politique

Première rencontre entre François Legault et Valérie Plante, depuis sa réélection

Armes à feu

Legault et Plante veulent un « grand coup » contre la violence

À l’aube du discours du Trône, le premier ministre du Québec, François Legault, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ont promis lundi de donner un « grand coup » contre la violence armée, en accentuant encore davantage la pression sur le gouvernement Trudeau pour mieux contrôler la circulation des armes à la frontière et interdire les armes de poing.

« C’est une violence inacceptable qu’on ne veut plus voir à Montréal. On va donner un grand coup dans les prochains mois », a martelé M. Legault lors d’un point de presse tenu au Château Dufresne en après-midi, après sa première rencontre avec la cheffe de Projet Montréal depuis sa réélection, le 7 novembre dernier.

M. Legault s’est dit très inquiet par la mort d’adolescents, en faisant référence à Thomas Trudel et Jannai Dopwell-Bailey, notamment. « Il n’y a pas de double standard. Mon message, c’était d’abord à propos des armes à feu, qu’on veut bannir », s’est aussi de nouveau défendu M. Legault, en réponse aux proches de Jannai Dopwell-Bailey qui déplorent que la mort de Thomas Trudel attire davantage son attention. « La violence par armes ou avec un couteau, c’est tout autant inacceptable », a-t-il insisté en anglais à ce sujet.

« Ce n’est pas le Montréal qu’on aime. […] On ne veut pas tout pelleter ailleurs non plus, on a aussi des responsabilités, mais il y a aussi des responsabilités qui reviennent à Ottawa. »

— François Legault, premier ministre

M. Legault a de nouveau demandé au gouvernement Trudeau de « mieux contrôler l’entrée des armes » aux frontières et de « négocier » pour interdire les armes de poing sur le territoire.

Pas de frontières

À son côté, la mairesse Valérie Plante a de nouveau martelé que le trafic des armes et la hausse des fusillades « ne se limitent pas à Montréal ». « Ça n’a pas de frontières ; de là pour nous l’absurdité que l’interdiction des armes de poing soit confiée aux municipalités. Je comprends que c’est une question sensible, mais gouverner, c’est choisir aussi », a-t-elle lancé.

« On a un problème aux frontières, mais aussi un problème d’armes en pièces détachées. Il faut créer des conditions favorables pour que nos populations se sentent en sécurité et se dirigent vers des voies plus intéressantes. »

— Valérie Plante, mairesse de Montréal

Selon les chiffres de la Ville, plus de 500 armes ont déjà été retirées des rues de la métropole depuis janvier par les forces de l’ordre. Montréal compte augmenter ce bilan, en soutenant le « travail de prévention » des organismes communautaires dans les quartiers.

Plus tôt, vendredi dernier, le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, avait défendu le Code criminel, affirmant que celui-ci est « très fort ». Il avait du même coup promis d’agir pour « renforcer les lois et les ressources frontalières » sur le contrôle des armes à feu, dans la foulée du meurtre du jeune Thomas Trudel dans Saint-Michel.

« C’est une impression fausse. On a fait plus que n’importe quel gouvernement dans l’histoire canadienne pour les armes à feu », avait-il laissé entendre en marge d’un point de presse vendredi à Laval, rejetant ainsi les attaques des autres ordres de gouvernement.

Dans les derniers jours, Québec et Montréal avaient déjà tous deux pressé Ottawa d’en faire plus pour contrôler la circulation des armes à feu. « Il faut que le fédéral call la shot. On est d’avis qu’il faut aller plus loin dans l’interdiction et ne pas déléguer les responsabilités », avait notamment soutenu la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

14 suspects, 15 armes à feu

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé lundi avoir épinglé pas moins de 14 suspects et saisi une quinzaine d’armes à feu « au cours des derniers jours », et ce, dans plusieurs secteurs de la métropole. Cinq opérations distinctes se sont tenues en quatre jours, la semaine dernière.

Dans une déclaration aux médias lundi, l’inspecteur David Shane, porte-parole du SPVM, a rappelé que la « lutte contre la violence par armes à feu à Montréal n’est pas seulement l’affaire de [ses] équipes spécialisées en matière d’armes à feu, mais un effort collectif de l’ensemble de [ses] forces policières », soulignant au passage l’« importance de la collaboration de la population » dans ces arrestations et saisies d’armes.

Toute personne détenant des informations pertinentes pouvant aider les enquêteurs peut joindre son poste de quartier ou le 911, en tout temps. Le centre anonyme et confidentiel d’Info-Crime Montréal peut aussi être joint au 514 393-1133 ou en ligne, au infocrimemontreal.ca.

REM de l’Est

« On doit en faire plus pour le rendre plus acceptable »

Québec n’exclut pas de hausser le financement

François Legault n’exclut pas d’augmenter le financement de son gouvernement pour rendre le projet du REM de l’Est plus « acceptable », reconnaissant que des ajustements devront être faits. Il souhaite un « projet commun » avec l’administration Plante et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

« À ce moment-ci, on n’exclut rien. On parle d’un coût d’environ 10 milliards. Si jamais il fallait tout enfouir, ça serait 20 milliards et ce ne serait pas acceptable. Mais est-ce qu’on est capables de trouver des compromis ? Tous les deux, nous sommes d’accord pour dire qu’il y a des bouts du tracé qui peuvent rester en hauteur », a expliqué M. Legault lors d’une conférence de presse lundi, aux côtés de la mairesse Valérie Plante, qu’il rencontrait durant la journée.

Selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), l’essentiel dans ce dossier sera de « travailler un projet qui fasse l’affaire et du gouvernement, et de la Ville, et de la Caisse de dépôt ».

« On doit en faire beaucoup plus pour rendre le REM de l’Est plus acceptable », a affirmé M. Legault.

« Il y a des ajustements à faire. Le comité présidé par Maud Cohen va faire des propositions. Mais moi, ce que je veux est que la prochaine fois qu’on présente le projet, ce soit un projet commun, à trois. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Québec a mis en place le printemps dernier un « comité d’experts » dirigé par Mme Cohen, qui cherche les moyens d’assurer une bonne intégration urbaine et architecturale du projet. Aucune image n’a encore été diffusée à ce jour.

Valérie Plante s’est dite « très heureuse » d’entendre le premier ministre « réitérer l’importance que les trois équipes travaillent ensemble ». « Le REM de l’Est, c’est majeur pour Montréal. C’est un projet auquel on tient énormément. C’est un outil de développement du territoire incroyable, donc c’est vraiment important d’y mettre toute l’énergie possible », a-t-elle déclaré.

Le tracé aérien choisi pour la majeure partie du REM de l’Est continue de soulever des vagues. Une centaine de citoyens ont manifesté samedi contre les structures en hauteur. « Je vous ai entendus et je comprends qu’il y a des améliorations à apporter. Ce projet-là doit être modifié », leur a directement répondu François Legault lundi. Ces citoyens craignent les impacts visuels ainsi que le bruit qui sera généré par le passage des trains toutes les deux minutes.

Des citoyens ont aussi déposé une pétition à l’Assemblée nationale pour s’opposer au projet dans sa forme actuelle.

Des projets similaires... enfouis

Ailleurs dans le monde, la construction de réseaux de transport surélevés en milieu urbain a causé de nombreux débats ces dernières années. En France, par exemple, les autorités ont décidé d’enfouir 90 % du Grand Paris Express, un mégaprojet qui prévoit 200 kilomètres de métros entre les banlieues de la capitale.

L’un des dirigeants du chantier a indiqué à La Presse que l’érection de tronçons aériens dans des quartiers résidentiels n’était « plus dans l’air du temps » et « ne passerait plus aujourd’hui ».

À Copenhague, au Danemark, les autorités ont choisi d’enfouir en majorité les plus récentes extensions du métro et disent avoir commis des erreurs au début des années 2000 avec certaines portions surélevées.

SRB et ligne bleue

Les deux politiciens s’étaient donné rendez-vous dans un autobus de la STM pour prendre le tracé du futur Service rapide par bus (SRB) Pie-IX, qui doit être progressivement mis en service à la fin de 2022. La ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, a soutenu que ce projet est « un exemple de ce qu’on est capables de faire » en transport collectif en respectant « les budgets et les échéanciers ».

Alors que Québec avait fait part en avril de son impatience face à une hausse « pas acceptable » des coûts liés au prolongement de la ligne bleue, François Legault a réitéré lundi que l’important est d’abord de « répondre aux besoins ».

« On va regarder les besoins et les coûts en tenant compte de l’inflation qu’on vit dans le milieu de la construction. Je veux qu’on soit capables d’annoncer ensemble un nouveau coût de projet », a-t-il avancé à ce sujet, disant vouloir « minimiser » autant que possible les dépassements de coûts.

Mais tous les points de vue ne se rejoignent pas. En entrevue avec La Presse la semaine dernière, le directeur général de la STM, Luc Tremblay, avait affirmé qu’on ne pouvait pas parler de dépassement de coûts. « Ce sont plutôt des coûts qui ont été oubliés. Dès le départ, il manquait les taxes, il manquait des terrains ; c’est ce qui a fait passer la facture de 3,9 à 4,5 milliards », a-t-il martelé.

— Avec Maxime Bergeron, La Presse

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