Musée des beaux-arts de Montréal

« C’est le temps de partir »

Hilliard T. Goldfarb, conservateur sénior responsable des maîtres anciens au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), vient de prendre sa retraite après 23 ans au musée. La Presse l’a rencontré alors qu’il signait son dernier commissariat avec une exposition remarquable, consacrée au photographe canadien Yousuf Karsh.

« Hilliard est un homme extraordinaire. Ce qui m’impressionne le plus, c’est son excellence dans tout ce qu’il fait. Un dévouement, une générosité, un respect et un amour total envers l’art ancien. »

La cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin a beaucoup travaillé avec Hilliard T. Goldfarb au sein d’un comité d’acquisitions du musée. Elle ne tarit pas d’éloges à propos de son ex-collègue. Les employés du musée qui ont eu la chance de le côtoyer sont unanimes. L’homme, comme le professionnel, aura laissé une empreinte durable au sein de l’établissement muséal.

Né au Connecticut, Hilliard Goldfarb est entré au musée le même jour que l’actuel directeur général, Stéphane Aquin, le 1er octobre 1998. Titulaire d’un doctorat de Harvard sur l’art baroque et la Renaissance italienne, il arrivait du musée Isabella Stewart Gardner, à Boston, après avoir été conservateur au Hood Museum of Art du Dartmouth College, au New Hampshire, et au renommé Cleveland Museum of Art.

« Il avait, en arrivant à Montréal, une expérience phénoménale, notamment après avoir travaillé avec le directeur du musée de Cleveland, Sherman Lee, une sommité », nous dit Stéphane Aquin.

Il a beau être un spécialiste des arts anciens, M. Goldfarb a montré une belle versatilité dans sa carrière, utilisant ses connaissances pour monter des expositions éclairées et universelles comme l’a montré, en 2013, l’une de ses belles réalisations, Splendore a Venezia – Art et musique de la Renaissance au Baroque dans la Sérénissime. Une expérience muséale qui avait réussi le tour de force de nous immerger de façon spectaculaire dans une époque faste pour les arts, tout en nous communiquant l’esprit des maîtres vénitiens.

« À travers les âges, les travaux des maîtres anciens nous parlent de façon très intense. Ils nous aident à mieux nous connaître nous-mêmes. C’est pourquoi on célèbre les 700 ans de la mort de Dante Alighieri, car l’auteur de La divine comédie est encore pertinent pour les défis auxquels on fait face. »

– Hilliard T. Goldfarb

Un homme au large réseau

Au MBAM, le conservateur a conçu, en tout ou en partie, une trentaine d’expos en 23 ans. Un exploit quand on sait le travail requis pour de tels projets. Il est fier d’avoir signé, en 2009, Grandeur nature – Peinture et photographie des paysages américains et canadiens de 1860 à 1918. Mais toutes ses réalisations l’ont enthousiasmé. Il finit son parcours professionnel en grand. Avec une exposition étonnante sur les 111 photographies de Yousuf Karsh, que sa veuve, Estrellita Karsh, a offertes au musée, grâce aux liens de M. Goldfarb avec le couple. De grandes photos en noir et blanc de personnalités canadiennes et internationales du XXe siècle que l’on a bien du plaisir à voir.

L’œil est un atout chez Hilliard T. Goldfarb. Il savait détecter, lors de ses voyages, les perles rares. « Grâce à l’œil, à la passion et à l’expertise de Hilliard, nous avons pu significativement enrichir les collections de maîtres anciens européens du MBAM pendant plus de 20 ans, dit l’ex-directrice générale du musée Nathalie Bondil. Un grand bravo pour ces legs si importants pour les générations à venir. »

M. Goldfarb a permis la formidable donation de Michal et Renata Hornstein au musée, en 2016 : quelque 80 œuvres d’une valeur de 75 millions. Il a facilité un grand nombre d’autres dons et achats grâce à son réseau. Parmi les artistes dont le musée a reçu des œuvres grâce à lui, citons Watteau, Ingres, Géricault, Degas, Piranèse, Le Bernin, Dürer, Rembrandt ou encore Edvard Munch.

Sari Hornstein, fille de Michal et Renata Hornstein, a côtoyé M. Goldfarb au sein du comité d’acquisitions du musée. « Hilliard est hors du commun, dit-elle. Il a un savoir encyclopédique. Un homme passionné, un puits de connaissances, un excellent communicateur. Et toujours des idées pour monter des expositions mettant en valeur nos collections. »

Jacques Des Rochers, conservateur de l’art québécois et canadien d’avant 1945 au MBAM, rend également hommage à son ex-collègue. « On a tous été tristes de le voir partir discrètement, car c’est un homme modeste, dit-il. Je vais retenir sa grande générosité en faisant part de son expertise à ses collègues. »

Partir en toute sérénité

À 70 ans, Hilliard Goldfarb quitte ses fonctions en toute sérénité. « Comme on dit en anglais : It’s time to smell the flowers ! Je veux me consacrer au troisième chapitre de ma vie, aider un peu les personnes qui en ont besoin, m’investir dans ma passion qu’est la musique, lire, marcher dans les montagnes. C’est aussi le temps de partir. Le musée a besoin de sang neuf, d’une nouvelle génération pour croître. »

Épaté par l’érudition de son conservateur sénior, Stéphane Aquin aimerait bien avoir encore accès à son expertise. « Il est intègre et généreux, dit-il. Je suis sûr qu’il va continuer à servir le musée, pas trop loin, pour qu’on puisse bénéficier de ses lumières. »

Le musée a entamé des démarches pour trouver un successeur à M. Goldfarb. « Ce ne sera pas simple, car ce ne sont pas des expertises très courantes au Québec, dit Stéphane Aquin. Je ne connais personne qui ait son profil académique et muséologique. Il va peut-être falloir ouvrir plus large. Hilliard était exceptionnel, le genre de conservateur qui marque l’histoire d’un musée. »

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