À l’approche de la saison estivale, la municipalité réfléchit donc aux moyens d’éviter de revivre un tel scénario sur ses sept plages. Gaspé a mené une consultation publique au mois de mars pour connaître l’opinion de sa population sur cet enjeu clivant.

« Je ne dis pas qu’on va interdire le camping partout. On va sûrement l’interdire sur certaines parties, les lieux de haute fréquentation. On verra. Il faudra voir les résultats de la consultation. »

— Daniel Côté, maire de Gaspé

Mais déjà, la municipalité mène des pourparlers avec Québec afin d’obtenir le droit d’encadrer le camping sur ses plages. Celles-ci appartiennent au domaine de l’État, au même titre que la forêt publique. Il est permis d’y camper gratuitement jusqu’à sept mois par année.

Un porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles indique qu’un bail à des fins d’usage communautaire est envisagé pour l’été 2021. « L’émission de ce droit foncier à la Ville de Gaspé lui permettrait d’établir les conditions d’accès sur les terrains en location », note Sylvain Carrier.

« Privatisation du territoire »

Mais l’interdiction du camping sur les plages ne fait pas l’unanimité. Cette pratique est ancienne en Gaspésie. Certains estiment qu’une interdiction viendrait pénaliser la majorité respectueuse.

« Il s’agit d’une privatisation du territoire », fait valoir l’auteur d’une pétition en faveur du camping gratuit à Gaspé, signée par plus de 3400 personnes.

« Les plans d’eau sont de plus en plus inaccessibles au grand public en bordure ou dans les métropoles, ce que nous voudrions éviter en tant que citoyens de Gaspé », note également la pétition mise en ligne sur le site change.org.

Le maire Côté en convient lui-même : le sujet divise.

« On voit des positions très cristallisées. On le voyait déjà l’été dernier. Il y avait des gens que ça ne dérangeait pas, ce qui se passait sur les plages, qui prônaient beaucoup de liberté. »

— Daniel Côté, maire de Gaspé

« De l’autre côté, il y avait des gens qui voulaient que ce soit extrêmement encadré, qu’on interdise le camping. »

Gaspé se donne donc quelques semaines pour analyser les résultats de ses consultations. La Ville décidera ensuite si des plages seront fermées au camping à l’été. Déjà, la municipalité a prévu mettre en place des campings de débordement au cas où l’été 2021 se révélait aussi occupé que le précédent.

Changement d’huile près de la rivière

Le directeur général de Destination Gaspé, Stéphane Sainte-Croix, a beaucoup arpenté les plages l’été dernier. Il a parlé à bien des campeurs. La majorité d’entre eux se montraient très respectueux, insiste-t-il.

« C’est une minorité qui a causé préjudice au territoire gaspésien. C’est loin d’être la majorité. La plupart des gens que j’ai rencontrés étaient conscients des bonnes pratiques », explique-t-il.

Mais il a aussi vu son lot d’écarts de conduite. « Ça fait 25 ans que je suis impliqué dans l’industrie touristique ici, et je n’avais jamais vu une camionnette changer d’huile sur le bord d’une rivière à saumon. Eh bien, je l’ai vu l’été dernier », relate M. Sainte-Croix.

La mairesse de Percé a aussi observé sur son territoire la singulière frénésie de l’été 2020, même si elle note que ç’a été « moins intense » qu’à Gaspé.

« Quelqu’un qui dort sur le bord de la mer avec sa tente et qui part le lendemain ni vu ni connu, ce n’est pas la fin du monde, indique Cathy Poirier. Mais l’été passé, il y en avait partout. Il y en avait sur les plages, mais aussi dans le bois. »

Elle l’a d’ailleurs constaté à ses dépens. Elle a trouvé les restes d’un campement sur son propre terrain, dans le bois, à 5 km du village… « Je suis passée et j’ai vu la petite montagne de papier de toilette. Je ne savais même pas comment ils s’étaient rendus là ! »

Que dit la loi ?

Toute personne qui pratique le camping sur les terres du domaine de l’État doit respecter les conditions suivantes :

1. Utiliser un équipement de camping mobile, temporaire et non attaché au sol ;

2. Quitter l’emplacement occupé au terme d’un séjour ne pouvant excéder sept mois dans une même année ;

3. Enlever, à la fin du séjour, l’équipement de camping de l’emplacement occupé, nettoyer l’emplacement, le remettre dans son état original et ramener ses déchets.

—  Extrait de la Loi sur les terres du domaine de l’État

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