Course à la direction du Parti conservateur

Erin O’Toole accusé de rester vague sur la question de l’avortement

OTTAWA — La course à la direction du Parti conservateur se corse au Québec. Quatre anciennes candidates du parti au plus récent scrutin qui appuient le meneur, Peter MacKay, accusent son principal rival, Erin O’Toole, de souffler le chaud et le froid sur la délicate question de l’avortement.

Ces candidates – Sylvie Boucher, Véronique Laprise, Natasha Tremblay et Sophie Veilleux – estiment que si M. O’Toole devient le prochain chef du parti, les troupes conservatrices se heurteront de nouveau à un mur au Québec aux prochaines élections, comme ce fut le cas en 2019, alors qu’Andrew Scheer a entretenu l’ambiguïté sur cette question durant une partie de la bataille électorale.

À l’exception de Sylvie Boucher, elles ont confirmé à La Presse qu’elles comptaient briguer à nouveau les suffrages au prochain scrutin, qui pourrait survenir à n’importe quel moment étant donné que Justin Trudeau dirige un gouvernement minoritaire. Toutefois, elles craignent de vivre le même cauchemar que lors de la plus récente campagne, qui s’annonçait prometteuse pour les conservateurs au Québec avant qu’elle ne déraille à cause des réponses floues de M. Scheer sur les questions morales.

Mais les partisans du candidat Erin O’Toole répliquent que ce dernier défend bec et ongles le droit des femmes de choisir, et accusent le camp de Peter MacKay de mener une campagne de « salissage » qui illustre le désespoir de l’ancien ministre de la Justice dans le gouvernement conservateur de Stephen Harper, alors que la course à la direction s’annonce plus serrée que prévu.

Ils affirment du même coup qu’Erin O’Toole a été sans équivoque sur cette question durant des entrevues qu’il a données à des médias régionaux au cours d’une récente tournée du Québec et qu’il défend avec la même ardeur les droits de la communauté LGBTQ. En outre, ils soulignent que la Campaign for Life Coalition a désavoué M. O’Toole à cause de ses positions sur l’avortement.

« Ces allégations sont fausses et ridicules. Le camp MacKay mène une campagne de salissage depuis un mois sur Facebook. »

— Alupa Clarke, président de la campagne d’Erin O’Toole au Québec

« De toute évidence, cela ne fonctionne pas et ils sont maintenant désespérés. C’est triste de voir des gens de la famille conservatrice s’adonner à cela », a poursuivi l’ancien député conservateur.

« Erin O’Toole est pro-choix. Il l’a toujours été. En tant que chef, il va défendre le droit des femmes de choisir. Il ne va jamais, jamais revenir sur cela. Par contre, il va toujours permettre le vote de conscience à la Chambre des communes. Cela fait partie de l’acte de fondation du Parti conservateur de 2004. Et dans notre système parlementaire, n’importe qui peut se lever pour déposer un projet de loi privé », a-t-il ajouté.

« On tombe dans la petite politique »

L’ancien maire de Trois-Rivières Yves Lévesque, qui était un candidat vedette des conservateurs au dernier scrutin et qui appuie M. O’Toole dans la course, s’est aussi porté à la défense de celui qui a été ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement Harper.

« Je trouve ça de valeur. Dans une course à la chefferie, on doit avoir un débat d’idées. Mais quand on est rendu à traiter un candidat de menteur, j’ai de la misère avec ça. Je l’ai dit aux gens de M. MacKay, d’ailleurs. Quand des adversaires ont recours à de telles tactiques, on tombe dans de la petite politique. Et moi, je n’embarque pas là-dedans. »

Mais les candidates conservatrices soulignent à grands traits des déclarations passées de M. O’Toole qui justifient leurs appréhensions.

Elles relèvent que ce dernier a déjà exprimé son malaise au sujet de l’avortement, même s’il appuie le droit des femmes de choisir.

« En tant que candidate aux dernières élections, je ne veux pas revivre ce que nous avons vécu. Ça n’a pas été une campagne agréable. On s’est fait poser de nombreuses questions sur l’avortement. On est en 2020 et on ne devrait pas se poser de telles questions encore aujourd’hui. Pour moi, être pro-choix en 2020, c’est essentiel. Andrew Scheer disait qu’il ne voulait pas rouvrir ce débat, mais il a été hésitant. Cela nous a tellement nui. Il faut se concentrer sur les vrais enjeux », a affirmé Sophie Veilleux, qui a été candidate conservatrice dans Papineau contre Justin Trudeau. Elle compte briguer les suffrages dans Salaberry—Suroît au prochain scrutin.

Véronique Laprise, qui a été candidate conservatrice dans Belœil—Chambly et a affronté le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a fait écho aux propos de Mme Veilleux.

« Je crois aux valeurs du Parti conservateur. Mais durant la campagne, les gens me disaient constamment aux portes qu’ils ne font pas confiance à un chef pro-vie. Les gens n’aimaient pas son ambiguïté sur cette question. Il n’était pas clair. Ç’a été intense et on n’a vraiment pas envie de revivre les mêmes choses. Il faut mettre cet enjeu derrière nous pour les prochaines élections. C’est pour cela que j’appuie Peter MacKay parce qu’Erin O’Toole tient aussi un double langage », a dit Mme Laprise, qui lorgne la circonscription de Beauport—Côte-de-Beaupré—Île d’Orléans—Charlevoix aux prochaines élections.

Pour sa part, Natasha Tremblay, qui était candidate dans la circonscription d’Avignon—La Mitis—Matane—Matapédia, a affirmé qu’il importait que le chef du pari partage les valeurs des Québécois. « Peter MacKay est très, très clair sur cette question. Il est pro-choix. Pour moi, c’est important. Ça démontre qu’il partage nos valeurs, car au Québec nous sommes une nation assez progressiste. »

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