Carnage à Longueuil en 1996

La fille de l'assassin implore qu'on ne libère pas son père

C’était un véritable carnage. Une mère et trois de ses filles assassinées à coups de couteau et de marteau à Longueuil. Seuls deux enfants avaient survécu à la folie meurtrière de leur père. Presque 26 ans plus tard, les filles survivantes de Mahmoud El-Tomi ont imploré mercredi les commissaires de garder leur bourreau derrière les barreaux.

« Vingt-cinq ans n’est pas assez pour quelqu’un qui a tué de sang-froid… Il a tué de sang-froid ma mère. Après, il est rentré dans la maison, il m’a attaquée. Il a tranché la gorge de Hend, 8 ans, et il a étranglé un bébé de 2 ans. Il a attendu des heures ma sœur de 13 ans, il l’a même poignardée devant la maison. 

« Vingt-cinq ans, ce n’est pas assez. Monsieur le commissaire, n’autorisez pas sa libération. Sa place est en prison. »

C’est par ce récit d’horreur que Rania*, la fille aînée du meurtrier, aujourd’hui âgé de 77 ans, a demandé à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) de refuser la nouvelle demande de libération de son père. Âgée de 18 ans à l’époque, Rania a été gravement blessée lors de ce soir tragique de janvier 1996.

« Ce n’est pas Rania ! Elle n’est pas ma fille ! », s’est alors emporté son père, malgré les rappels à l’ordre des commissaires.

Condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 18 ans en 1996, Mahmoud El-Tomi se présentait devant la CLCC pour la première fois depuis 2016. Or, son audience a finalement été reportée à l’an prochain, à sa demande, afin de lui permettre de consulter un avocat. Ses filles ont néanmoins pu lire des lettres coups-de-poing par visioconférence.

Nora* avait 9 ans quand elle a frôlé la mort. Son bébé à ses côtés, la survivante s’est adressée avec courage aux commissaires mercredi, malgré les exclamations indignées de son père.

« Personne ne peut comprendre le ravage psychologique [causé par] cet homme. J’ai parfois peur d’aller me promener seule avec mes enfants. J’angoisse que n’importe qui puisse nous attaquer. Ces sentiments nous habiteront toujours. »

— Nora*, fille de l’assassin

« Cette femme n’est pas ma fille ! Je ne l’ai jamais vue ! », a alors craché le meurtrier en interrompant sa fille.

Ignorant cet esclandre, Nora a poursuivi calmement.

« Je trouve ça très injuste qu’il puisse envisager d’obtenir sa liberté. Ma mère et mes sœurs n’obtiendront jamais cette chance. De plus, d’une audience à l’autre, il n’a jamais manifesté le moindre remords envers nous, ses victimes. Il s’apitoie sur son sort. Si cet homme est libre, je ne me sentirais pas en sécurité pour ma famille et moi », a conclu Nora.

Bouleversée, sa grande sœur Rania a confié aux commissaires devoir vivre avec de profondes « cicatrices psychologiques ». « Il m’a rendue orpheline de sœurs et d’une mère. Pourquoi aurait-il le droit d’obtenir sa liberté ? Elles sont parties en ramenant une partie de moi que je ne pourrais jamais retrouver », a-t-elle soufflé, la voix brisée par l’émotion.

Cette tragédie avait fait grand bruit à l’époque. Mahmoud El-Tomi avait assassiné sa femme Aïda dans leur camionnette, avant de tuer sauvagement trois de leurs filles, Houidad, Hend et Leila, dans la maison. Il avait ensuite tenté de mettre fin à ses jours. Ses filles de 9 et 18 ans avaient miraculeusement survécu à l’attaque, mais non sans séquelles.

Quatre meurtres qui auraient été commis dans un contexte d’honneur. En 2016, Mahmoud El-Tomi avait expliqué aux commissaires avoir fait ces gestes parce qu’il se sentait « insulté » par sa conjointe. Dans sa culture, avait-il précisé, l’épouse doit obéir à son mari. Or, sa femme ne respectait pas ce précepte. Selon les articles de l’époque, sa femme était catholique, alors qu’il pratiquait le soufisme, un courant de l’islam.

Il y a cinq ans, Mahmoud El-Tomi semblait encore loin d’être réhabilité, même s’il disait ne plus prôner l’usage de la violence. La Commission considérait d’ailleurs comme « élevé » son risque de récidive dans un contexte domestique. Les commissaires soulignaient également sa faible capacité d’introspection, sa faible motivation et son récent refus de s’inscrire à des programmes de thérapie.

« La Commission est d’avis que vous ne prenez pas l’entière responsabilité de vos délits puisque vous projetez en partie le blâme sur l’une de vos victimes. Vous avez une compréhension limitée de votre criminalité », avait tranché la CLCC en 2016.

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse

* Noms fictifs

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