Témoignage

À quand un dimanche à la campagne sans bruit ?

Ayant vécu à Montréal durant plus de 20 ans, je n’ai jamais eu à subir de pollution sonore comme c’est le cas depuis de nombreuses années à Sutton.

D’une part, il n’y avait pas dans mon quartier des tondeuses au bruit d’hélicoptère qui, comme ici, se font entendre même les samedis et dimanches à l’heure de l’apéro, du souper et même en soirée ; d’autre part, les dimanches étaient relativement tranquilles à cause de la diminution de la circulation et aussi parce qu’en général, on y respectait une vieille tradition québécoise qui consiste à considérer le dimanche comme un jour de repos.

Et malgré tout, j’ai décidé de quitter la ville en bonne partie parce que le niveau global de bruit m’était devenu insupportable.

Aussi ai-je de la difficulté à comprendre que de nombreux résidants de la campagne, qu’ils soient issus du milieu ou d’ailleurs, ne fassent preuve d’aucune sensibilité ni de respect à l’égard de leurs voisins.

Bien entendu, je ne parle pas des agriculteurs qui, à mon humble avis, sont les seuls à avoir le droit de faire du bruit quand c’est nécessaire. Je parle des nombreux « moi, moi, moi, mon gazon et ma machinerie » qui ne semblent aucunement préoccupés par le bon voisinage.

Quelle illusion d’avoir pensé qu’en venant vivre à la campagne, j’y serais plus tranquille ! À Sutton, aucun règlement municipal ne protège la quiétude dominicale des citoyens, à l’exception d’un interdit s’appliquant aux travaux de construction domiciliaire. Il m’apparaît désormais évident que le bruit, qui constitue la deuxième source de pollution au pays en importance, est le dernier des soucis des élus locaux. Si, comme en témoigne une récente étude, le bruit menace la santé auditive de 1 milliard de jeunes, que dire de son impact sur la santé psychologique de la population en général ?

Qui, à part quelques universitaires, se préoccupe des effets néfastes du bruit sur la santé physique et psychologique des citoyens ? À Genève, par exemple, les autorités municipales protègent ainsi leur qualité de vie : « L’utilisation d’une tondeuse à gazon (et tronçonneuse) est autorisée uniquement du lundi au vendredi entre 8 h et 19 h, le samedi entre 9 h et 18 h, et en dehors des jours fériés. » Ici, Un dimanche à la campagne n’est plus que le souvenir d’un beau film empreint de nostalgie. Qui donc osera mettre au pas les « faiseurs de bruit » ?

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