Joliesse pop

Buzzy Lee… on peut dire que c’est un formidable et enivrant nom d’artiste. C’est celui de Sasha Spielberg, dont le nom de famille cache difficilement le fait qu’elle est la fille du célèbre réalisateur Steven Spielberg et de Kate Capshaw (qui était en vedette dans Indiana Jones and the Temple of Doom).

Buzzy Lee, 30 ans, sort un premier album intitulé Spoiled Love, qui fait suite au mini-album Facepaint et qui porte le fer de deux ruptures amoureuses. Nous adorons le ton de ses chansons, qu’elles soient pianistiques ou électros. C’est doux et plutôt intime, même mélancolique par moments, mais une tension mélodique accrocheuse est toujours au rendez-vous. Vous serez séduit par la synthpop nocturne de l’extrait High on You. Par les harmonies vocales de la pièce-titre. Par le minimalisme à fleur de peau de Rules ou encore par les reliefs R&B de What Has a Man Done.

Il faut souligner la finesse de Nicolas Jaar à la réalisation. Spoiled Love s’avère un album pop passe-partout qui s’écoute bien dans à peu près tous les contextes : en marchant, à l’apéro et même en famille. De quoi plaire aux publics tant de Jezzy Lanza, d’Helena Deland que de Kate Bush.

Une charmante découverte.

POP ALTERNATIVE

Spoiled Love

Buzzy Lee

Future Classic

Quatre étoiles

Un grand cru de Bourgogne signé SMAM

La quasi-totalité des œuvres classiques entendues au concert et sur disque ont été écrites après 1650. Mais le génie musical n’a pas attendu le XVIIe siècle pour éclore. Guillaume de Machaut, Josquin des Prés, Johannes Ockeghem ne sont pas moins intéressants que Haendel, Chopin ou Tchaïkovski.

C’est probablement le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM), fondé en 1974, qui est le plus investi dans le répertoire de la Renaissance au Québec. Son dernier disque chez Atma, L’Homme armé, propose quelques morceaux choisis parmi les œuvres des principaux maîtres des premières générations de l’école franco-flamande.

Celle-ci s’est développée en Bourgogne à partir des dernières décennies de la guerre de Cent Ans, conjoncture qui a permis la rencontre entre influences française, anglaise et flamande sous le patronage de princes férus de musique.

Il s’agit du deuxième disque réalisé par le SMAM sous la direction d’Andrew McAnerney, ancien membre des légendaires Tallis Scholars qui a succédé au chef fondateur, Christopher Jackson, en 2015.

Enregistré en septembre dernier avec les précautions sanitaires d’usage, l’album compte 13 morceaux écrits grosso modo entre 1430 et le début du XVIe siècle, dont plusieurs citent la célèbre mélodie profane L’Homme armé. La prise de son, mêlant l’acoustique généreuse de la chapelle du Grand-Séminaire-de-Montréal et une chaleureuse proximité, donne une plus-value certaine à l’enregistrement.

Sans tomber dans les clichés, on pourrait dire que le résultat a tant un côté britannique, avec la précision du rendu et la pureté irréprochable de l’intonation, qu’un côté latin, avec la rondeur des voix (14 chanteurs hommes et femmes), plus nourries que ces chœurs anglais au son pur, mais parfois un peu plat. On entend chanter des êtres de chair, et non des anges inaccessibles.

La direction à la fois érudite et sensible d’Andrew McAnerney, toute en contrastes et en souplesse, met bien en lumière chacun des aspects de ces partitions de musique sacrée d’une richesse inouïe. L’idée de faire doubler certaines lignes – notamment les citations de L’Homme armé – par la saqueboute, sorte d’ancêtre du trombone, donne à l’ensemble une majesté certaine.

Musique ancienne

L’Homme armé – La Cour de Bourgogne et la musique

Studio de musique ancienne de Montréal et Andrew McAnerney

Atma Classique

Quatre étoiles et demie

Fruit mûr

C’est le troisième album de Pierre-Hervé Goulet, mais pour nous, on l’avoue, c’est plutôt une belle découverte que ce Jeu des lumières, qui vient avec l’agréable impression de cueillir un artiste déjà mûr. Il en a fait du chemin, l’auteur-compositeur-interprète originaire de Beauce, depuis les demi-finales de Star Académie en 2008 et qui, une décennie plus tard, a remporté six prix au Festival en chanson de Petite-Vallée, en plus de se retrouver en lice pour le prix Félix-Leclerc.

On constate en effet une excellente maîtrise du métier de faiseur de chansons dans ces 12 pièces, dont le mouvement sous-jacent est constant et nous entraîne dans une sorte de voyage intérieur. L’ambiance est à la quête et au road trip existentiel, le groove nous propulse vers l’avant et plusieurs refrains sont irrésistibles – Bonnie, Balayer, Si le vent, La maison, On en est où –, alors que chaque chanson a son habillage propre : lignes de basse obsédantes de Jean-François Lemieux ici, guitare ambiante d’André Papanicolaou là, quelques touches de pedal steel de Rick Haworth, enrobages de clavier de Nathan Vanheuverzwijn, présence du quatuor à cordes Esca, qui donne du souffle et de l’envergure à quelques morceaux, le tout gardant son unité et sa cohérence d’un bout à l’autre grâce à la réalisation de Marc Chartrain.

Bref, il est bien entouré, Pierre-Hervé Goulet, qui, par son timbre de voix, pourrait rappeler un Vincent Vallières en plus pop. La plupart des chansons sont à la hauteur du soin qui y est mis, et il est évident qu’on aura envie d’écouter cet album lors de notre prochain long voyage en voiture, un jour, lorsque la zone rouge ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Pop

Le jeu des lumières

Pierre-Hervé Goulet

L-A be

Trois étoiles et demie

Mieux que le film, moins bien que le reste

Répétitive et souvent cliché, la bande sonore du film Music, de la chanteuse Sia, ne pourra probablement pas sauver les meubles, après le tollé que le long métrage a provoqué. Mais parce que la musique de film et le style de l’auteure-compositrice-interprète australienne font plutôt bon ménage, que quelques pièces se démarquent, l’album devrait tout de même être plus apprécié que son film, unanimement abhorré.

Vous trouverez difficilement une critique positive du film Music, premier (et peut-être dernier) film réalisé par Sia. Mettant en vedette sa muse Maddie Ziegler, dans le rôle d’une jeune fille autiste, on lui a reproché de ne pas avoir plutôt fait appel à une comédienne réellement atteinte d’autisme. Sia assurait avoir fait ses recherches, mais on a tôt fait de lui indiquer que certaines scènes perpétuaient des clichés et qu’elle montrait même une méthode de contention dangereuse.

Mais oublions un instant la controverse, mettons de côté notre opinion sur la légitimité de la démarche de la chanteuse dans cette production, qui a malgré tout récolté deux sélections aux Golden Globes. Concentrons-nous sur la musique.

Truffé de « tu peux le faire », de « je suis là pour toi », de « tu dois t’aimer comme je t’aime », l’album Music est par moments d’une lourdeur indicible. Le message est beau, important, certes, mais répété dans une chanson sur deux pendant 50 minutes, il devient lassant. Les textes qui se détachent de ce message d’espoir redondant sont plus digestes.

On est dans la musique de film (les acteurs interprètent certaines chansons dans les scènes musicales), et les thèmes nous y ramènent constamment, mais il s’agit aussi, tout simplement, d’un album de Sia. En tout, 4 des 14 pièces sont inspirées du film sans avoir été écrites pour se coller à l’œuvre cinématographique. La pop de l’Australienne est en fin de compte ce qui sauve le disque. Les refrains sont souvent entraînants. Save my Life, coécrite avec Dua Lipa et Greg Kurstin (son complice de longue date), par exemple, est une bonne chanson, qu’on pourrait très bien entendre à la radio. Tout comme 1+1, Eye to Eye ou Miracle.

La voix de Sia, toujours magnifique, est ce qu’on retient de mieux de l’ensemble des chansons. Et même les paroles, bien que sirupeuses par moments, font foi du talent d’auteure qu’on lui connaît depuis ses débuts. Bref, sans être du niveau de ce que l’artiste a proposé par le passé, Music, l’album, a le potentiel d’être mieux reçu que Music, le film.

Revenons maintenant à la controverse. Car, malheureusement pour lui, le disque vit parce que le film existe. Et il sera donc difficile de demander au public de les dissocier. Faire la promotion de l’album, alors que le long métrage a été si vivement critiqué, doit s’avérer bien difficile. « Vous pouvez désormais écouter la musique inspirée du film à succès », aurait-on pu faire valoir… si le film avait obtenu un quelconque succès.

Il reste maintenant à voir comment Sia se relèvera après ce flop. À l’écoute de ce neuvième album imparfait, mais accrocheur, on comprend que c’est la musique, où elle excelle la plupart du temps, qui pourra la racheter.

Bande sonore

Music – Songs from and Inspired by the Motion Picture

Sia

Atlantic

Deux étoiles et demie

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.