Ajuster sa stratégie fiscale à ses gains boursiers

Lorsque Haman Mamdouhi a réalisé un gain de 2500 $ grâce à un investissement de 5000 $ dans les bitcoins, le mois dernier, les implications fiscales de ses actions ne lui semblaient pas très importantes.

« La fiscalité est probablement la dernière chose qui préoccupe quiconque », a noté M. Mamdouhi, qui est au début de la vingtaine et a commencé à investir avec désinvolture au secondaire.

« La première chose qui vient en tête est : “Oh, est-ce que le bitcoin est quelque chose dans quoi je devrais simplement investir. Qu’est-ce qui se passe avec ça ?” »

Cependant, l’entrepreneur torontois estime que les nouveaux investisseurs devraient examiner attentivement ce qu’ils devront payer en impôts et comment ils peuvent déduire leurs dépenses pour maximiser l’argent qu’ils conservent.

Avec une récente flambée de la valeur du bitcoin et des bénéfices massifs pour certains spéculateurs résultant de la hausse rapide (et de la baisse ultérieure) des actions de GameStop, les fiscalistes indiquent qu’il existe de multiples façons pour les nouveaux boursicoteurs de déclarer leurs revenus et d’inscrire comme dépenses les coûts associés.

Dans le cas de M. Mamdouhi, il a noté qu’il pouvait inscrire comme dépenses les paiements d’intérêts associés à une ligne de crédit qu’il a ouverte pour investir davantage dans les bitcoins. Il précise que le Québec permet également aux personnes qui « minent » des bitcoins de déclarer le matériel informatique nécessaire pour leurs activités, ce qui peut coûter environ 20 000 $.

Lisa Gittens, experte en fiscalité chez H&R Block, explique que la première étape dans la déclaration de revenus pour les nouveaux spéculateurs consiste à déterminer s’ils investissent à long terme ou s’ils achètent et vendent leurs actions en quelques jours.

Les investissements à long terme qui visent plusieurs mois ou plusieurs années sont généralement traités comme des gains en capital, ce qui signifie que seuls 50 % des bénéfices d’une personne seront imposés.

Mais si une personne achète et vend des actions dans un court laps de temps, comme dans le cas de ceux qui ont bénéficié de la hausse spectaculaire de GameStop à plus de 460 $ US par action en quelques semaines, les bénéfices seraient généralement considérés comme un revenu d’entreprise, et 100 % des profits iraient à la tranche d’imposition sur le revenu des particuliers.

Cela signifie qu’en Ontario, un investisseur pourrait s’attendre à rembourser au moins 20 % de ses bénéfices en impôts s’il se trouvait dans la tranche d’imposition la plus basse.

Mais Mme Gittens souligne qu’il pourrait y avoir des exceptions pour ceux dont il s’agit de la première expérience en spéculation sur séance.

« S’il s’agit d’une première expérience, seulement pour essayer ce genre d’investissements, et qu’on reçoit un feuillet pour les impôts par la poste, il faudrait le déclarer comme […] un revenu d’investissement », explique Mme Gittens.

« Mais ceux qui regardent ça et aiment ça, et continuent à [négocier des actions], devront le déclarer comme un revenu d’entreprise. »

Pour les personnes qui cherchent à faire de la spéculation sur séance une source de revenus, Mme Gittens explique que l’indicatif de taxe donne aux Canadiens la possibilité de mettre leur revenu à l’abri dans un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou un compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Mais l’Agence du revenu du Canada peut refuser cet abri aux profits dans l’un ou l’autre type de compte, tout dépendant de l’intensité de l’activité commerciale.

Déclarer les dépenses pour réduire l’impôt

Les spéculateurs sur séance disposent également de plusieurs options pour déclarer les dépenses liées à leur travail.

Mme Gittens indique que les gens peuvent déduire le coût des frais de négociation, des frais de gestion payés aux courtiers en valeurs mobilières ou des frais liés aux cours et à l’inscription auprès des commissions provinciales des valeurs mobilières.

« C’est merveilleux de savoir comment déclarer les revenus, mais il faut profiter du système fiscal qui permet des déductions et des crédits avant de déterminer sa responsabilité. Il faut réclamer les déductions et les crédits auxquels on a droit, afin de pouvoir réduire l’impôt qui est dû sur tout type d’investissement. »

– Lisa Gittens, experte en fiscalité chez H&R Block

Mme Gittens souligne qu’il incombe aux courtiers et aux investisseurs de suivre leurs investissements ainsi que les profits et les pertes de chaque transaction qu’ils effectuent. Elle suggère de conserver une feuille de calcul ou d’utiliser une application pour suivre les transactions.

Dans le monde compliqué et parfois informel du bitcoin et d’autres cryptomonnaies, cela se révèle déjà un casse-tête pour M. Mamdouhi.

« Étant donné que chaque transaction est un évènement imposable et qu’on peut effectuer plusieurs transactions entre [cryptomonnaies] tout au long de la journée, il devient presque impossible de même être en mesure de faire ses impôts correctement », a affirmé M. Mamdouhi.

« Déjà, j’ai au moins trois jours de retard. »

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