Carte postale

Regarder l’Avalanche en passant par l’Inde

Denver — Imaginez qu’un bon jour, Vidéotron cesse d’offrir RDS dans son réseau de câblodistribution, ou que Bell rende impossible l’abonnement à TVA Sports.

En fait, on a craint en arriver là en 2019 quand Québecor a brouillé le signal de TVA Sports aux abonnés de Bell, mais tout est rentré dans l’ordre. Mais à Denver, c’est bel et bien une réalité.

C’est que le diffuseur officiel de l’équipe, Altitude Sports, ne s’entend pas avec Comcast et Dish Network, deux des principaux câblodistributeurs aux États-Unis. Conséquence : la chaîne n’est pas offerte aux abonnés de ces deux services, qui ne peuvent donc pas regarder les matchs de leur équipe sans user de moyens illicites.

À la sortie du Ball Arena, après le match de mercredi, on en jase avec trois partisans que l’on craignait éméchés, mais qui étaient finalement droits comme un Shane (excusez-la). On évoque le sujet que l’un d’eux nous interrompt. « Pars-moi pas là-dessus ! »

Au fil de la discussion, on comprend que l’opinion majoritaire des partisans est une frustration à l’égard d’une chicane de milliardaires. Il appert qu’Altitude est détenue par Stan Kroenke, propriétaire de l’Avalanche, qui possède également les Nuggets (NBA), les Rapids du Colorado (MLS), Arsenal FC (EPL), de même que les Rams de Los Angeles (NFL), qu’il a déménagés de St. Louis.

Si jamais il craint que son prochain paiement d’assurances rebondisse, il peut toujours emprunter des sous à sa femme, Ann Walton. Walton comme dans Walmart. Comprendre par là qu’on ne mange pas souvent du baloney chez les Kroenke-Walton.

On en glisse un mot à notre serveur chez Station 26, une sympathique microbrasserie du quartier Northeast Park Hill.

Pendant le premier match de la finale, « tous les gens assis au bar portaient un chandail de l’Avalanche », dit-il fièrement. Son bar n’a rien de sportif ; il y a bien deux téléviseurs, mais c’est une classique microbrasserie, qui ferme à 23 h, qui a tout le nécessaire pour les gens qui amènent Toutou, qui offre même de la crème solaire à l’entrée pour ceux qui se font rôtir sur la terrasse. Bref, pas le genre de place où le proprio va investir des milliers de dollars pour s’abonner à tous les réseaux sportifs.

En séries, il peut présenter les matchs, puisqu’ils sont diffusés par les grands réseaux nationaux. Mais en saison, pas moyen d’y regarder l’Avalanche. Chez lui non plus, car il n’a pas accès à Altitude. Sa solution ?

« Comme tout bon habitant de Denver, je regarde ça au moyen d’une connexion VPN qui passe par l’Inde ! »

— Herménégilde*

Selon une estimation citée par The Athletic en novembre dernier, Comcast et Dish possèdent environ 55 % du marché de la câblodistribution à Denver. Ça fait donc beaucoup d’amateurs de hockey potentiels qui ne peuvent pas regarder les matchs, tant et si bien que la question a rebondi au point de presse de Gary Bettman mercredi.

« C’est une situation malheureuse, a dit le commissaire de la LNH. Les partisans devraient exprimer leur mécontentement à ceux à qui ils font des chèques tous les mois. »

Avec deux des joueurs les plus spectaculaires de la LNH en Cale Makar et Nathan MacKinnon qui jouent au Colorado, on peut comprendre Bettman de taper du pied.

* Prénom fictif

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