Les hauts et les bas du Zénith de Véro

Véronique Cloutier après l’échec de Votre beau programme en 2017 : OK, on a compris, les gens préfèrent les concepts clairs, qui s’expliquent bien, c’est bon, on a appris de nos erreurs.

Véronique Cloutier à Zénith jeudi soir : bonsoir tout le monde, voici un paquet de règlements confus que même les artistes n’assimilent pas encore, les X, les Y, les Z et les boomers votent en studio pour chacun des quatre numéros, on enlève la pire note, il y a un rappel pour que l’artiste séduise la génération qui lui a été le plus réfractaire, on va ajouter cinq points à la fin pour le choix du public et c’est un tournoi, avec des joueurs différents, qui s’étalera sur plusieurs semaines !

Contrairement à La voix ou à Qui sait chanter ?, des concepts étrangers qui immigrent avec une bible de règlements testés partout dans le monde, Zénith part de zéro, rien du tout. La mécanique du jeu, le décor (qui en jette, wow !) et le système de classement, tout a été fabriqué ici. C’est un tantinet plus complexe que d’acheter un format international hyper rodé, disons-le.

Voilà pourquoi la première diffusion de Zénith à Radio-Canada a atteint des hauts et des bas. Commençons avec le meilleur : l’animatrice, la meilleure pour chauffer un studio survolté et gérer habilement autant d’imprévus.

Rien ne déstabilise Véro, la reine des variétés. Elle rebondit sur tout, elle rayonne dans cet univers pailleté (son look était nickel) et elle adooore la musique, ça paraît et ça se sent.

Bien oui, Véronique Cloutier criait dans son micro et ça devenait irritant. Mais elle vivait une première fébrile, il y avait plus de 100 personnes qui hurlaient derrière elle, elle le sait et s’ajustera dans les prochaines semaines, c’est évident.

Aussi, en excluant les canons du dimanche soir et les quotidiennes (STAT et Indéfendable), Zénith est l’une des rares émissions à franchir le cap du million de téléspectateurs en direct. Sa cote d’écoute a été évaluée à 1 009 000 adeptes jeudi, soit presque le double du téléroman Hôtel (537 000) à TVA. Faudra voir maintenant comment Zénith réagira jeudi avec le début de la nouvelle saison de L’amour est dans le pré, un des titres les plus populaires de Noovo.

Zénith démontre que la bonne vieille télévision en direct conserve son pouvoir d’attraction en cette période d’éparpillement sur les plateformes numériques. C’est rassurant. Et ça prouve que c’est payant de créer l’évènement comme à Zénith, à En direct de l’univers, au Monde à l’envers, à La semaine des 4 Julie ou à Tout le monde en parle.

Maintenant, le moins réussi de Zénith : les notes. Tous ces votes qui oscillent entre 21 et 23 sur 25, ça tue le suspense du combat de générations. C’est comme un critique de cinéma qui accorde trois étoiles à un film. On n’a aucune idée si c’est vraiment bon ou si c’est carrément mauvais.

Évidemment, la production de Zénith ne peut influencer ou diriger la façon dont les gens en studio évaluent les performances. Il y a assurément une façon d’inciter le public à être moins gentil.

Les quatre numéros principaux, menés par Jean-François Breau, Lunou Zucchini, Johanne Blouin et Jason Roy Léveillée, ont été bien exécutés et surprenants.

La robe modifiée sur Dans un autre monde, le hip-hop d’Ent’ deux joints, la suspension sur Levitating de Dua Lipa ou la relecture puissante de Killing Me Softly With His Song, Zénith ratisse large et séduit le petit-fils comme sa grand-maman.

Perso, c’est le segment le plus casse-gueule de Zénith que j’ai préféré : celui du karaoké sans filet. Il y a un côté excitant à regarder des artistes se mettre véritablement en danger en attaquant des chansons impossibles comme Crazy in Love de Beyoncé (gros défi, Jason Roy Léveillé !).

Ça donne de la télé moins lisse, plus exaltante, qui nous accroche au La-Z-Boy : Jean-François Breau trouvera-t-il enfin la bonne tonalité pour Si exceptionnel d’Andrée Watters ? Réponse : non, et ce n’est pas grave. Il s’est passé quelque chose dans nos écrans.

Les quatre capitaines (Normand Brathwaite, Félix-Antoine Tremblay, Élyse Marquis et Claudia Bouvette) auraient pu être exploités davantage. Eux pourraient, par exemple, faire pencher le vote d’un côté ou de l’autre et mettre un peu de piquant dans le concours.

Pour le moment, on se fout un peu de qui gagne ou perd à Zénith, et c’est un léger problème. Il manque l’aspect rivalité qui électrisait La fureur, où les joutes amicales se transformaient systématiquement en guerres des sexes.

Johanne Blouin, le Harfang des noces de Chanteurs masqués, a remporté la première manche, une victoire amplement méritée.

Par contre, il faudrait avertir l’interprète de Dors Caroline qu’il ne faut, justement, pas s’endormir pendant les prestations de ses camarades.

Bâiller devant les caméras, c’est moins subtil que des murmures interdits au fond de l’Asie. Et ça résonne ailleurs que dans les rues de Rome.

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