Témoignage

Mon village nommé Rosemont

J’habite un village nommé Rosemont. Vieux-Rosemont, plus spécifiquement. Après quelques années en mode locatif dans l’ouest de la Ville, je me suis installée à Rosemont il y a 25 ans en devenant propriétaire de ma résidence. Côté mobilité, je possède une voiture, un vélo, une carte OPUS et des jambes.

Chaque jour, je me réjouis de ce que mon village est devenu depuis que j’y habite. Son évolution, vers une qualité de vie citoyenne d’exception, les Rosemontois la doivent essentiellement au leadership transformationnel du maire sortant, François W. Croteau. Depuis 2009, à l’aide des équipes politiques et administratives de l’arrondissement, ce dernier a imprimé à notre environnement les couleurs de l’avenir urbanistique : intensification des mesures favorisant les transports actifs, amélioration des infrastructures urbaines, valorisation des espaces de verdure, intensification des mesures contrant le réchauffement climatique et renforcement des initiatives de développement durable, encouragement de l’implication et des initiatives citoyennes dans le cadre du développement de projets visant l’amélioration de la qualité de vie, etc. Rosemont est devenu en une douzaine d’années un arrondissement précurseur à bien des égards quant à la qualité de vie de ses citoyens, grâce notamment à l’évolution de ses pratiques d’ordre urbanistique et au courage politique nécessaire à ces transformations.

Bien entendu, tout n’est pas parfait partout et des voix discordantes se font entendre quant à certains de ces choix politiques et administratifs. Perdre certains acquis au profit du bien collectif peut susciter des frustrations bien légitimes. Faire des choix, c’est renoncer. Je peux comprendre les points de vue de ces citoyens qui ne partagent pas l’enthousiasme ambiant, car ces décisions ont affecté leur propre expérience citoyenne antérieure.

Mais il suffit de parcourir Rosemont pour observer les bénéfices évidents de ces transformations sur la qualité de vie de notre collectivité.

Par conséquent, et grâce à cette petite révolution urbaine, notre communauté a fait évoluer ses pratiques quotidiennes à valeur durable, qu’elles soient relatives au déplacement comme aux autres habitudes de vie. Combien de mes concitoyens (petites familles, personnes plus âgées, adolescents…) se déplacent dorénavant à vélo (parfois électrique), en trottinette, en skateboard, à pied ou en véhicule d’autopartage ? Combien ont verdi leurs ruelles, leurs saillies de trottoir, leurs balcons ? Combien ont proposé des projets de développement durable qui ont été soutenus financièrement par l’administration locale ? Bref, nous sommes très nombreux à apprécier les bienfaits de cette mouvance vers un nouveau mode de vie quotidien plus sain, plus vert, moins urgent. Un éloge de la lenteur, comme l’écrit Carl Honoré1.

En somme, je vis dans Rosemont comme dans un village. À l’instar de bien d’autres de mes concitoyens, au fil des années, j’ai progressivement délaissé l’utilisation quotidienne de ma voiture au profit d’autres modes de transport plus actifs. Cela est possible parce que l’environnement et ses infrastructures m’encouragent dans cette voie, parce que les rues de mon village urbain sont plus sécuritaires et agréables à parcourir autrement qu’en voiture. Je profite chaque jour de mes essentiels parc Maisonneuve et Jardin botanique de Montréal en allant y courir ou marcher ; ils sont accessibles, propres, sécuritaires et accueillants.

Je ne possède pas de cour arrière, mais je suis membre d’un jardin communautaire à un jet de pierre de ma résidence, où toute une collectivité solidaire de jardiniers amateurs s’entraident en partageant leur passion.

Et si je dois me déplacer ailleurs dans Montréal, c’est essentiellement à vélo ou en transports en commun que je le fais. Parce que c’est pratique, accessible, souvent plus rapide et économique de faire ainsi. Finalement, certes, j’utilise ma voiture à l’occasion, voire assez rarement, mais uniquement pour des déplacements qui le commandent, par exemple pour des escapades hors de la ville.

Et je ne suis pas la seule. Une anecdote : en attendant le feu rouge, sur le REV Bellechasse, il y a quelques semaines, j’entame la conversation avec un cycliste âgé (82 ans, m’a-t-il dit), dont le vélo est équipé de deux sacoches arrière. Je m’informe de son attachement pour le vélo : « Vous roulez souvent ? Depuis longtemps ? » Il m’avoue qu’il s’est remis au vélo il y a deux ou trois ans, lui qui ne s’était jamais remis en selle depuis l’enfance, essentiellement. Il est né, a grandi et habite toujours Rosemont. Un pur laine ! Je le cite presque au texte : « Depuis qu’ils ont mis des pistes cyclables partout, je me suis dit qu’il faudrait bien que je réessaye ça. Ma femme est morte il y a cinq ans. Je dépérissais et mon médecin me disait de faire de l’activité physique. Mais moi, le sport, à part jouer au hockey quand j’étais jeune… Mon voisin m’a prêté un becyk pour que j’essaye voir si j’étais encore capable. Ben, maudit ! J’ai aimé ça pis je m’en suis acheté un ! Mon premier becyk neuf à vie ! J’ai mis les petites poches [sacoches à vélo] et je fais des petites commissions ici et là. Je prends presque plus ma voiture. Là, je vieillis, je commence à reluquer les vélos électriques… Je pourrais aller plus loin pis traîner plus pesant de stock… »

Il y a quelques mois, François W. Croteau a annoncé ne pas se représenter à la mairie d’arrondissement aux élections de novembre prochain. Légitimement, après 12 ans consacrés à la chose publique, il choisit d’orienter sa route professionnelle vers d’autres horizons. Cette nouvelle m’a émue. À la fois attristée, déçue de son départ et reconnaissante au regard de tous ces acquis collectifs, je tiens aujourd’hui à saluer mon maire sortant ainsi que l’ensemble des équipes politiques et administratives, des cols blancs et cols bleus de l’arrondissement et des policiers du secteur, qui préservent et améliorent chacun à leur façon la qualité de notre tissu socio-urbain. M. Croteau, merci au nom de mon vieil ami cycliste de 82 ans, de mes concitoyens et de moi-même. En faisant confiance à l’intelligence et à la capacité d’adaptation de vos citoyens, vous avez fait de mon village nommé Rosemont un endroit où il fait bon vivre, chaque jour davantage.

1. Carl Honoré (2007). Éloge de la lenteur. Marabout.

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