Sécurité autour des écoles

« Des promesses, ça ne protège pas nos enfants »

Choqués par la hausse des décès de piétons qui n’épargnent pas les zones scolaires du Québec, parents et élus ont manifesté mardi devant plus de 25 écoles de la province afin de demander un rehaussement de la sécurisation des déplacements actifs autour des écoles, où, disent-ils, la fluidité du transport motorisé a toujours préséance sur la sécurité des enfants.

« On nous dit qu’il y a des annonces qui s’en viennent, mais des annonces et des promesses, ça ne protège pas la vie de nos enfants », a dit Kassandre Chéry Théodat, présidente du conseil d’établissement de l’école La Visitation, où une brigadière a été violemment heurtée par une automobiliste au début de janvier.

Mme Chéry a dit être venue manifester pour que des changements aient lieu dès maintenant.

« Autour de l’école, les automobilistes pensent qu’ils sont les rois de la route. Ils ne respectent rien, et ce sont nos enfants et nous qui devons vivre avec cette hausse du danger. Ça doit changer dès aujourd’hui. »

Haroun Bouazzi, député provincial de la circonscription de Maurice-Richard, était présent à la manifestation et a noté que « moins il y a de voitures, moins il y a de risques de collision » autour des écoles.

« Alors quand on entend que la [Société de transport de Montréal] dit qu’elle va diminuer ses services aux heures de pointe, on a du mal à comprendre comment le gouvernement du Québec ne pense pas qu’il est de sa responsabilité en 2023 d’investir et, au minimum, de permettre à la Ville de Montréal de garder le service », a-t-il fait valoir.

Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, était quant à elle de la manifestation devant l’école primaire Jean-Baptiste-Meilleur, celle que fréquentait la jeune Mariia Legenkovska, renversée mortellement par un conducteur en zone scolaire le mois dernier.

Plusieurs autres élus de Québec solidaire, dont Gabriel Nadeau-Dubois et Vincent Marissal, prenaient aussi part à la mobilisation.

Des rassemblements devant les écoles avaient aussi lieu en Outaouais, à Québec et à Sherbrooke, notamment.

Amendes doublées en 2019

Au cabinet de Geneviève Guilbault, ministre des Transports et de la Mobilité durable, on dit prendre le dossier au sérieux.

« On comprend les parents qui ont marché [mardi matin], a fait savoir l’attaché de presse Louis-Julien Dufresne. Les accidents impliquant des piétons nous attristent profondément. Chaque accident est un accident de trop. »

Il note que le gouvernement a doublé les amendes pour la vitesse dans les zones scolaires en 2019. « Notre gouvernement a investi 55 millions pour soutenir nos municipalités qui souhaitent sécuriser des passages cyclables ou piétonniers, notamment ceux à proximité des écoles. On a également investi 50 millions avec la [Société de l’assurance automobile du Québec] pour des campagnes de sensibilisation et de prévention routière pour faire comprendre aux citoyens les impacts de leur conduite. On continuera, avec les municipalités, de tout faire ce qui est en notre pouvoir pour éviter des accidents et sauver des vies. »

Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de Piétons Québec, a dit que l’insatisfaction des citoyens et des familles a atteint un point culminant.

« Les gens se mobilisent pour dire que ça suffit, l’insécurité aux abords des écoles. Ils ne veulent plus accepter que les décès et blessures graves fassent partie des règles du jeu. Il faut que les acteurs cessent de se renvoyer la balle et c’est pour ça qu’on demande une stratégie gouvernementale de sécurité routière. »

— Sandrine Cabana-Degani

Piétons Québec a pu récemment rencontrer le cabinet de Mme Guilbault. « On a senti une ouverture et une écoute, et on attend une date pour une rencontre avec la ministre », a dit Mme Cabana-Degani.

Selon le chef du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, on ne peut pas se contenter de dire que les règles en matière de sécurité routière sont connues.

« Il faut faire des campagnes de sensibilisation. […] Il faut davantage sensibiliser les gens qui sont sur la route [au fait] qu’ils vont entrer dans une zone scolaire. Et c’est tolérance zéro pour les contrevenants », a-t-il dit lors d’une mêlée de presse à Lac-Beauport, au nord de Québec, où l’opposition officielle tient ces jours-ci son caucus présessionnel.

Aménagements déficients

Devant l’école La Visitation, plusieurs parents en avaient long à dire sur l’insécurité qu’ils vivent le matin et l’après-midi, quand les déplacements des enfants ont lieu dans des aménagements routiers qui favorisent la vitesse excessive des automobilistes.

« Il n’y a pas de dos d’âne autour de l’école, alors on voit de la vitesse, a souligné un parent qui a dit s’appeler Didier. Les policiers, à part ce matin, on ne les voit jamais, mais des comportements dangereux des automobilistes près des enfants, on en voit littéralement tous les jours. »

Annie Lamalice, une mère de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, a quant à elle dénoncé le manque d’infrastructures cyclables dans son quartier résidentiel bondé de familles avec de jeunes enfants.

« À vélo et à pied, on se fait frôler par les automobilistes. Ce n’est pas confortable. Ça n’encourage pas les gens à faire des déplacements actifs, même si on sait que c’est de cette façon qu’on va réduire la congestion routière et la dépendance à l’automobile. »

— Annie Lamalice, mère de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville

Mme Lamalice dit que l’avenue Papineau, près de l’école, est « une vraie autoroute » qui met l’accent sur le transit en véhicule motorisé et où les mesures d’apaisement de la circulation sont inexistantes. On ne retrouve pas de piste cyclable dans l’avenue Papineau, de sorte que les voies très larges incitent les automobilistes à la vitesse, a-t-elle noté.

« Les enfants du quartier méritent mieux », a-t-elle dit.

— Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse

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