Le hockey a-t-il un avenir au Québec ?

Le 16 janvier dernier, La Presse a traité du déclin du nombre de gardiens québécois dans la LNH, qui se comptent désormais sur les doigts d’une main. Mais il n’y a pas que du côté des « cerbères » que la rareté sévit. Ce n’est pas tellement différent ailleurs sur la glace…

Dans les années 60 et 70, il n’était pas rare de voir des joueurs d’ici monopoliser le classement des meilleurs compteurs. En 1974-1975, 8 des 12 meilleurs compteurs de la LNH parlaient la langue de Michel Tremblay. Il faut aujourd’hui attendre environ le 130e rang du classement pour apercevoir le 8e hockeyeur originaire du Québec. Toujours en 1974-1975, un grand total de 88 joueurs* sur 501 ou 17,6 % provenaient du Québec, contre seulement 45 sur 802 actuellement ou 5,6 %, soit proportionnellement trois fois moins.

Les raisons qui expliquent ce déclin sont nombreuses. L’une d’elles est certainement la baisse de la pratique du hockey chez les jeunes, qui n’est pas étrangère à ses coûts élevés, mais aussi à la plus grande diversité de « l’offre sportive » au XXIe siècle.

La raison la plus souvent évoquée est cependant l’arrivée massive de joueurs européens au cours des dernières décennies. Le Canadien de Montréal (CH) est représentatif de cette tendance, lui qui compte actuellement dans son alignement régulier plus de joueurs du Vieux Continent (cinq) que de joueurs québécois (deux seulement).

Le CH était pourtant depuis toujours le moteur du hockey québécois. Des années 50 aux années 90, il comptait bon an mal an (sauf quelques rares exceptions) plus de 50 % de joueurs issus de la Belle Province. Il ne serait jamais venu à l’esprit d’un Sam Pollock ou d’un Serge Savard de négliger le « talent local », comme le font désormais les dirigeants du CH qui, pendant longtemps, n’avait même plus de recruteur au Québec.

Victime ou cause principale ?

La question doit être posée : le Canadien est-il la victime du déclin du hockey au Québec, lui fait-il simplement écho ou… en est-il une des causes principales ? L’histoire nous offre ici une sérieuse piste pour trouver une réponse à cette question. Le nom du club « Canadien » désignait au début du XXsiècle (au moment de la fondation du club) un Canadien français tout simplement. L’équipe fondée en 1909 avait d’ailleurs été bâtie sur mesure pour donner aux Canadiens français leur propre équipe et la première édition ne comptait que des joueurs d’ici.

Questionné par Guy A. Lepage à Tout le monde en parle récemment sur l’absence de sélection québécoise lors du dernier repêchage, le directeur général, Marc Bergevin, a répondu que la dernière année n’avait pas été très bonne pour le hockey québécois. C’est ce que les dirigeants du CH nous répètent d’ailleurs pratiquement chaque année.

L’explication de Bergevin est un peu courte… N’est-ce pas plutôt le CH qui, en renonçant à son rôle historique, accentue le déclin de la pratique du hockey chez les jeunes au Québec ?

Quand l’un d’eux finit par se joindre à l’équipe, il n’exerce d’ailleurs plus qu’une influence marginale. Et insidieusement, le français disparaît du vestiaire. Demandez-vous si les Gainey, Robinson ou Dryden, qui parlaient tous couramment notre langue, l’auraient apprise s’ils n’avaient eu qu’une poignée de coéquipiers francophones.

Alors qu’autrefois existait un cercle vertueux en faveur du français et des Québécois au sein du CH, existe aujourd’hui un vilain cercle vicieux : il y a de moins en moins de joueurs de chez nous chez le Canadien qui génèrent un intérêt de moins en moins grand pour la pratique du hockey, et le français est de moins en moins la langue de notre sport national. C’est le principe Hygrade à l’envers…

Tout cela fait en sorte que le plus grand patrimoine sportif du Québec, et l’un des plus fascinants de la planète sportive tous sports confondus, s’étiole. Et il faut aujourd’hui à juste titre se demander s’il y aura un jour d’autres Maurice Richard, Guy Lafleur ou Patrick Roy pour faire rêver les jeunes Québécois ? Mais au-delà de ces héros réduits au rôle d’instrument de marketing pour le club à coups de « Nos bras meurtris vous tendent le flambeau », il faudra se demander si la grande tradition du CH peut survivre à la rareté et même à la quasi-disparition des hockeyeurs québécois.

Car sans la présence de l’accent d’ici dans le vestiaire, sans cet enracinement culturel profond, sans cette symbiose unique entre un milieu, ses fans et son équipe, comment perpétuer la tradition, la légende et, surtout, la victoire ? De la réponse à cette question dépend non seulement l’avenir de notre plus grande équipe sportive, mais celui d’un sport qui a fait vibrer tant de générations de partisans et galvanisé un peuple entier. La question se pose désormais : le hockey a-t-il un avenir au Québec ?

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