Campobello

Escapade dans l’île tranquille

L’île de Campobello fait partie du Nouveau-Brunswick, mais pour s’y rendre en voiture, il faut passer par le Maine. C’est d’ailleurs des États-Unis que venait le plus célèbre résidant saisonnier de l’île : l’ancien président Franklin D. Roosevelt. Balade.

Campobello, — Nouveau-Brunswick — La douanière n’en revenait pas qu’une voiture immatriculée au Québec se pointe ce matin-là à Campobello. « Je viens de l’Ontario, et jamais je n’avais entendu parler de cette île avant d’y venir ! », a-t-elle lancé. L’agente des services frontaliers a toutefois l’habitude de voir passer des touristes américains, venus parfois de l’autre côté du continent pour visiter l’ancienne résidence d’été du 32e président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, principale attraction touristique de l’île d’à peine plus de 800 habitants.

Le cottage des Roosevelt, pratiquement inchangé depuis les années 1920, se trouve aujourd’hui au cœur d’un parc international géré à la fois par le Canada et les États-Unis. L’accès à la résidence, comme au parc, est gratuit.

Au cours de la visite guidée d’une vingtaine de minutes, on peut admirer certains objets ayant appartenu au président, qui y a passé les étés de son enfance, dont un tableau qui a un temps été accroché dans le bureau Ovale et le magnifique poêle modèle « President », fabriqué par les Bélanger de Montmagny, et offert par Eleanor Roosevelt à son mari.

Les visiteurs verront aussi la chambre où le jeune politicien a été alité en 1921, terrassé par la polio – selon les médecins de l’époque – qui l’a privé de l’usage de ses jambes pour le reste de sa vie. Après la maladie, Roosevelt, qui a été président de 1933 jusqu’à sa mort en 1945, n’est plus revenu que rarement à Campobello.

Un cottage voisin abrite le café Prince, qui sert des repas légers à bon prix.

La nature à l’honneur

Le plus grand trésor du parc est assurément sa réserve naturelle de 2800 acres. Des sentiers de randonnée et de petites routes de terre y mènent notamment à des plages de galets, à des promontoires côtiers et à l’étang où l’ancien président aimait piquer une tête pour se rafraîchir.

À la pointe Liberty, accessible en voiture, le regard porte par beau temps jusqu’aux falaises de l’île de Grand Manan, au sud, et au phare de West Quoddy Head, dans le Maine, vers l’ouest. Sur la plage Raccoon, les vagues font chanter les gros galets bien ronds en se brisant sur eux.

En plus d’un phare construit en 1855, la pointe Mulholland accueille quant à elle un petit centre d’interprétation de la vie marine géré par le parc international. Les visiteurs y observent aussi des phoques dans le détroit qui sépare Campobello de la ville américaine de Lubec.

Le parc provincial de l’anse Herring, avec son camping arboré et une plage sablonneuse, côtoie le parc international Roosevelt Campobello.

Le calme retrouvé

Plus loin dans l’île, quelques hameaux tranquilles se succèdent, comme Welshpool et Wilson’s Beach, avec leurs petits ports où de vieux bateaux de pêche sont parfois laissés à l’abandon. Près de l’unique école de l’île, chaque diplômé du secondaire a droit à sa photo sur un lampadaire. Campobello possède aussi une seule épicerie. Et elle a parfois du mal à se faire livrer de la nourriture par traversier. La liaison maritime avec le reste du Nouveau-Brunswick est d’ailleurs saisonnière, ce qui a causé quelques soucis aux insulaires quand les frontières étaient fermées.

Tout au bout de Campobello, le phare de Head Harbour est construit sur un rocher relié à la terre ferme à marée basse. Un panneau bilingue – enfin, presque, la traduction étant pour le moins créative – signale toutefois aux curieux que la marée dans cette partie de la baie de Fundy peut monter à une vitesse folle… et les forcer à passer huit heures du côté du phare, coupés du reste du monde. Nager dans les eaux froides pour gagner la terre ferme ? Oubliez ça.

En faisant le tour de Campobello, qui fait à peine 15 km sur 5 km, on a du mal à s’imaginer la cohue qui régnait ici chaque été de la fin du XIXe au début du XXe siècle, quand un groupe d’hommes d’affaires américains, dont le père de Franklin D. Roosevelt, a bâti dans l’île trois grands hôtels où venaient se rafraîchir des centaines de familles riches de New York, Boston, Philadelphie, Montréal et Ottawa. Le dernier hôtel a été démoli il y a plus de 100 ans. Depuis, l’île a su conserver son calme retrouvé.

Les voyageurs contemplatifs ne s’en plaindront pas.

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