Mon clin d’œil

« Pour désengorger les urgences, si on offrait un chèque aux gens pour qu’ils retournent chez eux. »

— Quelqu’un qui pense en dehors de la boîte

Mouvement du Vendredi fou

Entre les discours et la réalité

Dans cette période de pré-Vendredi fou, nous sommes confrontés à deux mouvements. D’un côté, une grande majorité d’entreprises tentant de nous appâter à coups de promotions et de promesses pour prendre part à la grande messe de la consommation. De l’autre, différentes voix, notamment des organisations engagées, nous invitant à ne pas tomber dans les pièges de ce rendez-vous annuel des aubaines qu’il ne faut pas rater et de se tenir debout face à ses tentations mercantiles.

Mon point ici est d’essayer d’amener un peu de nuance dans ce mouvement anti-Vendredi fou (Black Friday aux États-Unis et au Canada).

Certes, nous sommes une société de surconsommation. Dans le domaine des vêtements par exemple, selon la fondation Ellen Macarthur1, entre 2000 et 2015, la production a doublé alors que l’utilisation moyenne d’un produit a baissé de 40 %. Les appels à un changement de comportement et surtout à la baisse de notre consommation sont tout à fait légitimes et même visibles.

Maintenant, est-ce que les gens peuvent magasiner lors de ces évènements sans pour autant être stigmatisés ou montrés du doigt ?

Je parle surtout des personnes pour qui ces rendez-vous sont l’occasion de payer moins cher certains articles. Je vois d’ici certains se demander s’il y a vraiment de bonnes affaires dans ces journées comme le Vendredi fou ou les ventes d’après Noël. Oui, probablement. Avec la concurrence que se livrent les commerçants, les consommateurs peuvent trouver l’occasion de payer moins cher. Le mimétisme ambiant fait que les entreprises participent au mouvement de peur de perdre des clients, alors bonnes affaires il y a.

Avant tout réduire les inégalités

Mon argument ici est que la solution ne réside pas uniquement dans des discours invitant les gens à moins consommer, mais fondamentalement dans la réduction des inégalités entre les riches et les pauvres. Diverses études montrent clairement, avant la pandémie, une forme de clivage dans le commerce de détail où ce qui fonctionne, c’est d’un côté les marques de luxe ou celles se situant vers le haut de gamme et de l’autre ce que nous appelons les magasins de rabais fréquentés en majorité par des consommateurs avec peu de moyens. Plus encore, la crise de la COVID-19 a accentué ces inégalités sociales2. Pendant que de plus en plus de personnes voient leur pouvoir d’achat fondre, les ventes de biens de luxe connaissent cette année un bond de 22 %3.

Tant que notre système économique reste campé dans un capitalisme sauvage, les inégalités continueront de se creuser, amenant des impacts importants sur le genre de société dans laquelle nous vivrons.

Les magasins de rabais et les multinationales de produits jetables continueront à prospérer en exploitant la main-d’œuvre, souvent étrangère, pour offrir des prix bas pour une clientèle qui, souvent, ne peut pas se permettre d’aller ailleurs à cause de son faible revenu.

Les discours pour réduire notre empreinte écologique et participer à créer un monde meilleur pour nos enfants sont nécessaires. En revanche, ils ne trouveront pas forcément écho auprès d’une population prise entre l’arbre de la consommation effrénée, signe de réussite sociale et encouragée par divers médias tels que les réseaux sociaux, et l’écorce de revenus insuffisants.

En effet, selon les chiffres de 2019 de l’Institut de la statistique du Québec4, 42 % des Québécois gagnent moins de 30 000 $ par année alors que les écarts de revenus entre les riches et les pauvres au Québec sont les plus élevés au Canada5. Plus encore, au niveau du pays, les 10 % les plus riches détiennent 58 % de la richesse, et les 50 % les moins riches en possèdent seulement 6 %.

Ces écarts entraînent des conséquences importantes quant aux choix de consommation, mais également à plusieurs autres égards et notamment notre empreinte écologique totale comme société. Au-delà de certains discours à la fois légitimes et moralisateurs, posons-nous la question du genre de société dans laquelle nous voulons vivre et des moyens pour y parvenir.

3. Selon Imran Amed, fondateur et PDG du site The Business of Fashion

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