Forum économique mondial

Les quatre mots clés de Davos

Des chars blindés allemands à la course aux subventions climatiques, voici quelques mots beaucoup entendus cette semaine à Davos, où s’est achevée vendredi la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM).

Chars

Le mot que Kyiv espérait, et que le chancelier allemand Olaf Scholz n’a jamais prononcé dans son discours mercredi en plénière, même quand il a été interrogé directement sur le sujet. L’Ukraine convoite les chars lourds de conception allemande Leopard 2 pour renforcer sa défense contre l’armée russe. Mais Berlin tarde à donner son feu vert à leur livraison, au grand dam de la délégation ukrainienne à Davos. « La tyrannie avance plus vite que les démocraties » et « le temps que le monde libre utilise pour réfléchir est utilisé par un État terroriste pour tuer », a notamment accusé mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d’une intervention en visioconférence en séance plénière. Son « appel à la vitesse » dans les décisions ne semblait toujours pas entendu, vendredi : Berlin a déclaré qu’aucune décision en la matière ne serait prise lors d’une réunion des alliés se tenant dans la journée à Ramstein.

Subventions

La mondialisation, concept cher à Davos, risque-t-elle d’être remise en cause par la course aux subventions pour encourager les industries vertes ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé mardi lors d’un discours en plénière les « tentatives agressives » et les « pratiques déloyales » susceptibles d’attirer, à coup de subventions, les futures industries vertes ailleurs qu’en Europe. Elle a cité nommément la Chine, mais aussi rappelé les « inquiétudes » suscitées en Europe par le grand plan américain en la matière (Inflation Reduction Act) : il prévoit de larges aides pour les entreprises implantées aux États-Unis dans le secteur des véhicules électriques ou des énergies renouvelables. « Faites-le aussi », rétorque l’émissaire américain pour le climat, John Kerry, pour qui « tout le monde doit faire la même chose pour accélérer encore plus ce processus » de transition énergétique. L’IRA « est une inquiétude valide » pour les Européens, reconnaît Julie Teigland, partenaire du cabinet EY responsable notamment de l’Europe, mais c’est aussi « le plus gros changement législatif américain depuis des années » en matière climatique.

Mensonge

Haro sur les groupes pétroliers. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé mercredi « le grand mensonge » de certains grands groupes du secteur, qui « étaient parfaitement conscients dans les années 1970 que leur produit phare allait faire brûler la planète », mais l’ont caché. Le lendemain, Greta Thunberg appelait à une « pression publique massive » contre les énergies fossiles, lors d’un évènement organisé en marge de la réunion du FEM. Davos est « l’endroit où sont les gens qui alimentent le plus la destruction de la planète » en investissant dans les énergies fossiles, a dénoncé la militante pour le climat suédoise. Le gouvernement colombien a de son côté confirmé que le pays ne signerait plus de contrats d’exploration pour les hydrocarbures, une promesse du nouveau président de gauche Gustavo Petro.

chatGPT

« Intelligence artificielle (IA) et emplois des cols blancs », « IA pour combattre les incendies de forêt », « IA et adaptation climatique » : une bonne dizaine de séances du programme officiel lui étaient consacrées. Mais aucune application n’a fait autant parler que ce robot conversationnel en ligne qui, depuis quelques semaines, répond en quelques secondes et en détail à presque n’importe quelle question. Une preuve des capacités de l’IA, mais aussi une source d’inquiétude pour certains emplois. « Les applications vont au départ priver des gens de leurs emplois », a reconnu le patron d’Uber, Dara Khosrowshahi, se disant toutefois convaincu qu’à long terme, « ces gens trouveront d’autres usages » pour l’IA, représentant des occasions d’emploi. « Cette période d’ajustement peut être difficile, elle peut faire peur, mais ça finira bien », assure-t-il. Le patron de Microsoft, Satya Nadella, a aussi beaucoup plus parlé à Davos des prouesses de cette technologie que des 10 000 suppressions d’emplois que son groupe était en train d’annoncer. C’est « l’équivalent pour le travailleur intellectuel de la révolution industrielle » et cela « va aider tout le monde », a-t-il assuré.

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