Québec

Un cycliste au volant des transports

Québec — La capitale a la réputation de n’être qu’une « ville de chars », une étiquette qui embête le nouveau responsable du dossier des transports à l’hôtel de ville de Québec, lui-même un cycliste qui ne possède pas de voiture.

« Il ne faut plus que ce soit une place seulement pour l’auto », lance Pierre-Luc Lachance, fraîchement nommé vice-président du comité exécutif, lors d’une rencontre avec La Presse.

« Il faut qu’on pense les rues en fonction des déplacements actifs, parce que c’est ça qu’on veut privilégier. »

L’homme de 40 ans est un cycliste assidu. Mais le matin de notre entrevue, il s’était rendu à l’hôtel de ville en autobus. Il est aussi membre de Communauto et emprunte à l’occasion l’auto de sa blonde.

Il gère ses déplacements au gré de ce que les experts appellent le « cocktail transport ». Et il n’est pas le seul : selon ses calculs, trois autres membres du nouveau comité exécutif ne possèdent pas de voiture.

Cette réalité peut paraître surprenante à Québec. Mais M. Lachance précise qu’elle cadre bien avec les promesses de Québec forte et fière (QFF) en matière de mobilité.

Bruno Marchand a répété durant la campagne ne pas vouloir culpabiliser les automobilistes, mais plutôt leur offrir des solutions de rechange à la voiture.

Le nouveau maire veut par exemple mettre en place une sorte de plateforme de la mobilité, avec toutes les options au bout du doigt, de l’autobus au vélopartage en passant par le futur tramway et l’autopartage.

« Le transport, ce n’est pas qu’un mode, c’est l’interconnexion d’un ensemble de modes », avance M. Lachance, qui vient d’être nommé responsable des dossiers du transport, de la mobilité et de la circulation.

Un ancien d’Équipe Labeaume

Pierre-Luc Lachance a surpris bien des observateurs en annonçant en avril dernier qu’il quittait Équipe Labeaume. Un mois plus tard, le conseiller du district Saint-Roch–Saint-Sauveur rejoignait Bruno Marchand.

Ce « geek assumé », qui a été directeur général de Québec numérique avant son saut en politique, a été élu pour la première fois aux élections de 2017. Mais il explique avoir été déçu de l’administration Labeaume.

« Mes trois valeurs fondamentales sont l’authenticité, la collaboration, la créativité. [...] M. Labeaume, je l’ai rejoint car c’est un visionnaire, un gars de projets. Mais ces valeurs-là n’étaient pas rejointes. C’est là que j’ai décidé de devenir indépendant. »

— Pierre-Luc Lachance, vice-président du comité exécutif de la Ville de Québec

En faisant le saut à QFF, Pierre-Luc Lachance est devenu au printemps dernier son premier et unique conseiller. Puis, aux élections du 7 novembre, il s’est fait réélire dans Saint-Roch en battant le candidat d’Équipe Marie-Josée Savard, qui était nul autre que l’ancien attaché de presse de Régis Labeaume, Paul-Christian Nolin.

Ce pari a été bien récompensé après les élections. Bruno Marchand a fait de Pierre-Luc Lachance un élu important de son administration en le nommant vice-président du comité exécutif.

Des promesses à la pelle

Les attentes sont élevées parmi les piétons et les cyclistes de Québec. Ceux-ci déplorent depuis des années, au gré des consultations publiques, les mauvais aménagements de la Ville qui font stagner les transports actifs.

La nouvelle administration a promis de s’attaquer à ces lacunes. M. Marchand s’était engagé à plus que doubler les pistes cyclables déneigées en hiver, à augmenter la sécurité près des écoles, à réduire la vitesse dans de nombreuses rues, à retirer les poteaux des trottoirs au centre-ville, à multiplier les saillies, à allonger le temps de traversée des piétons…

L’administration Marchand entend aussi créer un réseau de rues partagées. Ces rues, qui existent déjà en petit nombre à Québec, s’inspirent des « woonerfs » néerlandais : les piétons et les cyclistes ont la priorité et les voitures ne peuvent dépasser 20 km/h.

« Quand on va faire des réfections de rues, on va penser à faire un réseau qui va prioriser le piéton, le cycliste », dit M. Lachance, qui veut aussi qu’elles soient déneigées en priorité l’hiver.

Le but de toutes ces mesures, explique-t-il, est de permettre aux familles de se passer d’une de leurs deux voitures, ou de se passer de voiture tout simplement.

Québec compte 1,31 véhicule par ménage. C’est beaucoup moins que les 1,65 véhicule par ménage à Lévis, mais tout de même plus que dans l’île de Montréal (1,01 véhicule par ménage).

« Si on réussit à faire baisser ce chiffre-là parce qu’on a une meilleure offre de transports en commun, que les gens sont à l’aise de prendre le vélo parce que les installations sont conçues intelligemment… Alors là, on vient de mettre de l’argent dans les poches des citoyens, dit Pierre-Luc Lachance. On vient de diminuer notre empreinte carbone. C’est une situation gagnant-gagnant. »

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