Coyotes de l’Arizona

Une reconstruction sans Christian Dvorak

Généralement, les clubs n’échangent pas leur meilleur joueur de centre contre un choix au repêchage, surtout pas s’il est âgé de seulement 25 ans, qu’il est responsable défensivement, possède de bonnes mains et fait saliver le nouvel entraîneur-chef.

Les Coyotes de l’Arizona viennent pourtant de le faire, et ont permis à Marc Bergevin de combler des pertes importantes à cette position.

Si le directeur général Bill Armstrong avait opté pour une réinitialisation à son entrée en poste en septembre 2020, Dvorak serait encore avec les Coyotes. Il aurait conservé Dvorak, le défenseur Oliver Ekman-Larsson et son gardien numéro un de façon à rester compétitif, et intégré à la formation certains de ses meilleurs espoirs, comme le Canadien l’a fait ces dernières années en refusant d’échanger Carey Price, Shea Weber et compagnie malgré la phase de rajeunissement du club.

Mais Armstrong n’a pas eu ce luxe. Son prédécesseur, John Chayka, a laissé l’organisation dans un état lamentable. Non seulement il a échangé huit joueurs de l’organisation repêchés au premier tour entre 2010 et 2017, mais il a aussi sacrifié plusieurs choix de premier tour et des espoirs pour des raccourcis à court terme, parmi lesquels Taylor Hall, Phil Kessel et Derek Stepan.

Les Coyotes ont aussi été privés d’un choix de premier tour en 2021 et d’un choix de deuxième tour en 2020 parce que Chayka n’a pas respecté les règles de la LNH en matière de recrutement : les Coyotes ont tenu une séance d’essai privée pour des espoirs sans y avoir droit.

Armstrong, âgé de 51 ans, a accepté ce cadeau empoisonné après 15 années dans l’organisation des Blues de St. Louis à titre de recruteur, directeur du recrutement en 2010 après le départ de Jarmo Kekläläinen, puis adjoint au directeur général Doug Armstrong (aucun lien de parenté) en 2018.

En raison du bassin d’espoirs limité à son arrivée, privé de choix de premier tour pendant deux ans et avec des effectifs vieillissants, Armstrong a donc opté pour une reconstruction complète.

« Je me suis enfermé au bureau pendant deux semaines après avoir raté la chance d’être embauché en Floride et j’ai écrit mon plan pour les Coyotes », a-t-il déclaré à une balado de l’Arizona consacrée à l’équipe quelques jours après son embauche.

« Je suis toujours meilleur quand je suis fâché. La Floride m’a donné une belle chance d’obtenir l’emploi. Mais j’étais vraiment furieux de ne pas avoir été embauché. Les Coyotes m’ont appelé deux semaines plus tard. J’avais eu quelques semaines pour faire mes recherches. J’étais prêt pour l’entrevue… »

Des choix, encore des choix

Armstrong a fait le plein de choix depuis. Contre toute attente, il a repêché au neuvième rang du premier tour en 2021 (Dylan Guenther) avec le choix des Canucks de Vancouver obtenu pour Ekman-Larsson et Connor Garland. Guenther, centre droitier de 6 pi 2 po, a amassé 24 points en 12 matchs dans la Ligue junior de l’Ouest l’an dernier.

Le directeur général des Coyotes a aussi obtenu deux choix supplémentaires de deuxième tour en larguant Derek Stepan aux Sénateurs d’Ottawa et en libérant les Islanders de New York de l’affreux contrat d’Andrew Ladd.

Armstrong a profité de la vulnérabilité de certains clubs pour regarnir sa banque de choix en 2022. L’Avalanche du Colorado a perdu Philip Grubauer ? Il lui a offert son gardien numéro un, Darcy Kuemper, pour un choix de premier tour et le jeune défenseur Conor Timmins, 22 ans, un choix de début de deuxième tour en 2017.

Le Canadien se fait arracher Jesperi Kotkaniemi, après avoir vu Phillip Danault quitter l’organisation ? Dvorak est disponible pour un choix de première tour et un choix de deuxième tour en 2024…

Sans compter quatre choix de deuxième tour supplémentaires en 2022 dans les transactions de Ladd, Ekman-Larsson, Shayne Gostisbehere (une faveur aux Flyers de Philadelphie pour alléger leur masse salariale) et Adin Hill, un gardien cédé aux Sharks de San Jose.

« L’administration précédente avait vidé tous nos atouts et il fallait trouver un moyen d’obtenir des choix, a déclaré Armstrong aux médias après l’échange de Dvorak. Nous avons pu le faire cet été et ainsi solidifier notre organisation. Nous possédons désormais trois choix de premier tour et cinq choix de deuxième tour dans l’un des repêchages les plus riches des 10 dernières années. »

Revenons à la question initiale. Pourquoi échanger Dvorak, qui a pourtant seulement 25 ans ? En dégarnissant ainsi sa formation, Armstrong ne s’attend pas à être compétitif avant au moins quatre ans.

En juillet 2025, Dvorak aura 29 ans, 30 ans pendant la saison suivante, et il en sera à la dernière année de son contrat.

Bill Armstrong préfère donner la chance aux jeunes d’obtenir une place plus favorable dans la formation, sans les priver de temps de jeu à la suite d’erreurs, et en leur permettant de grandir ensemble.

Neuf attaquants de l’équipe obtiendront d’ailleurs l’autonomie complète en 2023, parmi lesquels Phil Kessel, Loui Eriksson, Antoine Roussel, Jay Beagle et Ryan Dzingel. Il faudra atteindre le plancher salarial, et Armstrong pourra profiter d’autres aubaines avec des clubs en manque d’espace sous la masse.

Repêché au cinquième rang au total en 2018, deux rangs après Kotkaniemi, le centre de 21 ans Barrett Hayton sera le plus grand bénéficiaire du départ de Dvorak.

« Jan Jenik ou Barrett Hayton pourraient obtenir un poste au camp d’entraînement, a ajouté Armstrong. Ça pourrait leur donner une motivation supplémentaire, sachant qu’ils auront l’occasion de jouer à une position plus favorable dans la formation. Ça pourrait rendre certains de nos jeunes plus affamés. »

Le nouvel entraîneur-chef André Tourigny aura un défi de taille. Les pièces maîtresses sont limitées à l’heure actuelle : Jakob Chychrun, Clayton Keller, entourés d’une bande de joueurs rejetés par les autres organisations.

Ça prendra une bonne dose de patience, et il n’y aura aucune garantie de succès à long terme (parlez-en aux Sabres de Buffalo), mais le plan est néanmoins exécuté à la perfection jusqu’ici.

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